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Homélie - 3ème Avent

Par Frère Antoine
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Homélie pour le 3ème dimanche de l'Avent - A

Mt 11, 2-11

Les chrétiens sont invités pendant le temps de l'Avent à préparer la fête de Noël dans la foi. La liturgie nous y aide. Comme dimanche dernier, nous retrouvons la figure incontournable de Jean Baptiste dans l'évangile de Mt au chapitre 11.
3 tableaux - Je méditerai surtout les deux premiers.

1- Jean dans sa prison. Matthieu ne nous dit pas ici pourquoi Jean est en prison. Il le dira plus loin au chapitre 14. Jean avait voulu faire la morale au roi Hérode : « Tu n'as pas le droit de prendre la femme de ton frère ! » Hérode « le fait arrêter, enchaîner et emprisonner ». C'est dangereux de vouloir faire la leçon aux puissants de ce monde, mais c'est courageux ! Et Jean Baptiste considère que c'est son devoir de prophète de rappeler la loi divine.
          Son cachot devait ressembler, j'imagine, à une sorte de cave où il ne voit rien ou pas grand-chose. Il est dans le noir physiquement et moralement. Il n'a pas de radio ni de télé, mais il est au courant de ce qui se passe à l'extérieur. « Jean, dans sa prison, avait entendu parler des oeuvres du Christ ».
          Dans le texte original, littéralement, « Jean ayant entendu les oeuvres du Christ. » Les oeuvres du Christ parlent : « Si vous ne croyez pas ce que je vous dis, croyez au moins aux oeuvres que je fais de la part du Père. » (Jn 10, 37-38).
          Comment apprend-il ? Par ses disciples qui le visitent et doivent lui apporter à manger et à boire. Ces disciples n'étaient pas a priori des noceurs, mais des ascètes, comme leur maître Jean qui « se nourrissait de miel sauvage et de sauterelles ». Des gens durs pour eux-mêmes et pour les autres, qui aiment ceux qui, comme Jean, font la leçon aux autres en les traitant de « races de vipères ». Ça, c'est des prophètes !
          En venant raconter ce qu'ils savent de Jésus, ils ne doivent pas enjoliver les affaires ! « Tu ne sais pas la dernière ? Il s'est entouré de 12 gaillards parmi lesquels il y a des gens peu recommandables. Il boit et mange avec des pécheurs, s'affiche avec n'importe qui... Ah non, ça ne va pas du tout ! Et tu nous as dit que c'était lui le Messie ? Tu es sûr ? » - «  Le mieux, dit Jean, c'est d'aller le lui demander. »
          La question de Jean est la nôtre. De Jean Baptiste à Ingrid Bétancourt, tous les gens arrêtés, menottés, emprisonnés, se demandent où est Dieu. Et ceux qui ne sont pas emprisonnés, les chrétiens eux-mêmes peuvent douter : depuis 20 siècles, la guerre, les injustices sont toujours là. « Es-tu, Jésus, celui qui doit venir ? »

2- L'interview et la réponse de Jésus - Jésus ne répond pas directement en disant : « Oui, oui, c'est moi ! » Dans un journal national de cette semaine (Le Monde du 12-12-07) il y a la photo d'un personnage sûrement important qui tient presque toute la page, avec cette annonce : « La gauche, c'est moi ! » Jésus ne se présente jamais comme ça. Il fait dire aux gens qui il est. « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Il ne se présente pas non plus comme un OVNI tombé du ciel qu'on peut identifier de l'extérieur. Pour l'identifier il faut engager sa liberté éclairée par l'Esprit Saint. « Personne ne peut dire que Jésus est Seigneur sans le secours de l'Esprit Saint » (1 Co 12, 13). Jésus est connu comme messie uniquement dans la foi, grâce à ses oeuvres : « les aveugles voient, les sourds entendent... » Quand on entend ça on se dit : Quelle chance ils avaient les contemporains de Jésus ! Il y avait des miracles tous les jours en quantité, un vrai conte de fées ! Et pourquoi pas aujourd'hui ? » Saint Jean consacre tout un chapitre de son évangile (ch. 9) pour nous dire que les guérisons miraculeuses sont réelles mais sont aussi des « signes » et que plus aveugles que les aveugles sont ceux qui refusent de voir. Des signes, Jésus en fait encore aujourd'hui. Myriam écrivait tout récemment :

Quand tout s'est écroulé dans ma vie, quand tout est devenu noir, quand je ne savais plus quoi faire, où aller, quand je n'attendais plus rien de la vie, quand plus rien n'avait de sens, j'ai crié vers Dieu mon désespoir et Il m'a attirée à Lui. Dieu attendait que je réponde à ses appels. Dieu attendait que je lui dépose mes souffrance, mes erreurs, mes errances. Moi, j'attendais son pardon et Il me l'a donné. Dieu attendait que je lui obéisse en tout et en Lui promettant de Lui obéir en tout. Il m'a libérée de mes chaînes. Dieu attendait que je me dépouille de moi-même. Il m'a ouvert les yeux, les oreilles et le coeur. Il m'a redonné vie. En prenant la première place dans ma vie, en permettant de m'abreuver à sa Parole, Dieu m'a donné ce que j'attendais : la joie, la sérénité, la paix intérieure. Dieu m'a fait renaître. J'attends chaque jour de pouvoir Le suivre sur le chemin de l'Amour. J'attends chaque jour de pouvoir le remercier de ce qu'Il fait pour moi, de lui rendre grâce.

Ce témoignage ne date pas d'il y a 20 siècles, mais il ne suffit pas. Comme ceux que nous raconte l'Évangile, il ne nous concerne pas directement nous-mêmes.
          Si nous ne faisons pas personnellement l'expérience d'une prière exaucée, d'un courage donné, d'une capacité qui ne vient pas de nous pour traverser une épreuve difficile... Jésus sera toujours quelqu'un d'étranger à notre vie. La foi que nous mettons en lui ne nous préserve pas des épreuves, on le sait, elles nous donnent la force d'en haut pour les traverser. « Les disciples ne sont pas au-dessus du maître. » Le Seigneur agit moins de l'extérieur, arrangeant miraculeusement les problèmes, qu'il n'agit de l'intérieur. D'où me vient aujourd'hui ce courage de suivre Jésus dans le chemin difficile qui est le mien ? Voilà les signes auxquels nous devons être attentifs pour croire à l'espérance de Noël.

3- Jésus dit qui est Jean Baptiste. Jean Baptiste, tout grand prophète qu'il est, a lui aussi besoin de se convertir. Il est comme Jonas, déçu d'un Dieu bon qui vient sauver et non condamner. L'erreur de Jean Baptiste, celle de Jonas, la nôtre sans doute, c'est de croire que nous connaissons qui est Dieu. Nos certitudes nous aveuglent. Laissons Dieu nous surprendre ! Ce sera la surprise de Noël.
          Nous avons dans ce passage d'évangile l'illustration de la parole de Jésus : « Je ne suis pas venu condamner le monde mais le sauver » (Jean 12, 47). Avec la venue de Jésus dans le monde, rien n’est changé apparemment : on continue de se battre, de pleurer, de manger, de boire, de mourir... Mais pour qui accueille le message de l'Évangile, le sens de notre vie change radicalement, une force intérieure transforme tout. Un peu comme en mathématique, si on met le signe + ou - devant un chiffre, le chiffre reste le même, mais la réalité mathématique change complètement. Jésus est venu mettre un signe positif sur nos vies : c'est bien Lui, le Sauveur du monde.