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Homélie - Avent 3ème dimanche

Fr. Didier

Homélie pour le 3ème dimanche de l'Avent
Année C

So 3,14 - Ph 3,4 - Luc 3,10

Depuis le début de ce Temps de l’AVENT,
un souffle de joie parcourt les lectures
de la Liturgie :
« Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent !
  Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse !...
                           Les captifs arriveront dans une clameur de joie,
                           un bonheur sans fin illuminera leur visage,
                           liesse et allégresse les rejoindront… »
 
C’était Lundi dernier,… et Jeudi dernier, un autre passage d’Isaïe :
                                « Toi, tu mettras ta joie dans le Seigneur. »
 
Aujourd’hui, ces cris de joie s’amplifient, résonnent et débordent
dans la lecture du Livre de Sophonie et le Cantique d’Isaïe :
« Pousse des cris de joie !
                          Éclate en ovations !
                                        Réjouis-toi, tressaille d’allégresse !
  Le Seigneur, il aura sa joie en toi.
            Il dansera pour toi avec des cris de joie
                                     comme aux jours de fête ! »
 
et St Paul nous invite,… c’est même plus, il nous commande :
« Soyez toujours dans la joie du Seigneur !
                        Laissez-moi vous le redire :soyez dans la joie ! »
 
Mais n’est-ce pas trop, ce débordement de joie ?
                     C’est tellement délicat parfois de parler de la joie…
Ce peut être choquant, scandaleux… Il y a de telles détresses !...
Si nous-mêmes ne sommes pas souffrants ou angoissés, qui de nous ne partage pas plus ou moins la maladie ou le handicap d’un enfant, d’un parent ou d’un ami ?... Il y a cette jeune maman qui va mourir d’un cancer, ces enfants violés ou que l’on force à porter des armes, et tant d’autres situations de tortures physiques ou psychologiques qui défigurent le monde !...
 
La JOIE,… elle ne peut se présenter alors que… comme une toute petite étoile vacillante à l’horizon de l’espérance,… s’il y a encore une lueur d’espérance !... Sinon, elle n’est plus joie mais une blessure de plus…

                                                  Frère Christophe de Tibhirine,
dans un de ses plus beaux poèmes, nous confie sa joie
               « …ma joie cachée… silencieuse… et discrète…
                    joie fragile et menacée… »
et il ajoute :
               « …joie reçue… près du puits de détresse… »
 
Une joie, vraiment une joie d’Évangile, une joie baptisée dans la souffrance et puisée au plus profond de soi-même… car il y a dans notre cœur une profondeur plus profonde encore que le « puits de détresse »… Là, il y a une source… qui s’appelle la Paix ou la vraie Joie… A cette profondeur-là, paix et joie, c’est la même chose… et c’est un don de Dieu.
 
Dans notre cœur, il y a des joies et des inquiétudes de surface, des malaises et des bonheurs passagers… Plus profond, il y a une détresse existentielle parce que la vie c’est fragile, mais aussi une joie existentielle parce que la vie c’est beau, c’est miracle ! La vie, c’est comme la beauté, ça pourrait ne pas être… et c’est là !... Et puis il y a cette profondeur où l’on touche l’Éternité, cette profondeur où demeure la vraie joie… Cette joie d’Évangile…
                                           
La joie de Marie qui entend l’Ange lui dire : « Réjouis-toi ! »
La Joie de Jean-Baptiste qui tressaille de joie à la voix de Jésus, son Ami.
La joie de Jésus lui-même qui vient pour que nous ayons la joie, la sienne, en plénitude.
Cette joie annoncée par Sophonie, cette joie qui est une Présence, qui est la Présence de Dieu avec nous et en nous :
                                          « Le Seigneur ton Dieu est en toi ! »
Et l’Ange va dire à Marie : « Le Seigneur est avec toi ! »
Cette joie…, finalement, cette joie, c’est QUELQU’UN…,
                                                   c’est DIEU-QUI-NOUS-AIME…
 
Proclamons encore une fois ces versets merveilleux de Sophonie,
qui peuvent transfigurer nos vies :
                  « Le Seigneur, c’est en toi qu’il met sa joie, »
                     il va te renouveler par son amour,
                     il va danser pour toi avec des cris de joie ! »
 
Oui, le Seigneur nous dit, 
à nous tous, à toute l’humanité qui est comme sa Bien-Aimée, et à chacun de nous, au plus intime de nous :
 
          « Je suis avec toi ! »            et            « Tu es ma joie ! »
 
 
Alors, si nous sommes « Joie » pour le Seigneur,
                il peut être « Joie » pour nous : DIEU-MA-JOIE ! 
 
