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Abbaye de Tamié

Le chant de l'office en français

Par un visiteur attentif et compétent

Le chant de l'office en français

Un visiteur attentif et compétent, prêtre du Jura et membre actif du Centre National de Pastorale Liturgique de Paris (CNPL), aujourd’hui décédé, nous a laissé ce témoignage qui vous dira l’essentiel sur la musique pratiquée à Tamié.

« Solidement accrochée au flanc de l'austère sillon qui monte vers le col dont elle porte le nom, l'abbaye cistercienne de Tamié fait entendre, depuis 1133, le son de la cloche qui appelle quotidiennement les moines à l'office de louange et de supplication que l'Église leur confie de célébrer pour la sanctification du temps. Entrons ! Écoutons !
Voilà , ça y est, se dit-on. Ça y est : ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient inlassablement depuis 1967 où Rome leur donna l'autorisation de chanter l'Office en français afin que puissent mieux se joindre à leur prière, les frères convers et les fidèles accueillis. Ils ont trouvé le difficile équilibre entre les trois forces sur lesquelles reposent le chant de la liturgie des heures :
- les textes liturgiques en français, hymnes ou tropaires inspirés de la Bible et qui allient la rigueur littéraire, jusqu'à l'isorythmie indispensable au chant, au lyrisme de la poésie ;
- les mélodies évidemment nouvelles qui doivent posséder une identité musicale, mais à l'intérieur d'un ensemble cohérent ;
- l'état monastique, enfin, qui met en célébration plusieurs fois par jour, les mêmes chanteurs qui, par ailleurs, mènent au fil des mois et des années, une même vie commune.
Le moins que l'on puisse dire, à les entendre, est que la diversité des propositions sert généreusement la cohérence de l'ensemble, comme, selon saint Paul (1 Co 12, 12), la diversité des membres sert la cohésion du corps tout entier. Sans doute est-ce là le secret (atteint ici) du chant monastique : être le symbole révélateur et constructeur d'un même corps : «Vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres» (1 Co 12, 27).
La majorité des textes provient de la studieuse et féconde Commission Francophone Cistercienne (CFC) qui depuis 1970, réunit les moines et les moniales qui cherchent à traduire dans des textes poétiques français ce que leur inspire, mais aussi nécessite, leur vie liturgique.
Cinq autres textes sont du Père Didier Rimaud, jésuite et poète, qui n’a cessé de mettre ses connaissances bibliques au service de tout le peuple chrétien de langue française dans des textes dont l'exigence littéraire s'épanouit en richesse poétique.
Mais il fallait à ces textes des musiques. Aucune originalité à remarquer qu'elles font preuve d'une belle diversité, mais dans une certaine unité. Encore faut-il s'expliquer ! La diversité d'abord. Les douze compositeurs des chants de ce disque sont tous musiciens, soit de profession (Stéphane Caillat, Francine Guiberteau, Christian Villeneuve et Xavier Darasse), soit de formation supérieure (c'est le cas des quatre prêtres : Joseph Gelineau, Marcel Godard, Henri Dumas, Louis Groslambert et de Soeur Bénédicte Liétart, qui fut organiste à Paris avant de devenir moniale bénédictine.
La diversité mélodique et harmonique de leurs oeuvres révèle, parfois subtilement, la diversité de leur formation : de la Schola cantorum ou de César Franck aux classes de Messiaen ou de Ballif au conservatoire de Paris.
Autre diversité, celle des générations : il y a à peu près quarante ans entre les premières oeuvres du Père Gelineau (Les Psaumes) et les réalisations de Christian Villeneuve. Mais ce n'est pas de la musique contemporaine, diront certains ! En effet, plusieurs de ces compositeurs ont une écriture plus «avancée» lorsqu'ils ne composent pas pour le chant liturgique.
Mais réécoutez, réalisez l'admirable Notre Père de l'incontestable Xavier Darasse : ce n'est pas ici son écriture mélodique ou harmonique qui est contemporaine, c'est son immense talent qu'il met au service d'un chant liturgique qui ne sera pas chanté par des professionnels, mais qui sera pourtant, un authentique chant d'aujourd'hui.
Et puis, le subtil dosage de Christian Villeneuve dans l'harmonie «moderne» d'un choral presque classique...
Diversité, mais aussi unité, grâce à un certain accord, malgré les différences de genre et de style, dans la façon de traiter la prosodie, c'est-à-dire le lien du texte et de la mélodie. Il s'agit, d'hymnes et de tropaires, et non de Jubilus, d'Alléluia ou d'aria de cantate : donc suffisamment de chant mais pas trop, suffisamment de rythme mais pas trop, pour que la musique reste toujours à la disposition du texte et de son sens. Non pas contrainte, mais service ; non pas raideur, mais mesure ; non pas d'abord extériorisation des sentiments, mais intériorisation du Mystère célébré en chantant.
La cloche sonne toujours dans la montée du col de Tamié... »
Claude DUCHESNEAU