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Abbaye de Tamié

Dom Benoît - Anecdotes

Archives de Sept-Fons

Quelques notes sur dom Benoît

Abbé de la Grâce-Dieu

 (Anonyme - Archives de Sept-Fons)

 

C'était un très bon père qui aimait ses semblables. Pour être un de ces plus grands amis, il fallait éprouver beaucoup sa patience, au rapport du religieux qui avait été longtemps sous sa conduite.

Quand Mgr le cardinal Mathieu, sénateur et archevêque de Besançon, a bénit le R.P. Malachie, il nous a dit qu'il ne lui a trouvé qu'un seul défaut, c'était d'être trop bon, puis faisant une pause, il a repris en disant : «Ah ! C'était le défaut de Notre Seigneur». Il faisait souvent le chemin de la Croix, presque tous les jours. Sa principale occupation était de chercher à connaître les religieux ou convers qui avaient eu de graves différents. Il ne voulait pas qu'ils se couchent ayant quelque chose l'un contre l'autre. Il les faisait demander chez lui, se mettait à genoux, en mettait un à sa droite et l'autre à sa gauche et commençait le Notre Père. A ces mots : «Pardonnez-nous nos offenses...», il les laissait dire seul et leur disait : «Faites ce que vous venez de dire. Embrassez-vous et allez-vous en en paix».

Celui qui écrit ces quelques notes ayant refusé à un frère un service qu'il ne pouvait lui rendre sans de graves inconvénients (il chauffait la machine à vapeur, il aurait fallu s'absenter 1/2 heure, il en aurait résulté que la pression aurait baissé, il aurait fallu arrêter les moulins, ce qui aurait occasionné une perte et des murmures de la part des frères garde-moulin), le frère se retira puis revint une heure après et vint me trouver en colère, me lança des coups que je parais. Un frère l'ayant entendu en colère, vint vite en informer le père maître qui alla en rendre compte au Révérend Père. Le R.P. lui enjoignit de nous faire venir tous les deux dans sa chambre. J'arrivai que le frère y était déjà. Quand j'entrai, il me questionna et en me disant que le frère m'avait battu, moi j'affirmais que ce qui était vrai puisque j'avais paré les coups. Après deux ou trois interrogations, je répondis qu'il voulait me battre et il se mit à me dire : «Oh ! vous l'aviez bien mérité. Embrassez-vous et allez en paix». Ce qui fut dit fut fait et nous nous sommes retirés contents l'un de l'autre. Moi je n'étais que novice et le frère était un vieux profès.

Une autre occupation : il allait à tout moment se promener dans le jardin près de la porte pour écouter ce que ceux qui sonnaient demandaient et comment le portier leur répondait et surtout si c'était des pauvres malheureux, et s'il y avait quelques misères à soulager, il disait au portier : «Ouvrez-moi», et il appelait le malheureux et la malheureuse et les consolait de son mieux en paroles et en argent, les deux allaient ensemble, aussi on l'appelait le père des pauvres à 10 lieues à la ronde.

Un jour il se présenta un pauvre malheureux qui pleurait, se désolait. Le portier l'avait bien consolé du mieux qu'il avait pu et le renvoyait quand le R.P. accourut. Il avait entendu les pleurs du malheureux. Il fit ouvrir la porte et appela cet homme qui revint. Il le questionna et lui de se remettre à pleurer, disant qu'il avait la maladie de la gale et que partout on le rebutait, même dans les hospices. Il ne savait que faire, que devenir. Le bon père lui commanda de le suivre et le mène à la porte des cloîtres, le laisse là, lui disant d'attendre un petit peu et lui s'en va quérir un bon et dévoué religieux, lui disant qu'il y avait notre Seigneur qui était bien malade, s'il pouvait le soigner, que sa maladie était la gale. Le frère répondit que oui. Le R.P. lui assigna une chambre pour lui et son malade et dit qu'il n'a pas d'autre occupation que de le bien soigner. Au bout d'un mois, un mois et demi, le malade se trouve à peu près guéri et demande à s'en aller, mais le R.P. s'y oppose et lui dit d'attendre encore quelque temps pour s'assurer de sa parfaite guérison. Il y consent et pendant ce temps, on s'occupe de lui préparer un habillement. Un mois après, il renouvelle sa demande qui lui est accordée et le R.P. après l'avoir bien habillé et donné de l'argent le laisse aller. Voilà un homme qui ne se possédait plus de joie et d'admiration en voyant tant de charité de ses bon pères et frères en s'en retournant chez lui. Celui qui aurait mal parlé des Trappistes aurait été contredit et mal vu par cet homme.

