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Abbaye de Tamié

Homélie - 26ème dimanche

Frère Jean
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Homélie pour le 26ème
dimanche ordinaire - C


Am 6, 1, 4-7 - 1 Tm 6, 11-16- Luc 16, 19-31

Introduction

Dans notre société où l’image est reine et où règne le besoin de paraître, notre regard nous conduit trop souvent à juger selon les apparences. Cela commence le premier jouir devant l’école ou dans la cour de récréation, tel cartable, ou telles marques de vêtement ou de chaussures ! Ce n’est qu’après quelques jours que l’on découvre mieux ceux qui vivent à côté de nous. Dans des discussions  c’est le critère de vérité utilisé : « je l’ai vu à la télé » qui nous empêche d’écouter une information plus proche de la réalité. Seigneur donne-nous de savoir regarder les personnes et les évènements comme Toi tu les vois.

Homélie

            L’histoire qui sert de support à la parabole que nous venons d’écouter était déjà connue dans l’Égypte ancienne. Si Jésus l’utilise, ce n’est pas pour justifier une morale simpliste que Job a déjà rejetée. Et quand certains éditeurs de Bible ajoutent un sous-titre « Lazare et le mauvais riche » ils défigurent l’évangile  en lui donnant une couleur moralisante qui n’est pas dans la Parole de Jésus.

            Dés les premiers mots Jésus nous présente deux hommes, sans les juger :
- Le premier, on ne connaît pas son nom, on ne connaît que son extérieur, son apparence : « Un homme riche qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jours des festins somptueux » il semble disparaître derrière sa richesse et le luxe, qui l’ont emprisonné, au point que l’on ignore son nom. Sa richesse l’empêche de voir de l’autre côté de son portail, la grandeur de l’homme qu’il pourrait rassasier avec ce qui tombe de sa table.
- Le second, on le connaît par son nom (symbole d’une personne), la seule chose qui lui reste, mais essentielle : son nom, Lazare, et qui veut dire « Dieu aide ».

            Mais cette façade de richesse du premier, empêche de voir en ce riche sa générosité possible et sa qualité d’enfant d’Abraham. Quand il est dépouillé de sa vie de luxe, son souci d’avertir ses 5 frères souligne sa générosité à leur égard. Souvenons-nous de Zachée quand il se libère de son argent, Jésus rappelle que lui aussi était un fils d’Abraham qu’il fallait sauver.

            A la mort de ces deux hommes que se passe-t-il ?
- Lazare, auquel seuls les chiens prêtaient attention, rejoint Abraham à qui Dieu avait promis la Terre Promise, image et annonce de cette intimité d’amour avec Dieu que l’on appelle aussi le Royaume.
- Le riche quand il meurt est enterré, comme si tout son être se terminait dans la terre.
          D’où l’urgence de la conversion à laquelle Jésus nous appelait déjà dimanche dernier, en nous mettant en garde contre les dangers de l’argent trompeur. Pour cela Jésus ne fait que s’appuyer sur les enseignements des prophètes comme Amos. Dans la première lecture de ce jour, Amos s’adresse aux riches de Samarie et de Jérusalem : « Malheureux ceux qui vivent bien tranquilles… ceux qui se croient en sécurité ». Ce n’est pas une malédiction que prononce Amos ni l’annonce d’une punition (Abraham appelle le riche dans la fournaise « mon enfant ») c’est la tristesse du prophète devant le sort de ses compatriotes inconscients. La tristesse de constater comment cette fausse sécurité matérielle peut endormir et conduire à des lendemains terribles. En effet cette richesse trompeuse, que l’on a, ou qu’on désire avoir, empêche l’homme de voir ce qui est essentiel,pour atteindre le véritable bonheur.

          Le dialogue d’Abraham avec l’homme dépouillé qui manifeste son souci de sauver ses 5 frères, va nous faire faire un pas de plus.
 - Père Abraham, je te prie d’envoyer Lazare pour avertir mes frères.
- Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent répond Abraham.
- Non, Père Abraham, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver ils se convertiront.
- S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes (comme Amos), quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus !

Mais la réponse d’Abraham ne s’adresse-t-elle pas aussi à nous ? Jésus est bien venu de chez les morts, il est ressuscité ! Sommes-nous convaincus de l’urgence de notre propre conversion ?

            Dans l’Eucharistie que nous célébrons, Jésus va se manifester à nous dans l’humilité d’un peu de pain et d’un peu de vin. Nous n’aurons jamais fini de découvrir l’immensité du don de Dieu qui se donne ainsi à nous ! Saurons-nous nous dépouiller de ce qui n’est pas essentiel pour pouvoir Le reconnaître et L’accueillir dans l’humilité de ses signes dans nos vies ? Et dans Sa Parole ?

            Saurons-nous avec Lui regarder les personnes et les choses comme Lui les voit, et ne pas en rester aux apparences.