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Homélie - Avent 4ème dimanche

Frère Antoine

Homélie
4° Dimanche de l'Avent - C
Luc 1, 39-45 - Marie partit en hâte


Nous avons la chance d'écouter l'évangile ensemble. Que serait Noël si nous n'avions que la télé, la radio, la presse, la publicité des commerces et des rues ?

1 ° Le récit de la « Visitation » vient tout de suite après le récit de l'Annonciation : un ange vient demander à Marie d'être la mère du Sauveur. Quand la Bible fait intervenir un ange, c'est son message qui est important, un message que la foi reconnaît comme venant du Ciel. C'est Dieu qui communique avec la terre par l'intermédiaire de ce messager. Après une telle rencontre, Marie avait toutes les raisons de rester assise ou de se mettre à genoux pour remercier le Seigneur ! Saint Ignace propose à ceux qui méditent un récit évangélique d'imaginer la scène. Que pouvait faire Marie après une telle annonce ? Aller voir sa mère ? « Maman, tu ne sais pas ce qui m'arrive ? » ou le Rabbin de la synagogue : « Pouvez-vous m'expliquer les récits de la naissance du Messie ? etc... Le texte dit simplement : "Marie partit en hâte". 

2) «Marie partit ». Vite dit ! Comment ? Seule ? Connaît-elle le chemin ? 120 km à pieds, il faut plusieurs jours ! Où va-t-elle dormir, manger ? « Elle partit en hâte ». L'évangile ne s'attarde pas à la psychologie, mais souligne la confiance absolue de Marie. Habituellement on nous dit qu'elle a hâte de rendre service. Sûrement que Marie est généreuse et serviable ! Mais le texte nous dit : c'est l'ange qui lui a parlé d'Élisabeth qui attend un bébé alors qu'elle a passé l'âge! (Dans les messages des anges il y a toujours un signe qui atteste leur authenticité). Curieux: pour Élizabeth c'est un peu tard et pour Marie c'est trop tôt, elle n'est pas encore mariée! Dieu ne suit pas notre calendrier, il y a décalage et forcément un imprévu ! Ce Dieu est bien dérangeant ! Pour Marie, il est important et urgent d'aller voir sa cousine qui, elle aussi, est dans un secret divin. L'ange étant parti, comment vérifier qu'elle n'est pas dans l'illusion ? Elle entra chez Zacharie et salua Élizabeth ». Là, Marie n'est plus en relation avec un ange. Le corps humain a bien sa place, dans un texte où tous les mots comptent, il y a deux fois « entendre la salutation », deux fois « l'enfant tressaillit en elle », « elle cria ». Ce n'est pas Marie qui vient annoncer à Elizabeth qu'elle a eu, elle aussi, une Visitation, une Visitation céleste, c'est Élizabeth qui dit à Marie qu'elle est enceinte. L'ange lui, avait été plutôt évasif sur la conception mystérieuse, au futur. Ici, l'Esprit Saint prend le relais de l'ange. Quand on prie et que l'on pense avoir une inspiration divine, la Bible parle d'ange. Mais pour vérifier que nous ne sommes pas dans l'illusion, la Parole de Dieu passe par des intermédiaires humains inspirés par l'Esprit. C'est le cas ici. L'Esprit Saint vient agir de telle sorte que ce qui est dit en paroles humaines vient de plus loin que celui ou celle qui parle. Il ne s'agit pas d'un dialogue « horizontal », la dimension «verticale» ou transcendante que la foi reconnaît est ici bien notée. C'est Élizabeth qui confirme et authentifie la vision de Marie en lui disant, inspirée par l'Esprit : « Tu as raison de croire, c'est bien vrai ! » Et c'est à ce moment-là qu'éclate le cantique d'action de grâce qu'on appelle le Magnificat. C'est pour cela que la rencontre de l'autre est si importante en régime chrétien : « Si tu n'écoutes pas ton frère que tu vois comment peux-tu dire que tu entends Dieu que tu ne vois pas ? » Voir aussi dans Hébreux 13, 2 « c'étaient des anges mais ils ne le savaient pas ».

3) Ce voyage évangélique est pour nous le modèle et le critère de nos rencontres personnelles et collectives. Marie représente l'Église (pas seulement le pape mais tout disciple de Jésus) et Élizabeth représente notre humanité qui, même dans sa vieillesse, est encore porteuse de vie, grâce à Dieu. Ainsi Charles de Foucault, et après lui Christian de Chargé et plus récemment encore les évêques d'Algérie (voir la Documentation catholique du 3 déc. 2006) voient le rôle de l’Église en Algérie comme une visitation à l'Islam. "Des liens de confiance réciproque font notre joie et donne à notre Église son visage spécifique comme Église de la relation, de la rencontre, de l'amitié ». Chacun peut illustrer…

En conclusion : pas d'Annonciation sans Visitation sinon illusion. Pas de Visitation sans Annonciation sinon il manque une dimension. Pas de Noël chrétien sans « annonciation » vécue dans la prière personnelle à l'écoute du Seigneur qui nous connaît et nous envoie en mission. Pas de Noël chrétien sans visitation, c'est-à-dire vécu seul, en tête à tête avec des anges et non avec des frères et des soeurs. Si nous vivons ce Noël en méditant et en vivant l'Annonciation et la Visitation, alors heureux sommes-nous d'avoir cru aux paroles qui nous ont été dites de la part de Dieu en écoutant l'évangile d’aujourd'hui !