Un jour le bon frère jardinier voyant que tout son travail était vain, c'était le mois d'août, il n'avait pour arroser ses légumes que de l'eau chaude qui avait servi à l'alimentation de la machine à vapeur qui par conséquent faisait plus de mal que de bien, s'en désolait. Il s'en fut se plaindre au R.P. qui l'écouta attentivement comme il avait l'habitude de le faire pour quoi que ce soit qu'on lui dise ou qu'on lui demande et après avoir bien écouté et bien pesé ce qu'on lui avait dit ou demandé, répondait après avoir réfléchi, lui dit : «Mon frère, allez, allez, demain vous ne travaillerez pas, vous prierez beaucoup et jeûnerez». Ce qui fut dit fut fait. Le bon frère pria toute la journée. Vers 4 heures du soir le R.P. le rencontre dans les cloîtres, le tire à part et lui dit : « Eh bien ! Vous avez prié et vous n'avez encore rien pris ! » Il lui commande d'aller au réfectoire, qu'on allait le servir. A peine assis que le frère cuisinier lui apporte un bol de lait pour toute réfection. Le lendemain l'on vit un petit nuage se former et grossir tellement qu'il se mit à pleuvoir de quoi arroser abondamment le jardin à la grande satisfaction du jardinier.

Tous les jours, quand il allait dire sa messe, il passait par l'infirmerie et voyait les malades, leur disait une parole d'encouragement. Il dit à l'un d'entre eux qui avait une maladie de langueur, que les médecins n'y connaissaient rien : «Mon frère, priez et priez bien. Je vais dire la messe à votre intention». Et le bon  frère de répondre : «Je ne dirai pas un Ave Maria». Et le bon frère actuellement avec ses quatre-vingts et quelques années, suit la règle parfaitement, travaille aussi fort qu'un jeune homme, ne pense pas à mourir.

Toutes les fois que la communauté était réunie au chapitre et qu'il adressait la parole ou qu'il tenait le chapitre, il disait : «Eh bien ! Voilà comme on se trompe. On a pris le plus ignorant de la communauté pour en faire le supérieur, eh bien il faut lui obéir». Il parlait si humblement, on comprenait qu'il disait vrai. Après qu'il vous avait bien chapitré avec son air quelques fois moqueur mais doux, oh ! il savait bien arranger cela. L'on était aussi content de ses mépris que s'il n'avait eu que de vous donner des louanges. On acceptait avec joie toutes les pénitences qu'il imposait. Il disait souvent aux oblats quand ils s'accusaient : «Oh ! Au Ciel, les derniers sur la terre seront les premiers, à commencer par l'abbé». Et il le disait du fond de son coeur.

Et quand il parlait d'un religieux qui était parti, d'abord il avait fait tout ce qu'il avait pu pour le bien placer et qu'il ne rentrât pas dans le monde : «Le frère ou le père Un Tel est dans une bonne maison, il fera son salut car 'ce sont de bons religieux dans cette maison. Prions pour lui».

Quand on se présentait au monastère pour être reçu, il recevait tout le monde. De ce beau temps-là, ce n'était pas rare de trouver quatre à cinq postulants à l'hôtellerie et autant en communauté et de prendre l'habit cinq ou six ensemble. Il y avait de ce temps-là douze novices de choeur, autant de convers et on savait bien vous éprouver et vous faire pratiquer la pauvreté et l'obéissance et l'amour du travail. Pour les convers il disait souvent : «C'est dans l'emploi que l'on connaît les sujets». Et après la profession le nouveau profès ne s'étonnait ni des charges ni des travaux qui lui incombaient, il en avait l'habitude.

