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Abbaye de Tamié

Chronique de novembre

Entourés d'une foule immense de témoins
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Chronique de l'Abbaye de Tamié
Novembre 2007

Jeudi 1 : Toussaint : la fête de tous les vivants qui nous ont précédés et qui nous entourent de façon invisible. Ils ont fait confiance au Seigneur, ont vécu de son Amour et se retrouvent avec lui dans ce Paradis qui nous est promis. Ils intercèdent pour nous auprès du Père, par le Fils, dans l'Esprit.

Vendredi 2 : Journée de prière pour les défunts : ils ont franchi le seuil de la mort mais n’ont pas encore totalement atteint le but. Nous pouvons les y aider. La procession au cimetière a lieu à 14 h, avec un beau soleil ; des fleurs ornent les tombes avec profusion, grâce au zèle persévérant de Fr. Fernand.

Samedi 3 : Dans Église en Savoie de novembre, un article : « Que faisons-nous de nos églises ? » Les bâtiments sont souvent à la charge de la commune, mais les utilisateurs sont de plus en plus rares, beaucoup sont fermées une grande partie de la semaine pour préserver des objets de valeur artistique et historique. Mais on prive de ce témoignage de foi ceux qui pourraient en être touchés. Comment les rendre plus accueillants aux personnes qui n’osent pas y entrer quand ils sont habités par une assemblée, à ceux qui n’osent plus, à ceux qui ne l’ont jamais fait, à ceux qui espèrent trouver dans le silence la Présence de Celui qui se donne ?

Dimanche 4 : L’entrée des jeunes dans la vie religieuse. La «vocation» est l'acte par lequel le Seigneur lui-même appelle des hommes et des femmes à sa suite et en particulier à lui vouer leur existence dans la vie religieuse. Puisqu'il s'agit d'un acte relevant de la liberté du Seigneur, la vocation conserve une dimension de mystère sur lequel l'homme n'a aucune prise. [Le monde actuel] rend la vie religieuse étrangère, distante, peu fascinante pour des jeunes. Les religieux sont appelés à s'interroger sur la vitalité de leurs communautés, sur la qualité de leur foi et sur la radicalité de la suite du Christ qu'ils laissent transparaître.

Mercredi 7 : M. Guerraz président du Parc régional des Bauges nous présente l’organisme dont Tamié fait partie. Un Parc national a vocation de sanctuaire : il veut préserver la nature dans son aspect sauvage. Un Parc régional tient à développer un secteur particulièrement significatif de façon contrôlée, respectueuse de la nature. Celui des Bauges comprend une réserve de chasse depuis plus de 50 ans avec chamois et mouflons, marmottes, coqs de bruyère et depuis peu loups ; mais ces derniers posent trop de problèmes aux éleveurs et leur développement sera volontairement limité. Aux 64 communes d’origine, plusieurs autres l’ont rejoint pour inclure le massif de la Belle-Étoile en face de Tamié. Le tourisme bénéficie d’un environnement de moyenne montagne très favorable.

Jeudi 8 : Journée de désert sous un beau soleil et le lendemain le temps se met au froid et à la neige.

Vendredi 9 : Fr. Gaël se rend à la réunion du groupe des chantres qui réunit deux jours une vingtaine de monastères chez les cisterciennes de Blauvac (à 25 mn de Carpentras) autour du père Henri Dumas. Il leur fait travailler la « petite messe de Lisieux » dont il est l’auteur, et leur présente un DVD sur la mise en œuvre contemporaine de l’Opéra « Le sacre du printemps » de Stravinsky par des jeunes des banlieues de Berlin. Grâce aux compétences de professionnels, le défi fut relevé en six semaines et les jeunes mal dans leur peau découvrirent la confiance en eux-mêmes indispensable pour réussir à l’école et dans la vie. Les échanges des chantres ont porté sur la liturgie du Vendredi saint et la célébration des mémoires des saints. Trois monastères (Chambarand, Chalais et Tamié) ont relevé eux aussi l’automne dernier un défi de longue haleine (18 mois entre le projet et la réalisation), celui d’enregistrer une partie de leur office monastique pour répondre à diverses demandes.
Jean de Chevron-Villette nous présente les enjeux d’internet : ses avantages nombreux, ses inconvénients, dont le risque de perte de temps à passer d’un site à l’autre sans but bien défini. Il importe de se poser des règles.

Samedi 10 : Par l’Association St-Pierre de Tarentaise des laïcs compétents en différents domaines nous aident dans notre réflexion sur des questions techniques. La commission finances travaille sur les comptes de la communauté ; elle étudiera au printemps ceux des sociétés : Sotam et Fromagerie.

