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Abbaye de Tamié

Homélie - 31ème dimanche

Par Fr. Raffaële

Homélie pour le 31ème dimanche
du temps ordinaire

Mc 12, 28-34
Tu aimeras

Introduction
      Il est beaucoup question de "commandement" et de "loi" dans les textes que nous propose la liturgie de ce dimanche. Le temps n'est pas si loin où l'on parlait de "précepte dominical" à propos de l'assistance obligatoire à la messe du dimanche. Alors, serait-ce uniquement par obligation ou par crainte que nous venons à la messe ? Je ne le pense pas et j'espère que non. La messe, c'est un rendez-vous d'amour. Mais un rendez-vous d'amour, ça se prépare, on n'y va pas n'importe comment. On passe chez le coiffeur, on se refait une beauté... Demandons au Seigneur de nous préparer à cette rencontre, en purifiant notre coeur de tout ce qui en nous peut lui déplaire ou contrister son Esprit Saint.

Homélie
      "Tu aimerais." Voilà le commandement nouveau, coeur de notre foi chrétienne. Et pourtant, c'est un commandement ancien que Dieu avait donné depuis le commencement.
      Comme toujours dans l'Évangile, Jésus n'abolit pas la loi de Moïse, il l'accomplit, il la porte à sa perfection. Ainsi, dans ce passage, il dégage l'essentiel de la loi, la seule chose nécessaire. "Aime et fais ce que tu veux", disait saint Augustin.
      A première vue ce commandement de l'amour comporte deux volets, indissociables : amour de Dieu et amour du prochain. Pourtant, si l'on regarde d'un peu plus près, on découvre dans ce commandement un troisième aspect, moins évident mais tout aussi essentiel : l'amour de soi-même. "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".
Dans son admirable traité sur l'Amour de Dieu, saint Bernard dit que l'amour de Dieu est premier en droit, mais l'amour de soi est premier en fait. Bien sûr, cet amour de soi, loin de nous enfermer dans notre petit moi égoïste est appelé à s'épanouir en charité fraternelle et en charité théologale. Bernard disait : "Il est plus facile que l'on croit de se haïr. La grâce des grâce serait de s'aimer humblement soi-même comme n'importe lequel des membres souffrants de Jésus.
      Une personne qui ne s'est pas acceptée elle-même, qui n'est pas en paix avec elle-même, aura beaucoup de mal à accepter les autres et à être bonne avec eux. Un juste amour de soi-même c'est le point de départ indispensable.
      Mais il faut aller plus loin. La foi nous apprend à faire chacun sa petite révolution copernicienne. L'astronome polonais Nicolas Copernic découvrit au XVIe siècle que ce n'est pas le soleil qu tourne autour de la terre, mais c'est notre terre qui avec toutes les autres planètes, tourne autour du soleil. Or chacun chaque en fait commence par se voir comme une petite terre autour de laquelle le soleil et toutes les autres planètes doivent tourner. La foi nous apprend à sortir de cette erreur de perspective et à entrer avec tous les autres dans la danse de l'amour autour de l'unique Soleil, autour du centre qui est Dieu. Si nous acceptons de nous laisser réchauffer, irradier par le Soleil de Dieu, alors nous pourrons devenir, à notre tour source de lumière et de chaleur pour notre entourage.
      Et il n'est pas nécessaire de faire des choses extraordinaires. Dans la vie de tous les jours, l'amour se manifeste par de petits gestes : un sourire, un accueil aimable, quelques instants d'écoute, un service, un pardon accordé ou reçu, un premier pas vers l'autre... Souvent, il nous est difficile d'aimer telle ou telle personne parce qu'elle nous gêne ou nous heurte, pas son attitude, des paroles, ses défauts, comme si nous n'en avions pas, nous aussi, ou simplement parce qu'elle est différente. Alors, devant notre impuissance à aimer, nous pouvons nous décourager.
      Mais il ne faut pas oublier que l'art d'aimer, l'art des arts, ne s'apprend pas du jour au lendemain. C'est le travail de toute une vie... Et surtout n'oublions pas que l'amour est un don de l'Esprit Saint. "L'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné" dit l'Apôtre Paul (Rm 5,5).

      Nous ne pouvons pas faire autrement que de nous tourner ver la source de l'amour comme une fleur vers le sioleil. Voilà pourquoi nous célébrons l'Eucharistie. Recevons avec foi et ferveur le Corps et le Sang du Christ comme une graine capable de germer et de produire en abondance des fruits d'amour dans notre vie.