Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié

Chronique de mai 2007

Je vous enverrai l'Esprit Saint

logo tamiéChronique de Tamié

Mai 2007

        L’événement important de ce mois fut  la série de conférences que nous a données le Père Dominique Salin jésuite enseignant au Centre Sèvres à Paris, sur L’expérience de Dieu, une réflexion à partir d’un parcours historique. La première journée a été consacrée au constat, fait par tout chrétien qui veut s’expliquer à ce propos : il lui est difficile d’en parler. Or, l’homme étant structuré par le langage, l’expérience spirituelle n’est pas séparable de son expression, elle se tient au confluent d’un évènement et du récit que l’on en fait. Cependant, les mots viennent à l’esprit ne sont pas d’emblée ceux des formulations conceptuelles précises. Cette difficulté à passer facilement d’un registre à un autre tient, entre autres, à un regrettable « divorce entre théologie et mystique », entre mystique et raison depuis plusieurs siècles.
        A la fin du XVIIe siècle, la condamnation de Fénelon, défenseur de la cause mystique et de Madame Guyon, traduit même l’émergence d’une rationalité pure. Face aux critiques du siècle des Lumières, puis au projet d’explication exhaustive de la science, et avec le mouvement romantique, le domaine mystique et spirituel sera vécu comme un refuge. Refuge précaire, pourtant, devant les questions de la psychologie moderne.
        Mais, au moment où culmine le doute sur la mystique, sous le soupçon de pathologie, apparaît un nouvel intérêt intellectuel pour cette littérature. Avec Bergson, Baruzi, Henri Delacroix, Jean Orcibal, Jacques Le Brun et, bien sûr, « l’histoire littéraire du sentiment religieux », de Bremond. Dans la ligne de ces courants, Michel de Certeau montre que, loin de traduire une réalité périphérique, le langage mystique révèle la structure profonde du langage humain. Sa force est d’assumer l’impossibilité de circonscrire l’origine et le terme de toute chose dans des expressions closes et suffisantes. A la suite du Christ, le spirituel se tient dans une « marche aimantée par l’amour », et cet amour est radicalement du côté du non-savoir.
        Ainsi, avec une grande sûreté, jusque dans la conscience de sa faiblesse, Thérèse de Lisieux s’affrontait à des questions sur la justice et sur les contradictions de la condition humaine qui ont hanté les penseurs les plus lucides du XXe siècle. Elle résolvait aussi, d’une manière très personnelle, une controverse théologique sur la justification née au temps de la Réforme avec les prémisses de la modernité. Le monde catholique doit à Thérèse de Lisieux d’avoir su réaffirmer avec tant de force et de justesse que le Salut est pure Grâce et qu’il n’y a qu’à y consentir. Le langage de la mystique et celui de la théologie dogmatique se sont rejoints dans l’offrande de soi vécue par Thérèse, qui anticipe une réconciliation des Eglises.

Frère Raffaële donne une session à la communauté de moines de Tre Fontane et à celle de moniales à Vitorchiano en Italie et en italien, du 7 au 19 mai sur saint Aelred, abbé cistercien du XIIème siècle.

Jeudi 10 : Journée de désert.  - Le facteur d’orgue met en place le nouveau jeu de flûte en bois, à la place de la viole en tubes métalliques et l’accordera  encore le lendemain.orgue - tamié

