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Abbaye de Tamié

Homélie - 13ème TO

Frère Antoine
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Homélie pour le 13ème dimanche ordinaire - C


    Depuis l'Avent 2006, nous lisons , le dimanche, l'Évangile de saint Luc. Après une introduction qui nous parle de l'enfance de Jésus et son parallèle avec Jean-Baptiste (chapitres 1 à 3), l'Évangile se divise en trois parties, chacune localisée dans une région de la Palestine, la première en Galilée, la seconde de la Galilée à Jérusalem en passant par la Samarie, enfin Jérusalem. Aujourd'hui, nous commençons la  deuxième partie : le voyage à Jérusalem.
        1-  Dans un voyage, il y a trois moments : le point de départ, le déplacement et le but. Nous trouvons tout cela dans l'évangile d'aujourd'hui. Pour aller de la Galilée (Capharnaüm, le lac de Tibériade) à Jérusalem à pied, en traversant la Samarie, il faut trois ou quatre jours, pas plus. Saint Luc en parle pendant onze chapitres (sur 24), presque la moitié de son Évangile qui recouvre toute la vie de Jésus ! C'est que ce voyage symbolise le déroulement de toute vie chrétienne, donc la nôtre et elle visualise par une marche la suite de Jésus. Mais il ne s'agit pas de faire une procession, ni d'aller en Terre sainte, notre vie doit quitter notre Galillée, notre façon de vivre païenne, pour marcher vers notre libération en donnant notre vie à Dieu comme Jésus. Cela passe par la mort, mort physique aussi, mais surtout mort au "vieil homme" qui nous habite.
        Jésus part "courageusement" vers Jérusalem, il sait qu'il va au devant de grosses difficultés et même au devant sa mort, il le dit à ses disciples qui ne comprennent rien. Ils ne sont pas seuls, il y avec eux des femmes, des sympathisants, parmi lesquels Jésus choisira les "72" dont il sera question dimanche prochain. C'est donc toute une troupe qu'il est difficile d'évaluer, plusieurs dixaines de personnes et on comprend que Jésus envoie en avance des fourriers pour savoir s'ils peuvent être hébergés dans le village le plus proche. Pas de chance, la route est barrée, les Samaritaines refusent le passage. Un peu comme récemment on ne pouvait pas entrer en Israël si on avait un visa d'un pays musulman. Il est intéressant que saint Luc nous rapporte cet événement avec la réaction de Jacques et de Jean qui veulent punir. Suivre Jésus n'est pas faire une croisière ni un voyage de tourisme, ce point va être développé dans la seconde partie de l'évangile d'aujourd'hui.
        Jésus forme ses disciples sur le terrain par sa manière de réagir aux difficultés et pas seulement par des discours. Même la réaction de Jacques et de Jean  ressemble à la nôtre : vouloir se venger, tandis que Jésus n'insiste pas : on ne veut pas de lui,  il s'en va. L'évangile ne le dit pas, mais il trouvera un autre village de Samaritains qui l'accueillera.
        Ce petit résumé que nous lisons a pour but de nous sensibiliser et nous inviter à ne pas nous décourager par les refus, l'hostilité que les chrétiens rencontrent en suivant Jésus.
        2- Pour suivre Jésus il nous faut donc quitter notre Galillée, nos attachements, même légitimes, pour que "rien ne soit préféré au Christ" (deux fois dans la Règle de saint Benoît). Comme nous sommes au début du voyage, saint Luc nous indique ce qu'il faut quitter et il raconte trois dialogues de Jésus avec des anonymes. Le premier qui affirme : "Je te suivrai partout", fait penser à saint Pierre qui dira : "Je suis prêt à aller avec toi en prison, même à la mort". Il y a des enthousiames naïfs que Jésus calme sans ménagement et l'exemple du renard et des oiseaux, veut dire que Jésus est une espèce de SDF, il mène une vie errante, précaire, il ne sait pas où il va coucher le soir, il n'a pas de vie de famille. On ne sait pas si le postulant sera accepté ou pas, ceci nous fait penser à la Règle de saint Benoît où il est dit qu'on n'acceptera pas facilement l'entrée à qui demande, surtout les prêtres.
Le deuxième anonyme lui est appelé : "Suis-moi ! " - "Je dois enterrer mon père". On a là une des parole les plus dures de l'Évangile qui semble contredire deux devoirs élémentaires :  celui d'honorer ses parents et celui d'enterrer les morts. "Laisser les morts enterrer les mort !" Voilà une phrase qui ne semble pas tenir debout. Comment les morts peuvent-ils prendre une pelle et une pioche pour creuser une fosse ? On se croirait dans l'Évangile de saint Jean qui joue sur le sens des mots. Jésus n'est manifestement pas le fondateur des Pompes funèbres. Est mort et sans intérêt ce qui n'a aucun lien avec la vie divine qui, elle, est éternelle. On peut penser à la scène des femmes qui apportent des aromates, mais comme Jésus est ressuscité, ils deviennent sans utilité. Tous nos soucis terrestres sont bien relatifs par rapport à ce que Jésus nous propose : la liberté du Royaume. 
        3- Ces réponses abruptes de Jésus montrent le caractère absolu du Royaume et illustre le premier commandement  : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... Ce que saint Benoît rappelle : "Ne rien préférer au Christ". Pourquoi donc tous ces abandons ? Serions-nous masochistes, malades ou idiots ? Non, c'est que nous avons trouvé la "perle". Monsieur Sarcozy et Mme Royal se sont fatigués physiquement pendant leur campagne, ils ont subi des railleries, des hostilités, mais pour eux la perle c'était l'Élysée et ça valait la peine. Pour les disciples de Jésus, la perle c'est le Royaume ou le Christ ou la Jérusalem céleste ou la vie divine.
    Il y a parmi nous des prêtres du Prado qui font retraite. Ils viennent d'Afrique, d'Amérique, d'Asie, d'Europe aussi bien sûr. Ils vivent avec les plus pauvres de leur pays, dans des conditions souvent difficiles. Ils vont retourner chez eux. En y allant ils savent qu'ils vont vers des difficultés, vers Jérusalem, comme chacun de nous si nous sommes disciples de Jésus.
    Pour terminer voici une réflexion d'un prêtre du diocèse. En cette fin d'année pastorale, il m'avouait sa fatigue et concluait en disant : "Ça ne va pas en s'arrangeant ! Mais en se purifiant." La foi est vraiment libérante et pleine d'espérance".