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Homélie - 6ème dimanche de Pâques

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Exhortation apostolique post-synodale : Sacramentum caritatis du pape Benoît XVI sur l'eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Église

n° 46 - L'homélie

L'homélie « fait partie de l'action liturgique », elle a pour fonction de favoriser une compréhension plus large et plus efficace de la Parole de Dieu dans la vie des fidèles. C'est pourquoi les ministres ordonnés doivent « préparer l'homélie avec soin, en se basant sur une connaissance appropriée de la Sainte Écriture ». On évitera les homélies générales et abstraites. Je demande en particulier aux ministres de faire en sorte que l'homélie mette la Parole de Dieu proclamée en étroite relation avec la célébration sacramentelle et avec la vie de la communauté, en sorte que la Parole de Dieu soit réellement soutien et vie de l'Église. Que l'on garde donc présent à l'esprit le but catéchétique et exhortatif de l'homélie. Il paraît opportun, à partir du lectionnaire triennal, de proposer aux fidèles, avec discernement, des homélies thématiques qui, tout au long de l'année liturgique, traiteront les grands thèmes de la foi chrétienne, puisant à ce qui est proposé avec autorité par le Magistère dans les quatre « piliers » du Catéchisme de l'Église catholique et dans le récent Abrégé : la profession de foi, la célébration du mystère chrétien, la vie dans le Christ, la prière chrétienne.


Homélie pour le 6ème dimanche de Pâques - 13 mai 2007
Jn 14, 23-29

Cela se passe dans une classe de catéchisme d'un petit pays voisin. On est au temps de Pâques, à l'approche de la Pentecôte. La dame catéchiste fait une animation sur le Saint Esprit et après avoir développé son sujet, pose des questions aux élèves pour voir si ce qu'elle a présenté est bien compris. Et elle arrive à cette question essentielle : « Que fait le Saint Esprit quand Il vient en nous ? » Il y a un moment de silence... Sans doute, pense la catéchiste, parce que chacun dans sa tête est en train d'énumérer les dons de l'Esprit ou les qualités qu'Il imprime dans nos vies. « Que fait le Saint Esprit quand Il vient en nous ? » Et voilà que le petit déluré du fond de la classe se lève et dit : « Madame, Il fait ce qu'Il peut ! »

Cela aurait pu être une boutade, mais en fait je crois que notre petit rigolo a un sens assez pertinent des choses de la foi. Dans nos vies, Dieu, en Jésus Christ et par l'Esprit, « fait ce qu'Il peut ».

Cela veut dire deux choses, qui peuvent paraître paradoxales mais qui ne le sont que parce que les relations entre les hommes et Dieu sont paradoxales : Dieu est tout puissant. Il n'y que l'homme qui soit sur terre capable de mettre des limites à cette toute puissance. Dieu fait ce qu'Il peut.

Cela veut dire d'abord qu'Il fait beaucoup puisqu'Il peut tout. Des merveilles bouleversantes et qui dépassent notre entendement. Nous devons tenir ferme cette affirmation de notre foi. Dieu est tout puissant et cette toute puissance s'exprime dans une relation d'amour et de liberté. Dieu peut et Dieu veut beaucoup pour nous. Tel est l'ordre de la foi, de l'espérance et de l'amour.

Mais la foi, l'espérance et l'amour prennent du relief, de la consistance, non pas dans les livres de théologie, mais dans le concret de l'existence de tous les jours, dans les petits défis quotidiens. Cette foi, cette espérance et cet amour se vérifient et s'insinuent dans les petits riens de chaque jour, dans les mesquineries comme dans les courages de tout instant.

Ainsi, dire que Dieu, par Son Esprit, fait ce qu'Il peut dans nos vies, c'est affirmer qu'Il se heurte aux résistances que nous mettons à Son action. La fête de Pâques nous apprend que Dieu déploie par Jésus et dans l'Esprit Saint une vie toute puissante dans notre monde déjà et pour le monde à venir.

Voilà ce que nous espérons dans nos hautes sphères de la foi. Mais parce qu'Il est toute puissance d'amour et de liberté, et non l'horloger froid de sa création, ni l'ogre ardent dévoreur de sa créature, Dieu fait ce qu'Il peut dans nos vies.