Dimanche 20 : Exhortation apostolique sur l’Eucharistie, 3ème volet : mystère à vivre. Vivre d’une vie nouvelle. Le culte eucharistique englobe tous les aspects de l'existence, en la transfigurant. « Tout ce que vous faites : manger, boire, ou n'importe quoi d'autre, faites-le pour la gloire de Dieu » (Co 10, 31). En tout acte de la vie, le chrétien est appelé à exprimer le vrai culte rendu à Dieu. Puisque le monde est le champ dans lequel Dieu met ses enfants comme du bon grain, les chrétiens laïcs, en vertu de leur Baptême et de leur Confirmation, et fortifiés par l'Eucharistie, sont appelés à vivre la nouveauté radicale apportée par le Christ précisément au cœur des conditions communes de l'existence. Ils doivent nourrir le désir que l'Eucharistie marque toujours plus profondément leur vie quotidienne, les amenant à être des témoins identifiables dans leur milieu de travail et dans la société tout entière. . Dans le cadre des relations entre l'Eucharistie et les différentes vocations ecclésiales resplendit en particulier « le témoignage prophétique des personnes consacrées, qui trouvent dans la célébration eucharistique et dans l'adoration la force pour suivre radicalement le Christ obéissant, pauvre et chaste ».  Les personnes consacrées, tout en rendant beaucoup de services dans le domaine de la formation humaine et du soin des pauvres, dans l'enseignement ou dans l'assistance aux malades, savent que le but principal de leur vie est « la contemplation de la vérité divine et l'union constante avec Dieu ».  La contribution essentielle que l'Église attend de la vie consacrée est beaucoup plus de l'ordre de l'être que de l'ordre du faire.

Les Godel pourvoient pour la vingtième fois au fleurissement abondant des abords de notre hôtellerie.

Lundi 21 : C’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de nos 7 Frères de Tibhirine, le 21 mai 1996, le mardi entre l’Ascension et Pentecôte. Ce même jour, la communauté de Mokoto, au Congo Démocratique, victime aussi de la violence, trouvait refuge à Goma. Onze ans plus tard ces frères n’ont pas pu regagner leur monastère et Tibhirine demeure inhabité.

Ces événements tragiques font éclater la vérité profonde des paroles de Jésus avant sa mort rapportées par saint Jean à l’eucharistie de ce matin : « L’heure vient où vous serez dispersés chacun de son côté… Je vous ai dit cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde vous trouverez la détresse ; mais ayez confiance, moi je suis vainqueur du monde. » Pâques est la seule réponse à nos drames humains les plus intolérables, hier comme aujourd’hui. Accueillons ce matin l’Esprit de Pâques qui veut triompher de notre péché et du péché du monde. 

Dimanche 27 : Pentecôte – Un nouveau livre au réfectoire : de Jean-Claude Guillebaud, Comment je suis redevenu chrétien, Albin Michel, 2007. « C’est d’abord la raison qui me guidait. Je crois profondément que le message évangélique garde une valeur fondatrice pour les hommes de ce temps, y compris pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Ce qui m’attire en lui, ce n’est pas une émotivité vague, c’est la conscience de sa fondamentale pertinence. La laïcité véritable ce n’est pas la peureuse révision à la baisse des points de vue, c’est leur libre expression dans un rapport robuste et apaisé. »

Tibhirine – De l’amour dans l’air, une présentation de poèmes de Fr. Christophe par Dominique Davin, à 15 h à l’église, avec la participation de 200 personnes environ.

Mercredi 30 : Chalon-Mégard  installe un dispositif expérimental sur notre mouleuse pour le tester le lendemain. Xavier, le technicien groupe toutes les commandes sur l’écran tactile.

Jeudi 31 : Jacques Laurent de Chambéry nous aide à discuter à partir de films aujourd’hui : Décalogue VIII - Tu ne mentiras pas du polonais Krzysztof Kieslowski. « Pendant la guerre une femme refuse de s’impliquer dans le sauvetage d’une enfant juive, pourchassée par les Nazis, cela risquant de compromettre son réseau de résistance. Par la suite, elle ne savait pas si l’enfant avait survécu et elle apprit que les soupçons de trahison à l’encontre de son réseau étaient infondés, la personne suspectée était innocente, mais elle subissait de nombreuses brimades. 40 ans plus tard une américaine se présente à l’ancienne résistante : c’est la petite fille qui était parvenue à se réfugier aux États-Unis. Les deux femmes se font part de leur expérience douloureuse. » Comment gérer sur la durée de tels malaises ?