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Abbaye de Tamié

Homélie - Assomption de Marie

Par Père Abbé dom Victor

Homélie pour l'Assomption de Marie
Ap 11, 19a...12, 10 - 1 Co 15, 20-27a - Lc 1, 39-56

Par Père Abbé dom Victor

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Introduction 

La composition florale qui orne l'autel dit à sa manière le sens de cette fête. Nous pouvons y voir : deux paniers, fruit du travail, des herbes et des branches en feuille, symbole de vie, des épis de blé, notre nourriture, des fleurs, beauté toute gratuite... Mais il y a aussi une part invisible : la lumière et la chaleur du soleil, l'amour et la générosité de ceux et celles qui ont cultivé ces fleurs, qui nous les ont offertes, de l'artiste qui les a assemblées, enfin ce vers quoi cette composition oriente nos regards, l'Eucharistie. La vie de Marie fut tout cela : travail, nourriture, amour, beauté, louange. Pure de tout péché, sa vie est tout entière assumée en Dieu, illuminée de la clarté divine. Faisons nous aussi de notre vie une eucharistie.

Homélie
"Le Temple qui est dans le ciel s'ouvrit et l'arche de l'Alliance du Seigneur apparut dans son Temple". Ainsi débutait la première lecture. Et l'évangile s'achève par : "Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle". Tout le mystère de l'Assomption ne résiderait-il pas dans ces deux phrases ? Surtout si on y joint, comme clef de lecture, les mots lus dans st Paul : "Alors tout sera achevé quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal... et le dernier ennemi qu'il détruira c'est la mort".

La première lecture, tirée de l'Apocalypse, nous a décrit une vision. Parler de vision c'est se situer dans un contexte de prière, d'illumination intérieure. C'est une expérience mystique, c'est-à-dire une entrée dans le mystère. Pour nous dire ce mystère st Jean utilise des symboles. Il voit le temple qui est dans le Ciel ouvert. Lors du baptême de Jésus le ciel s'ouvrit et au moment de mourir Étienne contemple les "Cieux ouverts et Jésus debout à la droite de Dieu". L'auteur de l'Apocalypse, lui, voit l'Arche de l'alliance, ce coffre précieux qui contenait le don de Dieu à son peuple : la Loi et la manne. Cette image n'évoque-t-elle pas Marie ? D'ailleurs la vision de l'Apocalypse se poursuit : "un signe grandiose apparut dans le ciel, une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles". Cette femme est une reine devant qui toute la création est soumise, non seulement la terre mais le soleil, la lune et les étoiles. Et cette femme est enceinte, autrement dit elle est mère, physiquement mère. Les forces du Mal se déchaînent contre elle pour détruire l'enfant qu'elle va mettre au monde, cet enfant mâle qui sera le berger de toutes les nations, mais l'enfant est enlevé au ciel. Les forces du Mal ont cru triompher de Jésus en le condamnant au supplice de la croix, mais Dieu l'a ressuscité et il siège à sa droite. Le jour de la Pentecôte, st Pierre peut déclarer : "Dieu l'a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous, vous avez crucifié". (Act. 2,36) C'est aussi ce que nous dit l'Apocalypse : "Alors j'entendis dans le ciel une voix puissante qui proclamait : Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu et le pouvoir de son Christ". Par cette vision inaugurale nous entrons en vérité dans le mystère de cette solennité de l'Assomption, prémices de la résurrection de l'Église ; car la femme représente aussi l'Église, mère des sauvés, mère des vivants.

La seconde lecture quitte le registre de l'imaginaire et nous invite à approfondir avec notre intelligence le contenu de notre foi. "Le Christ est ressuscité d'entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car la mort étant venue par un homme, c'est par un homme aussi que vient la résurrection. C'est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang." Évidemment, Marie figure au premier rang des ressuscités, elle qui a donné sa chair au Verbe de Dieu, elle qui a enfanté cet enfant mâle élevé auprès de Dieu lors de son Ascension et qui règne pour juger toute l'humanité. "Tout sera achevé", nous dit encore l'Apôtre st Paul quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père après avoir détruit toutes les puissances du mal, le dernier ennemi étant la mort".

Et voilà que la troisième lecture nous ramène à notre vie quotidienne. Quoi de plus humain que deux futures mamans qui se visitent et parlent entre elles de ce qui leur arrive ? Toutes deux attendent leur premier-né. Il ne se passe rien d'extraordinaire dans cette rencontre : pas de vision, pas de voix venue du ciel, mais un simple tressaillement dans le sein de sa mère d'un bébé qui, ayant six mois, réagit déjà aux bruits extérieurs. "Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle." Mais cette rencontre, ce service est vécu dans la foi et l'action de grâce ; on peut dire que, comme le lavement des pieds du Jeudi Saint, c'est un service eucharistique. Le Magnificat ne ressemble-t-il pas à une préface eucharistique ? Ce récit se termine très simplement : "Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle".

Si la vision de l'Apocalypse nous dépayse, crée un émerveillement, une illumination, c'est pour nous introduire dans le mystère qu'est le dessein d'amour et d'Alliance de Dieu avec sa création. Cette Alliance inaugurée autrefois avec Moïse se réalise pleinement en une femme, la Vierge Marie. La clef d'interprétation de cette vision grandiose, de cette magnifique tapisserie cosmique, est précisément la figure de Jésus, fils de cette femme Marie. Il est lui-même l'Alliance de Dieu avec les hommes, il a scellé cette alliance de son sang : "Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle et définitive". En lui, Dieu a manifesté tout son amour. En donnant librement sa vie, Jésus nous rachetés de l'emprise du Mal et de la Mort. Il est descendu jusqu'aux profondeurs du Mal, jusque dans nos enfers, pour en arracher l'humanité et l'entraîner avec lui dans le monde de la résurrection où il n'y a plus de mort.

Or ce grand mystère du triomphe de l'amour sur la haine, de la vie sur la mort, nous avons à le vivre chacun dans notre vie quotidienne faite de rencontres et de services, de visitations et d'enfantements. Sachons reconnaître dans la banalité de notre quotidien les traces de Dieu ! Chaque enfantement, chaque accueil de l'autre vécu dans la foi, est une visite de Dieu dans notre humanité, un appel à correspondre à son amour.

L'Assomption qu'est-elle alors ? Elle manifeste la dimension éternelle de la vie quotidienne et humble de Marie, une vie où le Mal n'a pu entrer. Cette fête nous dit que tout ce que Marie a vécu, comme tout ce que son Fils a vécu sur terre, est pleinement assumé dans l'Amour infini et éternel de Dieu. Marie première des sauvés est aussi la première des ressuscités, elle a pleinement accompli la vocation que Dieu a voulue pour l'homme et cela grâce à sa foi, à sa maternité, à sa charité humble et discrète, grâce à son oui total et joyeux à l'appel de Dieu. Tous ces oui de foi et d'amour ont aujourd'hui leur accomplissement. A nous d'entrer à notre tour dans le oui de Jésus à son Père comme dans le oui de Marie, l'humble servante du Seigneur, heureuse aujourd'hui d'avoir cru à l'accomplissement des paroles du Seigneur.

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