De ce temps-là l'on avait des habits neufs que pour la profession. Durant le noviciat l'on portait des habits usagés. Après la cérémonie de la prise d'habit, il voulait voir tous les nouveaux novices et donnait à chacun un petit mot. Il vous demandait comment vous vous appeliez et comme s'il avait lu dans l'avenir, il disait à l'un : «Vous ne resterez pas», ce qui se réalisait. Le bon frère pourvoyeur lui faisait souvent des reproches de ce qu'il recevait tout le monde et que la plupart ne restait pas. Et le bon père de répondre : «Quand même il n'en resterait qu'un sur cent, j'ai encore fait une bonne oeuvre car les autres en s'en allant, emportent toujours quelques bonnes impressions qui les font réfléchir».

La charité du bon père lui donnait une robe neuve un religieux venait le voir s'il avait une robe usée, rapiécée, il lui disait : «Oh ! votre robe est bien mauvaise, essayez celle-là». Et si elle lui allait bien, il lui donnait et prenait la mauvaise. Ainsi du scapulaire et des souliers. Il donnait tout, quitte pour se faire disputer par le tailleur et le cordonnier. Quelques jours avant de mourir il porta la viande qu'on lui avait donnée au frère garde-moulin qui veillait et lui commanda de la manger.

Pour les vieillards, il voulait que le père infirmier en ait grand soin. Aussi de ce temps le père et le frère infirmiers pendant les beaux jours les menaient dans les bois quand ils allaient ramasser des fleurs, portait une petite collection et les égayaient le mieux qu'il pouvait. [Orthographe conservée pour ce paragraphe]

Les infirmes de la communauté étaient aussi l'objet de son attention. Autant il avait de mépris pour lui, autant il avait de charité pour ses frères, surtout ceux qui étaient fortement tentés. Il faisait tout ce qui dépendait de lui pour les consoler, les encourager et les empêcher de quitter le monastère et s'informer ce qu'il faisait, allait lui-même les trouver, faisait tout ce qu'il pouvait pour les ramener. Exemple celui qui tenait une boulangerie à Beaume, on a eu mille peines pour l'empêcher de s'en occuper, l'empêcher d'y aller.

On le conduisait à Besançon en voiture pour aller au Chapitre général, mais quand il revenait, c'était à pied qu'il faisait la route, ramassant les enfants dans les villages où il passait, les amenait au monastère, les faisait manger et boire, lui-même les servait et les renvoyait en paix.

Il savait encore faire plaisir à ses pères et frères. Un jour pendant les foins toute la communauté, lui à la tête, il ne manquait pas de s'y trouver. Il menace de faire un orage. Il tombe un peu d'eau, on se met à l'abri sous les pommiers. il pleut un peu plus fort, lui de prendre son outil et de dire : «Sauve qui peut ! » Et l'on se sauve à l'hôtellerie. Quand tous furent arrivés, il commande que l'on entre à la salle et commande aux frères hôteliers de servir à boire à tous durant que la pluie tombait. Quand elle fut passée, il était temps de chanter vêpres. «Eh bien ! dit-il, allons chanter l'office». Ce jour-là, rapporte un religieux, les vitres de l'église tremblaient tellement il y avait de l'entrain, tous donnaient leur voix. On dit que le bon père souriait de contentement. Le R.P. Malachie s'en serait bien garder de donner une pareille satisfaction à ses religieux !

Après le dîner, le souper de la communauté, il faisait le tour des tables pour voir si l'on avait bien mangé, s'informait vers ceux qui n'avaient pas mangé, le motif et tâchait d'y remédier ou d'y faire remédier si cela se pouvait.

Il était régulièrement le premier à l'office, surtout à matines et lui-même sonnait la cloche et pendant l'oraison de matines, s'il manquait un religieux, il allait le chercher. Quand il arrivait auprès de l'alcôve du religieux, il fredonnait l'hymne de matines. Au rapport des religieux, impossible de rester plus longtemps coucher. Alors on se levait et le bon père, bras dessus, bras dessous, l'accompagnait jusqu'à la porte de l'église et c'était toute la pénitence.