C'est ici que l'on peut se demander très concrètement pourquoi une telle distance entre le plan de Dieu et les projets concrets des hommes. Car enfin il semble que nous voulons la même chose. Je veux mon bonheur et le bonheur des miens. Dieu veut aussi mon bonheur et le bonheur des miens. Je veux réussir ma vie. Dieu veut aussi que je réussisse ma vie. Je veux être bien dans ma peau et que les gens autour de moi soient bien dans leur peau. Est-ce vraiment différent du projet de Dieu sur lequel Il pourrait exercer Sa toute puissance ?

Jésus connaît notre humanité. Il « connaît ce qu'Il y a dans l'homme » (Jn 2, 25). Il est Dieu et dans Sa résurrection, Il est sorti victorieux de tout ce qui détruit, avilit et empêche la réalisation de cette humanité. Alors, que Jésus ressuscité, Lui notre Dieu, épanouisse, dans Son Esprit, notre humanité à nous !

Eh bien, c'est ce qu'Il fait. Mais Il ne le fait pas. Et c'est bien là qu'Il met notre foi à rude épreuve : Il ne le fait pas « à la manière du monde ». (Jn 14, 27).

 

Dans la Parole que Jésus nous laisse ce dimanche, Il nous fait comprendre ce message : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ».

N'est-ce pas ce que nous recherchons tous, depuis la banalité quotidienne qui nous assourdit de bruit, de stress et d'agitation jusqu'à la fine pointe de nous-mêmes, lorsque nous luttons avec nos peurs cachées, avec nos angoisses existentielles et spirituelles ?

Jésus tout puissant, ressuscité dans la vie, déployant la force de Son Esprit vivificateur, Jésus nous laisse la paix, nous donne Sa paix. Mais Il nous dit : « Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne ! » (Jn 14, 27)

Quelle est donc cette manière du monde de créer, de donner la paix ? La paix selon la manière du monde, n'est-ce pas la paix des cimetières, ceux des pierres et des cyprès, mais aussi les cimetières du coeur et de l'égoïsme ? La paix à la manière du monde , n'est-ce pas la paix : «  Ceci est mon territoire ! ». N'est-ce pas la paix : « Ôte-toi de là, tu me gê­nes ! » N'est-ce pas la paix : « Fuyons dans notre jardin secret ! » N'est-ce pas la paix : « Pourquoi se mêle-t-il de mes affaires ? »

Ce n'est pas de cette manière-là que Dieu veut déployer l'oeuvre de Son Esprit. Dieu, c'est la paix qui, entre les peuples, se nourrit des richesses et de la pauvreté de l'autre, qui dans les relations sociales, invite l'autre à venir partager toute la beauté et la misère de mon jardin intérieur. C'est la paix qui dans les relations de famille ou de communauté, trouve son harmonie dans le service respectueux des qualités et des défauts de l'autre.

Quand le monde (Israël) croit créer la paix en faisant des murs - et les murs les plus subtils sont ceux de l'égoïsme et de l'indifférence - Dieu, Lui, nous invite à la conquête d'une paix bien plus fondamentale : celle qui se construit avec des ponts, des passerelles, des chemins de traverse, des sentiers... et les chemins les plus subtils sont ceux qui conduisent vers l'autre à travers l'aveu de mes faiblesses, de mes défauts, de mes manques et de mes besoins.

Chaque jour Dieu fait ce qu'Il peut. Il nous donne les pierres de construction ajustées, taillées, polies. Mais nous, au lieu de faire des ponts, on les entasse comme de piètres protections autour de nos fragiles personnes.

Soeurs et frères, au lieu de crier vers le ciel pour que le Dieu tout puissant fasse quelque chose pour Sa terre et notre terre, ouvrons les yeux, retroussons les manches et mettons-nous à l'ouvrage.

L' Architecte, le Maître d'oeuvre a beau être aussi génial que le Saint Esprit, quand les maçons s'obstinent à ne pas savoir lire les plans... alors Dieu ne fait que ce qu'Il peut !