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Abbaye de Tamié

Intérim à Tamié de 1793 à 1909

Sans moines de 1793 à 1861 - Les moines de 1861 à 1909
armoiries de tamié
Intérim à Tamié
Sans les moines de 1793 à 1861
Avec des moines de 1861 à 1909


1- Sans les moines de 1793 à 1861

L'Assemblée nationale des Allobroges ayant adopté en décembre 1792 l'ensemble de la législation de la Révolution française concernant l'Église dans ses propriétés et son fonctionnement : nationalisation de ses biens, interdiction des voeux religieux, constitution civile du clergé, les moines de Tamié se virent dans l'obligation de partir de leur abbaye, soit en se dispersant comme la plupart des membres des autres communautés, soit en restant ensemble mais en s'exilant. Pour les ressortissants de Savoie, sujets du roi de Sardaigne, le plus simple était de passer de l'autre côté des Alpes. La communauté de Tamié se rendit à Turin en avril 1793 et y resta deux ans, logée à ses frais chez les Camaldules de cette ville. Le duc de Savoie lui proposa ensuite de s'installer dans l'ancienne chartreuse d'Asti. On perd sa trace en décembre 1798.
Tamié évacué, les bâtiments restèrent à l'abandon et les objets, le matériel restant disparurent peu à peu.

Les terrains furent vendus comme biens nationaux en 1796, sous forme de lots correspondant aux anciennes exploitations agricoles louées à des familles du temps des moines, telles qu'elles étaient exploitées de façon autonome.

Les bâtiments du monastère furent vendus en 1800, mais les acquéreurs n'en trouvèrent pas l'utilité et ne l'entretinrent pas. En 1825, sur l'initiative d'un ancien fermier des moines, trois personnes des environs les achetèrent et proposèrent de les rétrocéder à Charles-Félix, duc de Savoie et roi de Sardaigne en vue de les préserver pour une nouvelle communauté de moines. Charles-Félix qui avait déjà acheté Hautecombe ancien nécropole de la Famille de Savoie, acheta encore les bâtiments de Tamié en 1827 et les céda au diocèse de Chambéry en 1830.

L'évêque de Chambéry voulait établir une communauté de prêtres chargés de donner des missions dans les paroisses, il choisit de l'installer à Tamié. Il fallut restaurer les charpentes et les toitures. Mais cette oeuvre ne prospéra pas et fut remplacée en 1835 par l'Institut de la Charité ou rosminiens de Turin, dans le même but d'évangélisation dans les diocèses de Chambéry, Maurienne, Tarentaise et Annecy, soit les deux départements de Savoie et Hte-Savoie. Une cloche fut installée dans le clocher en 1837. Fêlée en 1951 elle fut refondue et elle continue d'appeler les moines aux offices au début du 3ème millénaire.

Après un nouvel échec en 1839, les bâtiments de Tamié servirent principalement en été quand le temps permettait de supporter la rigueur du climat.

Frère Gabriel Taborin fondateur des Frères de la Sainte-Famille à Belley acheta Tamié en 1859 pour y établir une "Trappe mitigée". Les Frères assuraient une charge pastorale dans les environs et de belles cérémonies liturgiques dans leur église. Ils eurent beaucoup de succès, trop au goût des curés des environs qui obtinrent de l'évêque de Chambéry la fermeture au public de l'église du couvent.

Fr. Gabriel Taborin se découragea et vendit Tamié à l'abbaye de la Grâce-Dieu près de Besançon et un groupe de moines cisterciens y fut envoyé en octobre 1861, alors que tout le monde déconseillait à dom Benoît Michel, abbé de la Grâce-Dieu de procéder à cette opération.

2- Avec les moines de  1861 à 1909

Les bâtiments avaient été restaurés et directement utilisables, mais il fallait trouver les finances pour régler l'achat ainsi que pour acquérir de nouveaux terrains pour l'agriculture. On procéda à des quêtes. C'est ainsi en 1869 Frère Grégoire découvrit dans les environs de l'ancienne abbaye d'Acey (Jura) le chef (ou crâne) de saint Pierre de Tarentaise, fondateur et premier abbé de Tamié puis archevêque de Tarentaise. Cette insigne relique fut accueillie à Tamié en 1871.

Les moines venus à Tamié en 1861 se préoccupèrent de noter et faire noter les souvenirs des témoins des événements qui ont suivi l'invasion de la Savoie par les troupes révolutionnaires françaises en septembre 1792. Ceci nous valut le Petit manuscrit Favre et les Sauveurs de Tamié. Eugène Burnier rédigea une Histoire de Tamié, publiée à Chambéry en 1865.

La situation politique devint difficile et en 1880 les menaces d'expulsion des religieux se concrétisèrent. À Tamié elles furent mises à exécution le 6 novembre. Les moines trouvèrent refuge dans les environs et quelques mois plus tard revinrent discrètement chez eux, les autorités civiles semblant fermer les yeux.

Certaines communautés se préparèrent un lieu de refuge en cas d'expulsion, soit proche des frontières, en Espagne, en Belgique, en Suisse, en Italie soit plus loin, dans l'actuelle Slovénie ou la Croatie. Ce fut le plus souvent source de difficultés sans fin au niveau économique et ne permettait guère aux communauté une vie très régulière. Tamié tourna les yeux vers le Piémont, à Rueglio, puis au Mont-Sinaï.

Devant l'insécurité de l'avenir, le supérieur de Tamié dom Éphrem Saignol et deux autres frères convers se rendirent en Chine et fondèrent l'abbaye de Notre-Dame de Consolation. Tamié comme communauté n'y était pour rien.

L'économie de Tamié basée sur l'agriculture ne prospéra qu'avec l'introduction de la fabrication du fromage, le lait étant acheté aux producteurs des environs. La recette fut celle commune à tous les trappistes et trappistines de France : celle du Port-du-Salut, fromage à pâte pressée, non cuite, à croûte lavée, mûri en cave entre 3 et 8 semaines selon la grosseur de la pièce.

Le registre des prises d'habit de Tamié (Choristes - Convers) relève les noms des Frères venus de la Grâce-Dieu et ceux entrés directement à Tamié, entre 1861 et 1909.

Les lois contre les congrégations de 1905 provoquèrent bien des angoisses pour les religieux, religieuses, moines et moniales. Les Trappistes et Trappistines furent en grande partie épargnées grâce à l'intervention de dom Jean-Baptiste Chautard auprès de Clémenceau, au titre que ces moines et moniales, par leur exploitations agricoles exemplaires avaient un grand impact sur la campagne française.

Cependant les difficultés à Tamié s'accumulaient et le Chapitre général décida en 1905 que la communauté serait jusqu'à nouvel ordre sous la juridiction directe de la Grâce-Dieu, c'est-à-dire qu'elle n'était plus autonome et les moines devenaient membres de la Grâce-Dieu, tout en résidant à Tamié. La situation persista jusqu'en 1909 où se fut toute la communauté de Franche-Comté qui trouva refuge en Savoie.