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Abbaye de Tamié

Homélies - Vigile et jour de Pâques

Par Père Abbé
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Homélies

Vigile pascale 2008

Après le sabbat, à l’heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent au tombeau. Les quatre évangiles reprennent ces mêmes termes : après le sabbat, le premier jour de la semaine. Ces mots premier jour de la semaine et sabbat évoquent le récit de la Création entendu au début de cette veillée. S. Jean, d’ailleurs, met tout son Évangile dans la continuité de l’acte créateur : Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu…Tout fut par lui et rien de ce qui fut, ne fut sans lui, faisant ainsi écho aux premiers mots de la Genèse : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Ce poème de la Création, nous l’avons entendu, se terminait par le sabbat : Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite. Or, en mourant, Jésus a conscience d’achever l’œuvre du Père : sachant que dès lors tout était achevé, Jésus dit : j’ai soif. Ayant pris le vinaigre il dit : tout est achevé et il remit l’esprit (Jn 19,28.30) Tout étant ainsi achevé, Jésus est mis au tombeau. Or, c’est le commencement du sabbat, un sabbat particulièrement solennel, précise s. Jean. (19,31)

Après ce sabbat, le premier jour de la Résurrection est comme un nouveau commencement, le début d’une création nouvelle. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre, l’ange du Seigneur descendit du ciel…Il roule la pierre : le tombeau était vide ! Comme Jésus transfiguré cet ange a l’aspect de l’éclair et son vêtement est blanc comme la neige. Il annonce aux femmes que Jésus est ressuscité et leur donne cette mission : Allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d’entre les morts, il vous précède en Galilée, là vous le verrez ! La rédaction primitive de l’évangile selon s. Marc se clôt sur ce message : Il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez ! En s. Matthieu les onze reviennent en Galilée ; ils y rencontrent Jésus qui leur promet : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. S. Luc et s. Jean terminent leur récit à Jérusalem avec le don de l’Esprit que s. Jean situe le soir de Pâques, ce premier jour de la création nouvelle, celle de l’Église, Corps du Christ.

S. Paul nous dira, dans sa lettre aux Romains au c. 6, en quoi consiste cette nouveauté : si par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi…Nous revivons en cet instant la grâce de notre baptême. Baptisés dans le Christ, nous avons reçu son Esprit pour combattre avec lui les puissances du Mal. Ne mettez plus vos membres au service du péché comme armes de l’injustice, mais, comme des vivants revenus d’entre les morts, avec vos membres comme armes de la justice, mettez-vous au service de Dieu, nous dit s. Paul. Les martyrs sont des témoins de ce combat et de cette victoire, notre vocation monastique, votre vie de chrétien doivent témoigner que Christ est vivant, que l’amour a vaincu la haine, que la Vie a triomphé de la mort. Oui, frères et sœurs, soyons des témoins d’espérance et des porteurs de paix. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée, c’est là qu’ils me verront. Se rendre en Galilée, c’est se rendre là où nous appelle notre vie familiale et professionnelle : c’est là que le Christ nous attend. Car la preuve que Jésus est vraiment ressuscité, ce n’est pas le tombeau vide mais que nous vivions de son Esprit.