Il s’agit pour nous de L’ACCUEILLIR… : sa Présence,… son Amour à vivre,… sa Miséricorde qui nous rend libres, qui dégage en nous la source de la joie, et dans laquelle il nous faut baptiser le monde !
Alors on comprend le commandement de saint Paul :
                                               « Soyez toujours dans la joie ! »,
…qui reprend le commandement de l’Ange à Marie :                     
                                                                       « Réjouis-toi ! »
Il s’agit d’ACCUEILLIR le Seigneur, qui est lui-même la joie…
 
Mais cet accueil est un combat en nous, un combat pour que le Seigneur puisse prendre toute la place en nous,… pour que la joie soit la plus forte,… plus forte que toute tristesse, que tout désespoir… Un combat contre le mal, un combat contre nous-même, un combat contre la nuit, un combat contre la mort…
un combat par la Louange… et par la beauté,… un combat par la Transfiguration contre toutes les défigurations,… le combat de la Tendresse et de la Compassion contre tous les mépris et toutes les haines,… le combat de la Communion contre toutes les divisions…
 
J’ai toujours en mémoire les versets de Claudel, mis en musique par Honneger, dans sa « Jeanne au bûcher », entendus tout gosse :
                     « Il y a la joie qui est la plus forte !
                       Il y a Dieu qui est le plus fort ! »
 
Et je reviens au poème de Frère Christophe… Écoutez bien ça :
                     «…joie fragile et menacée…
                         toi…ma victoire la plus secrète… »
 
Frères et sœurs, voici notre COMBAT D’AVENT, pour ce Temps de l’Avent… Mais c’est toute l’année, car c’est tous les jours l’Avent, tous les jours l’Avènement de Dieu, tous les jours il y a la joie de cet Avènement, tous les jours il y a cet Avènement de la Joie !
Ce combat d’accueil, ça se passe au plus profond de nous, là où nous accueillons Dieu lui-même qui ne cesse de venir et de se donner à nous… et ça se passe aussi dans toutes nos rencontres, car Dieu ne cesse de venir à nous aussi en toute personne rencontrée… Cette attention à l’autre, c’est la voie sacrée de la relation au prochain que Jean-Baptiste trace pour nous dans l’Évangile d’aujourd’hui :
« Que devons-nous faire ?  - Qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas !..
Qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »
                                                                         
Il s’agit toujours de ne plus vivre pour nous-mêmes mais pour l’autre… N’est-ce pas au moment où nous ne cherchons plus notre joie, mais où nous faisons tout pour la joie de l’autre, au moment où nous faisons pour l’autre ce que Dieu fait pour nous, que nous advient la vraie joie, la joie de l’Évangile, la joie qui naît de l’Amour, la joie du don ?… Cette joie que personne ne pourra jamais nous ravir… 
 
J’aime à retrouver chaque soir, dans l’hymne de la dernière
prière communautaire, ces mots :
       « Que je sois heureux de ton seul bonheur,
                         que je sois joyeux de ta gloire ! »
 
A dire à Dieu… le plus souvent possible,… mais aussi à redire à notre prochain,… en famille, en communauté, en Eglise, ou en simple fraternité d’ humanité...

       « Que je sois heureux de ton seul bonheur,
                         que je sois joyeux de ta gloire ! »

A dire à Dieu, et à notre prochain, maintenant… en cette heure où nous faisons Eucharistie,… où nous recevons le don de Dieu… où nous nous engageons à devenir DON,… et où nous dégageons ensemble, par l’accueil et par le don, la source de la joie…
 
 
Notre Père bien-aimé,
donne-nous notre joie de ce jour,
et pour toujours
sois notre joie !