Dimanche 11 : Père Abbé étudie les psaumes dans la Règle. Le cœur du Prologue est une lecture méditée et par là même un vrai modèle de lectio divina, des Psaumes 33 et 14. On retrouve ici les traces d’une catéchèse baptismale. Le Seigneur nous invite avec le Ps 33 : Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ? (Prol. 15 ; Ps. 33, 13) Et la catéchèse se poursuit avec les versets 14-15 : Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides. Evite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la (Prol. 17 ; Ps. 33, 14-15). Le Psaume 14 sert ensuite au disciple à demander à Dieu : Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? Qui habitera ta sainte montagne ? Et le Seigneur de répondre : Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur. Il met un frein à sa langue, ne fait pas de tort à son frère et n’outrage pas son prochain… Qui fait ainsi demeure inébranlable (Prol. 23 et 26-30 ; Ps 14, 1-3.5). La Règle se termine avec la promesse de parvenir à cette sainte montagne : Qui que tu sois donc qui te hâtes vers la patrie céleste, accomplis, avec l’aide du Christ, cette petite Règle pour débutants, alors, sous la garde de Dieu, tu parviendras à ces plus hauts sommets de doctrine et de vertu dont nous avons parlé ci-dessus. Amen  (RB 73, 8-9).

Mercredi 21 : Fête de la Présentation de Marie au Temple - 60 ans de prise d’habit de Père François de Sales, 60 ans de profession de Père Claude, 50 ans de profession de dom Victor.
Le 21 novembre est la journée des monastères contemplatifs. Le pape adresse un message aux personnes consacrées. Nous leur devons tant ! Comme une oasis spirituelle, un monastère indique au monde d'aujourd'hui la chose la plus importante, et c'est même en fin de compte la seule chose décisive : il existe une ultime raison pour laquelle il vaut la peine de vivre, qui est Dieu et son amour impénétrable.

Jeudi 22 : À l’occasion de la sainte Cécile Père Prieur reprend une partie de l’interview accordée par Mgr Marcel Godard à la revue Signes, quelques mois avant sa mort. La réforme liturgique  a été pour lui l’occasion de nombreuses créations, il a beaucoup collaboré avec Didier Rimaud.

Dimanche 25 : Une interview du cardinal Vingt-Trois paru dans La Croix du 23 : « Être chrétien est un bonheur ! » Nous ne sommes pas là pour gérer une situation mais pour annoncer Jésus Christ. La célébration liturgique n’est pas un spectacle, mais un acte spirituel dans lequel on est engagé soi-même. [...] Ne pas vouloir faire entrer des jeunes dans les églises, mais leur partager ce que nous avons reçu comme une richesse et un motif d’espérance. [...] L’autorité ecclésiale n’est pas sur le mode de l’exercice d’une puissance d’autorité, mais plutôt comme une autorité de conviction et de consentement

Jeudi 29 : Fr. Patrice  va passer un temps de repos et de retraite à Boschi jusqu’au 23 novembre. Cette communauté cistercienne est située à 120 km au sud de Turin, dans la région de Mondovi et Cuneo, à 50 km à vol d’oiseau de la Méditerranée et à 20 km du col de Tende, d’où un climat privilégié, mais qui n’empêche pas les fortes chutes de neige au cours de l’hiver. La communauté de 7 membres, dont le Prieur est père Bernardo, a remis en état puis agrandi il y a 10 ans environ une ancienne petite ferme, perdue dans un vallon à l’écart. Les gens du voisinage viennent volontiers participer aux vêpres et à l’eucharistie qui ont lieu tous les soirs, et restent parfois partager le repas avec la communauté, ce qui donne lieu à de fructueux échanges. Elle vit essentiellement du revenu de son jardin, de ses arbres fruitiers et d’un très grand rucher : travaux agricoles simples mais rudes, à cause des fortes pentes. L’accueil est très simple et fraternel, à l’image de la liturgie.

Vendredi 30 : Le chantier au-dessus du réfectoire touche à sa fin, la salle de formation a déjà accueilli une réunion de la commission de formation pour préparer les sessions de 2009 ; les ordinateurs de la salle d’informatique sont en place ainsi que l’imprimante et la polycopieuse, la salle des revues et journaux située entre les deux avec une cabine de téléphone complètent le tout de façon très fonctionnelle.

 Dans sa dernière encyclique le pape Benoît XVI fait allusion à la Règle de saint Benoît et aux cisterciens : selon Bernard de Clairvaux les moines ont une tâche pour toute l'Église et par conséquent aussi pour le monde. « Le genre humain vit grâce à peu de gens ; s'ils n'existaient pas, le monde périrait » (Sententiae III, 118). Les contemplatifs seront vraiment moines s’ils vivent du travail de leurs mains (Règle 48). Bernard dit explicitement que même le monastère ne peut pas rétablir le Paradis; il soutient cependant qu'il doit, comme un lieu de défrichage pratique et spirituel, préparer le nouveau Paradis. Un terrain sauvage est rendu fertile – tandis que sont en même temps abattus les arbres de l'orgueil, qu'est enlevé ce qui pousse de sauvage dans les âmes et qu'est préparé ainsi le terrain sur lequel peut fructifier le pain pour le corps et pour l'âme (Sententiae III, 71). Ne nous est-il pas donné de constater de nouveau, justement face à l'histoire actuelle, qu'aucune structuration positive du monde ne peut réussir là où les âmes restent à l'état sauvage ?