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Jour de Pâques 2008

Beaucoup parmi vous connaissent le petit livre du poète libanais Khalil Gibran intitulé Le Prophète. Dans un langage riche en symboles et en images il répond aux questions qu’est censé lui poser le lecteur : parlez-nous de l’amitié, parlez-nous du travail, parlez-nous de la joie et de la souffrance, parlez-nous de la prière…Lorsque nous ouvrons la Bible, il nous faut nous aussi venir avec nos questions et dire : parlez-moi de la vie et de la mort, parlez-moi du péché et du pardon, parlez-moi de l’homme et parlez-moi de Dieu. L’écrit devient alors Parole vivante. Et la résurrection de Jésus nous donne la clé de ce Livre. A partir d’elle, comme en une superposition d’images, se dessinent les vrais contours de l’histoire humaine. En partant des récits de Pâques, ouvrons le livre et demandons-lui : parlez-nous de Dieu et de l’homme. Nous trouvons, au début de l’humanité, sitôt après le péché, Dieu qui cherche l’homme dans le jardin ; mais Adam se cache, il craint de rencontrer Dieu. Au matin de la résurrection, Marie de Magdala est à la recherche de Jésus, elle cherche son Dieu et il se laisse trouver, il se laisse toucher. L’évangéliste précise que Pierre et Jean sont retournés chez eux tandis que Marie Madeleine était restée toute en pleurs près du tombeau. Jésus lui demande Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Dès qu’il l’appelle par son nom, Marie, elle répond Rabbouni. Ce dialogue est semblable à celui de l’épouse et de son bien-aimé dans le Cantique des cantiques. Il nous donne le sens de l’histoire. Oui, notre histoire est un dialogue d’amour entre Dieu et l’humanité, entre Dieu et chacun de nous.

Parlez-nous maintenant de la mort et de la vie. Faisons une autre superposition : dans le jardin de la Genèse toujours, Êve écoute la voix du serpent, elle prend du fruit défendu, en donne à son mari et tous deux connaissent la mort. Dans le jardin de la résurrection, Marie Madeleine écoute l’ange lui annoncer que Jésus est vainqueur de la mort. Elle rencontre ensuite le Vivant, Jésus ressuscité qui lui confie : Va dire à mes frères que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu (Jn 20,17) Ainsi, Jésus nous donne sa vie et fait de nous ses frères. Désormais cet Esprit de Jésus ressuscité est notre vie, il crie en nous Abba, Père. S. Paul le dit clairement : Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. (Rom 8,11) Affranchis de la loi du péché et de la mort nous sommes appelés à une vie de liberté et d’amour, une vie filiale, celle d’enfants du Père.

Parlez-nous enfin du péché et du pardon. Une troisième superposition vient approfondir notre intelligence du mystère. Sur l’image d’Êve nous avons mis celle de Marie-Madeleine, la pécheresse pardonnée ; mettons-y aussi celle de Marie l’Immaculée ; et mettons sur l’image d’Adam pécheur le visage du Christ, notre nouvel Adam, comme l’appelle s. Paul, mettons-y aussi la figure de Jean le disciple fidèle et celle du larron qui meurt avec le Christ pour entrer le premier avec lui dans la gloire. Nous constatons alors que le péché d’Adam, comme celui de ce bandit ou le péché de chacun et de chacune d’entre nous n’est plus l’obstacle insurmontable qui faisait de nous des esclaves. Cloué à la croix du Christ, le péché donne accès au pardon et ce pardon nous revêt de la justice de Dieu. A celui qui croit est donnée gratuitement cette justice des enfants de Dieu, la justice même du Christ, le seul Juste.

Je terminerai par la foi tout obéissante de Marie, mère de Jésus et notre mère, la foi de Pierre, la foi des femmes et des disciples. Cette foi accueille le don de l’Esprit et donne naissance à l’Eglise, Corps du Christ. Le tombeau est vide, non parce que le corps de Jésus s’est déplacé dans un autre lieu, mais parce que son Esprit fait de nous son Corps. En lui nous sommes des fils pour le Père et nous devons nous aimer comme des frères. A cela tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, à ce que vous vous aimiez les uns les autres. (Jn 13,35) Unis au Christ et vivant de son Esprit nous sommes frères des Irakiens, des Tibétains, des Palestiniens, des Chinois, des Israéliens comme des Tchadiens. Toute guerre, toute violence est fratricide, elle ne cesse de crucifier le Christ en son Corps qu’est l’humanité rachetée par son sang et vivifiée par son Esprit.

Christ est ressuscité ! Il nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Témoignons de cet amour, établissons la Paix en nous et autour de nous, combattons l’injustice, soyons des artisans de réconciliation et d’unité. Que Pâques 2008 soit pour notre monde un printemps de paix, de justice et d’amour !