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Abbaye de Tamié

Saint Pierre de Tarentaise

Homélie de dom Victor

Homélie pour la fête de
saint Pierre de Tarentaise
Fondateur et premier Abbé de Tamié

Is 61,1-3 ; 2 Cor 5,14-20 ; Marc 13,33-37
Je le dis à tous : Veillez !

Veillez ! Je le dis à tous et donc à nous aujourd'hui : Veillez ! St Pierre a fondé ce monastère, dans ce vallon retiré, pour être un veilleur, pour vivre avec ses frères les valeurs évangéliques qui renouvellent le monde : valeurs de prière contemplative, d'amour fraternel, de pauvreté, d'accueil, de compassion pour les souffrances de l'Église et de l'humanité.
      Veiller c'est attendre, mais aussi être attentif à quelqu'un que l'on aime. Sommes-nous "des chercheurs de Dieu, captivés par l'unique présence" ?
      Ce serait réduire la richesse de sens de cette invitation de Jésus que de penser simplement à notre mort. Certes, c'est bien là une veille importante puisque c'est celle qui donne sens à notre existence. Ma vie est-elle une attente, l'attente d'une rencontre ? Comme pour Jean Baptiste, ou les vierges sages de la parabole l'objet de ma joie et de mon espérance est-il la rencontre avec l'époux ? Thomas Merlon nous dit: "Si le moine se contente de conserver des traditions, des monuments de l'art ou de la pensée, une façon de vivre héritée du passé, il n'est pas ce qu'il devrait être. Au contraire, la fonction du moine de notre temps est de se maintenir lui-même vivant par son contact avec Dieu".
      Saint Pierre de Tarentaise sut vivre ce contact avec Dieu, il fut homme de prière. Veiller signifie aussi être attentif aux autres comme une mère ou un médecin veille sur la santé d'un malade. Hier, les journaux nous rappelaient le 5e anniversaire de l'attentat meurtrier du 11 septembre. Soeur Pascale nous a dit ce que sa communauté de Bouaké a vécu en 2004 durant la guerre de Côte d'Ivoire, nos Soeurs de Murhesa nous ont rappelé les dures réalités de la guerre à Bukavu au Congo Démocratique en 1996, 2004, la présence de Fr. Toni nous rend proche du drame vécu par le Liban et chaque jour nous recevons des chroniques de prêtres ou d'évêques d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine qui nous disent la souffrance des pauvres... Veiller c'est écouter ses frères qui souffrent et voir comment vivre une solidarité réelle avec eux. Saint Pierre sut être attentif aux nécessités de son époque. Sa charité envers les pauvres était proverbiale et on se souvient encore de la distribution gratuite de pain à la période de la soudure, "le pain de mai". Une rue à Moûtiers porte ce nom en souvenir.
      Depuis presque neuf siècles que les moines vivent en ce lieu de Tamié ont-ils toujours été des veilleurs, des témoins d'espérance pour leur époque ? Seul Dieu peut le dire. L'histoire nous a conservé le souvenir de certaines figures qui le furent et qui ont cherché à ranimer la ferveur de la communauté et à répondre aux besoins de leur temps.
      St Paul nous invitait à toujours voir les autres dans le Christ, non plus à la manière humaine mais avec l'amour, la compassion avec lesquels le Christ les regarde. Quand Pierre de Tarentaise priait la nuit, quand il veillait auprès de ses frères endormis, sans doute les voyait-il dans cette lumière de l'amour du Christ qui les transfigurait. Et quand il devint archevêque, les pauvres ont vite reconnu dans la bonté de Pierre cet amour du Christ pour eux.
      Aujourd'hui, il nous est demandé, plus que jamais, d'être des hommes suffisamment libres et compatissants pour savoir guérir, par notre ministère d'écoute, les coeurs blessés et brisés, pour annoncer à tous ceux qui se sentent captifs que le Christ les a libérés de leurs chaînes. "Ils étaient en deuil, je les parfumerai avec l'huile de joie ; ils étaient dans le désespoir, je leur donnerai des habits de fête" nous disait Isaïe.
      Veiller, c'est aussi être attentif à la mission de l'Église dans un monde aux changements si rapides. C'est être attentif à présenter le vrai visage de Dieu, seul capable de combler l'attente des jeunes qui aspirent de tout leur être à aimer et à être aimés : or Dieu est Amour. Sommes-nous des témoins crédibles de cet amour?
      Veiller, c'est participer à l'élan missionnaire. Notre Ordre ne cesse de diffuser la présence monastique dans les jeunes églises et nos Soeurs d'Afrique témoignent de cette attention.
      St Pierre fut très présent à son temps comme pacificateur : beaucoup ont sollicité son arbitrage pour apaiser leurs conflits et rétablir la paix. Comment pouvons-nous aujourd'hui être artisans de paix ? Comment pouvons-nous favoriser la compréhension et le dialogue entre les religions et les cultures ?
      Bien d'autres défis se présentent à nous. Pour y répondre comme Dieu l'attend de nous, nous sommes invités à veiller ensemble avec Marie, mère attentive à Cana, mère pleine de compassion à la Croix, mère priant avec l'Église à la Pentecôte.
      Que Saint Pierre de Tarentaise trouve sa joie à faire de nous ses disciples et ses fils fidèles à l'héritage qu'il nous a laissé. Saisis, comme lui, par l'amour du Christ nous serons véritablement des veilleurs.