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Abbaye de Tamié

Homélie - 3ème TO

Fr. Raffaële

Semaine de prière
pour l'unité des Chrétiens

      Nous sommes dans la semaine de prière pour l'Unité des Chrétiens.A chaque messe nous prions le Christ de conduire son Église à l'unité parfaite, mais il est bon que dans l'année il y ait un temps fort consacré à cette intention si fondamentale, que le Christ a solennellement exprimée lors de la dernière Cène, juste avant sa mort sur la croix. Dans la seconde lecture saint Paul nous dit que nous avons tous été baptisés dans l'unique Esprit pour former un seul corps, appelé à l'unité au-delà des différences. Hélas, les différences qui auraient pu être une richesse pour l'Église ont été durcies et exacerbées jusqu'à la rupture.
       Demandons pardon au Seigneur pour nos divisions, dans la ferme espérance qu'un jour elles seront surmontées. Un grand chemin a été parcouru depuis plusieurs années sur la route de l'unité, mais nous n'avons pas encore effacé ces déchirures qui défigurent l'Église et rendent moins crédible son témoignage.


Homélie pour le 3ème dimanche - Année C

Ne 8, 1-10 - 1 Co 12, 12-30 - Luc 1, 1, 1-4 ; 14-21

Frères et soeurs, j'aimerais tout d'abord attirer votre attention sur la première lecture de cette Messe, tirée du livre de Néhémie : un livre biblique que peu d'entre nous connaissent, je pense. Ce livre décrit la difficile situation du peuple d'Israël au retour de l'exil à Babylone, qui avait duré 50 ans. Jérusalem est en ruines, le Temple est détruit : il faut tout reconstruire, un peu comme en France en 1945. Le peuple est découragé. Pourtant, on célèbre à nouveau, après 50 ans de déportation, la fête des Tentes, l'une des grandes fêtes juives. En ce jour commence une nouvelle phase de l'histoire d'Israël : le temps d'une présence plus marquée de Dieu au milieu de son peuple par le moyen de sa Parole. Pour la première fois dans la Bible, on nous décrit une liturgie solennelle de la Parole, comme celle que nous venons de vivre dans la première partie de cette Messe. Tout le peuple est convoqué, non seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. C'est un jour prophétique, qui fait ressortir le caractère sacerdotal et prophétique de tout le peuple de Dieu, et non seulement des prêtres et des lévites. Pour la première et unique fois dans la Bible, on nous parle dans ce texte de la construction d'un ambon, c'est-à-dire d'un pupitre pour le lecteur qui doit proclamer la Parole : un ambon comme celui que vous voyez devant vous. Après une bénédiction solennelle et une prière du peuple, le scribe Esdras commence la lecture de la Parole. Et c'est une lecture continue qui se prolonge une demi-journée entière ; on lit les passages l'un après l'autre, et on traduit les paroles hébraïques au peuple qui ne connaissait plus que l'araméen. Suivent explication et commentaires par Esdras et les lévites. Et face à la Parole de Dieu, Parole qui juge, parole plus incisive qu'un glaive à double tranchant, la réaction de l'homme ne peut être autre que celle de la crainte. Chaque fois que se produit un contact avec le divin, l'homme ne peut faire autrement que se repentir, comme Isaïe, homme aux lèvres impures, devant la sainteté de Dieu. Dieu se rend présent plus que jamais ; par sa Parole, il touche et pénètre les coeurs des croyants. Mais la Parole du Seigneur conduit à des larmes salutaires, libératrices ; elle est une semence jetée dans les larmes pour une moisson de joie, comme dit le Ps 125. Alors voilà la parole de consolation : « Ne pleurez pas... allez, mangez... festoyez, parce que c'est un jour consacré au Seigneur ! La joie du Seigneur est votre rempart ! »
En cette page se trouvent ramassés les caractères du nouveau culte, qui sera la célébration de la Parole de Dieu dans la synagogue, le jour du sabbat, sans les offrandes et les sacrifices du Temple. Ainsi, tout le peuple pourra participer au culte, et non seulement les pèlerins de Jérusalem. Chaque sabbat, le peuple accueillera la Parole de Dieu et pourra continuer à en vivre dans la foi, chacun dans son village. Ainsi, même dans les petites bourgades, pauvres et reculées, sera proclamée la Parole de Dieu.
Cette liturgie de la Parole est celle que pratiqua Jésus lui-même à la synagogue de Nazareth, ou de Capharnaüm, et d'autres de Galilée. Et c'est Jésus qui mène cette célébration de la Parole à sa perfection, non seulement parce qu'il réalise en lui ce que disaient les Écritures, mais parce qu'il rapporte la Parole de Dieu à l'aujourd'hui. Frères et sœurs, je n'hésite pas à l'affirmer : à mon sens, le mot le plus important de l'évangile que nous venons d'entendre est bien celui-ci : aujourd'hui. Quand le Christ lit ce passage d'Isaïe, il le rapporte à aujourd'hui, et les auditeurs perçoivent que cette parole, vieille de plusieurs siècles, retrouve son aujourd'hui dans la proclamation de Jésus. Et les gens de rester stupéfaits en face de cet aujourd'hui ; mais c'est cette expérience que nous devons faire à notre tour, chaque fois que nous écoutons ou lisons la Parole de Dieu ; sans quoi, nous allons nous placer sur un plan purement intellectuel, sinon archéologique. Aujourd'hui s'accomplit cette prophétie : si nous savons comprendre ainsi l'antique parole, nous la rendons actuelle, contemporaine, efficace dans notre vie, et nous comprenons alors la Parole de Dieu dans toute sa plénitude.
Alors le Christ se rend présent et lui-même annonce sa Parole, lui-même l'explique à nos coeurs. Et nous la saisissons dans sa profondeur telle qu'elle est vraiment, Parole de Dieu, qui nous secoue, qui nous interpelle, qui nous révèle le mystère, qui prépare tout notre être à contempler le Christ.
Avec Jésus, la Bonne Nouvelle n'est plus simplement une promesse pour l'avenir. C'est une force et une lumière qui change notre vie maintenant, si nous somme prêts à l'accueillir. Car Jésus est ressuscité, toujours vivant, littéralement notre contemporain. Il nous parle toujours au présent et il nous dit que l'Esprit du Seigneur nous est donné aujourd'hui pour que notre manière d'agir change, pour qu'elle prenne une couleur évangélique. Il nous donne son Esprit pour que notre coeur se libère de ses égoïsmes, pour que nous soyons capables d'accueillir les autres, pour que nous apportions aux pauvres le soutien de notre aide et de notre partage, aux aveugles la lumière de notre amitié, pour qu'aujourd'hui soit un jour de bienfaits pour ceux et celles que nous rencontrons. C'est notre mission de chrétiens : que la Bonne Nouvelle prenne corps dans notre vie, pour que la Parole de Dieu soit vivante aujourd'hui.
Frères et soeurs, je terminerai cette homélie par une belle pensée d'un Père de l'Église du IIème siècle, st Clément d'Alexandrie, à propos de ce mot : aujourd'hui. Voici ce qu'il écrit : « La grâce de la promesse de Dieu est abondante, si aujourd'hui nous écoutons sa voix ; et cet aujourd'hui s'étend à chaque jour nouveau, aussi longtemps qu'on dira : aujourd'hui. Jusqu'à la consommation finale durent l'aujourd'hui et la possibilité de se convertir ; et à cette consommation, le véritable aujourd'hui, le jour continu de Dieu, devient égal à l'éternité. » Amen.