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Homélie - 1er dimanche Avent

Par Frère Patrice
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Homélie pour le
Premier dimanche de l'Avent - A

Is 2, 1-5 – Rm 13, 11-14 - Mt 24 : 37-44
Veillez !

Quel contraste entre le texte d e l’évangile que nous venons d’entendre et ce qu’on attend rait pour nous préparer à Noël où l’on voudrait entendre parler d’un monde où tout est beau et bon ! Il est un peu comme cette composition florale aux pieds de l’autel et qui me paraît bien austère ! C’est une vue à trop court terme.

Quand on retrace la vie d’un homme, on commence généralement par le récit de sa naissance et on termine par celui de sa mort. Eh bien la liturgie ce matin nous propose le cheminement inverse ! Elle nous parle du retour du Christ à la fin des temps…mais bien sûr elle sous entend que nous connaissons le récit de sa naissance !

Il y a deux avènements du Seigneur :
- Le premier lors de son Incarnation, de sa naissance sur terre, de celui-là l’évangile de ce matin ne nous en parle pas, il le suppose sous-entendu !
- Le second lorsqu’il viendra à la fin des temps : c’est l’évangile de ce matin.

Notre vie Chrétienne tire toute sa consistance de ces deux temps de l’histoire : l’Incarnation qui nous divinise, et la Parousie qui porte cette œuvre à l’accomplissement, moyennant notre vigilance.

C’est tout le mystère de la croissance en nous de la vie divine depuis notre naissance jusqu’à notre mort : un long de l’intervalle qui sépare ces deux avènements de notre vie, tout comme celle du Xist. Intervalle long ; mais qui en fait est bien court ; et il ne nous faut pas le perdre !

Mais pourquoi Jésus utilise-t-il ici deux  comparaisons :
- Il y a ces gens qui du temps de Noé périront dans le déluge, ou ceux qui au moment du retour du Xist seront pris ou seront laissés.
- Il y a aussi cette image du voleur qui peut percer le mur de la maison.

On pourrait déjà dire que ces images pas faciles à comprendre nous montrent que rien n’est évident !

Revenons à ces deux comparaisons.
La première nous parle de ces gens qui vivaient leur vie, tout comme vous et moi ; avec ces moments probablement simples, et ces moments de travail, et ces moments de joie et de fête..qui parfois dégénèrent.

Mais ces gens qui oublient que leur vie a un sens, que leur existence est limitée et qu’elle demande qu’ils saisissent l’occasion unique qui leur est offerte de donner plénitude à la vie à laquelle ils ont été appelés ; ils ont rompu cette harmonie, et de ce fait leur boussole est toute faussée.

Qu’est ce que Dieu reproche à tous les contemporains de Noé pour qu’il se décide à les  engloutir dans le déluge ? Ce n’est pas d’avoir travaillé, de s’être réjouis, de s’être mariés. C’est d’être pervertis, c'est-à-dire de ne pas être en harmonie avec ce pour quoi ils ont été créés : ils ont perdu le Nord !

Dieu ne demande pas des choses formidables à chacun de nous : il demande, j’allais dire «  tout simplement », de faire fructifier les talents qu’il nous a donnés.

Alors me direz-vous, que faut-il faire ? Faut-il arrêter tout travail, toute vie familiale, toute vie sociale, toute ambition, et ne plus vivre qu’en Dieu ?

Il y a une très belle comparaison qu’utilise un mystique. Il raconte l’histoire de ce vieux paysan :

« Un des plus grands amis de Dieu a été toute sa vie laboureur, pendant plus de 40 ans, et il l’est encore. Il demanda un jour à Notre Seigneur s’il lui plaisait qu’il quittât son état, afin de pouvoir aller s’asseoir à l’église. Notre Seigneur lui répondit que non, qu’il ne devait pas faire cela, mais gagner son pain à la sueur de son front en l’honneur de son précieux sang. On doit cependant se réserver, pendant le jour ou la nuit, un temps favorable pour descendre dans le fond, chacun selon sa propre méthode » (Sermon de Tauler 47 : §4).

Les derniers mots me paraissent essentiels. Ce que Dieu attend de chacun de nous c’est de nous retirer dans la prière à un moment ou l’autre de la journée, pour descendre dans notre fond : c'est-à-dire le lieu le plus intime de notre âme où pourra avoir lieu la véritable rencontre entre nous-mêmes et Dieu ; et c’est là que notre vie peut prendre et trouver tout son sens.

Quand nous descendons au fond de nous-mêmes, il ne peut plus y avoir de perversion, celle-là même que Dieu condamnait et qui entraîne l’engloutissement dans le déluge.

Mais Jésus nous indique une seconde direction en nous parlant du voleur qui risque de percer le mur pour voler dans la maison. Qu’est-ce que  cela signifie ?

Au début de son évangile St Matthieu a déjà utilisé cette image du voleur qui perce le mur. Et il en tire la conclusion : amassez des trésors dans la ciel ceux-là même que les mites ou les vers ne peuvent manger et où les voleurs ne peuvent accéder, car là où est ton trésor, là aussi sera  ton cœur. Le mot important est dit : là où est ton CŒUR. Alors quel est-il ce trésor  qu’il fau garder avec tant de vigilance?

Comme nous l’avons dit au début : « C’est tout le mystère de la croissance en nous de la vie divine tout au long de l’intervalle qui sépare ces deux avènements. »

Qu’est-ce qui peut, au cours de notre vie, faire croître en nous la vie divine ? Ce ne sont sûrement pas nos biens, nos richesses, nos sécurités. Ce sont les paragraphes qui suivent notre texte d’évangile du jour qui nous en donnent la clef. Ce qui peut faire croître en nos la vie divine : c’est ce qui fait croître notre cœur. Le serviteur, les vierges sages, celui qui fait fructifier les talents qu’il a reçus, ceux qui seront déclarés au jugement dernier les bénis du Père : ce sont tous ceux qui auront vécu à plein la charité. La charité, ce trésor que nous amassons et que personne ne peut nous voler au contraire de tous les biens de la terre.

St Paul, dans sa première épître aux Corinthiens, réfléchit longuement sur la charité. Et il nous dit cette phrase : la foi, l’espérance et la charité sont des choses qui demeureront éternellement ; mais il ajoute : la charité est la plus grande.

Alors quelle doit être notre vigilance ? Peut-être tout simplement (c’est un euphémisme) garder vive en nous cette charité et même la faire fructifier ! Aimer, continuer à aimer envers et contre tout : cela me rappelle une homélie entendue quand je faisais mon service militaire dans les Vosges et que démarrait la TVA. Toute l’homélie a porté sur le sens de ces mots : Toujours Vouloir Aimer.

Un enfant va bientôt naître, et qui peut résister à la force d’amour que suscite un enfant ?