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Abbaye de Tamié

Homélie - Saint Bernard

Par Frère Marco
 

Homélie pour la fête de saint Bernard

Ct 8, 6-7 - Lc, 6 17-26

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler quelques données essentielles concernant saint Bernard. Né en 1090 à Fontaine-lès-Dijon, il entre en 1112, après des études qu'on dirait aujourd'hui « secondaires », à Cîteaux, monastère nouvellement fondé, connu pour son austérité et son manque de recrutement. Trois ans plus tard, il est envoyé fonder l'abbaye de Clairvaux, en Champagne dont il sera l'abbé jusqu'à sa mort en 1153. Les circonstances, comme aussi le tempérament, ses dons naturels et spirituels, feront de saint Bernard, une sorte de conscience de son temps, un médiateur appelé à intervenir dans les multiples conflits de l'Église et du monde. Saint Bernard a laissé de nombreux écrits, notamment un « Traité de l'amour de Dieu » et son chef-d'oeuvre les Sermons sur le Cantique des cantiques.

Au jour de sa fête nous pouvons nous demander ce qu'a poussé ce jeune homme de 22 ans appartenant à la noblesse bourguignonne à devenir moine... Il y a dans l'évangile de ce jour quelques mots qu'il est important de noter : « Levant les yeux sur ses disciples Jésus leur dit : Heureux, vous… »
Chaque fois que Jésus regarde quelqu'un dans l'Évangile, c'est parce qu'il l'aime, mais aussi pour l'appeler à le suivre. Pensons, à Zachée, pensons à la femme adultère... pensons surtout au jeune homme riche : « Posant son regard sur lui Jésus l'aima... et lui dit : Va, vends tous tes biens et puis suis-moi ! »
Telle fut l'expérience de Bernard... une intuition, une prise de conscience d'être aimé de l'incompréhensible amour gratuit de Dieu : Dieu m'a devancé, il m'a aimé le premier. « Dieu nous a aimés le premier, Lui si grand, il a aimé tellement des gens si petits tels que nous ! »
C'est pour répondre à cet Amour, c'est pour chercher cet Amour que Bernard a voulu consacrer toute sa vie à Dieu « non en pure perte, mais en pure gratuité... » à la recherche de Dieu
Pour Bernard toute l'aventure spirituelle part de cette double intuition : que le Dieu l'a prévenu, le cherchant et l'aimant le premier... et aussi qu'il est digne d'être recherché, servi, aimé pour lui-même gratuitement.
Pour Bernard devenir moine, c'est se mettre, selon sa propre expression, « à l'école de Jésus », l'homme des Béatitudes, et apprendre de Lui comment répondre à l'amour de Dieu. Écoutons-le :
« Tu veux que je te dises pourquoi et comment on doit aimer Dieu ? La raison d'aimer Dieu c'est Dieu lui-même. Et la mesure c'est de l'aimer sans mesure. L'amour ne recherche pas en dehors de soi sa raison d'être et sa fin... J'aime, parce que j'aime, j'aime pour aimer. »

Frères et sœurs, Bernard nous invite nous aussi à nous mettre à l'école de Jésus, l'homme des béatitudes et à nous demander en quoi, ou plutôt en qui, nous avons mis notre confiance et nos attentes...
Nous aspirons tous au bonheur, à la plénitude de la vie, mais il faut reconnaître que parfois ce bonheur nous le cherchons là où il ne peut se trouver. Nous le cherchons dans la satisfaction immédiate de nos envies, et Jésus nous dit « malheureux, vous qui êtes repus maintenant... Nous le cherchons dans le fait d'être estimés et appréciés, et Jésus nous dit : « Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous... »
Comment est-il possible d'être heureux dans le fait d'être pauvre, d'avoir faim, de pleurer ? Regardons Bernard et écoutons le nous dire : « Cela est possible si dans ta vie il y a l'amour ».

Puissions-nous, chacun de nous, recevoir comme nous étant personnellement adressées par Jésus, les paroles du Bien-aimé à sa Bien-aimée que nous avons entendues dans la lecture du Cantique des cantiques : «Que mon Nom soit gravé dans ton cœur ! »
Oui si le nom de Jésus, l'homme des béatitudes est gravé dans notre coeur, s'il nous est aussi continuellement présent qu'un tatouage gravé sur le bras, s'il est comme une flamme brûlante, alors aucune épreuve ne saura nous faire tomber, aucune tristesse aucun désespoir ne pourra éteindre la flamme du bonheur qui est en nous. Car « lorsque Dieu aime, il ne veut qu'une chose : être aimé, sachant que l'amour rendra bienheureux tous ceux qui l'aimeront » (Saint Bernard, Traité de l’Amour de Dieu)

Plus proche de nous un fils de saint Bernard a fait cette même expérience : « Je suis aimé : cette certitude s'impose à moi, doucement, avec force, en moi et m'oblige au don, afin que le monde sache qu'il est aimé d'amour » (Fr. Christophe)
...afin que le monde sache qu'il est aimé d'amour »
Bernard n'est pas insouciant de fécondité spirituelle ou apostolique. Mais il croit qu'une telle fécondité est le fruit de l'amour qui ne se situe pas essentiellement au niveau de la parole, ni de l'action, ni même de la prière, mais bien à celui de l'être. Ainsi la vie monastique est-elle dans l'Église comme un témoin, une parabole de la gratuité de l'amour » (Dom Ambrose Southey).