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Homélie - Marie Mère de Dieu

Par dom Victor
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Homélie pour la fête de Marie Mère de Dieu

1er janvier 2008

Plusieurs célébrations se superposent aujourd'hui: le nouvel an, la Maternité de Marie, l'imposition du nom de Jésus, la journée mondiale de la paix. Ces différents titres d'une même fête ont un lien entre eux. Le nouvel an est, pour les chrétiens, un symbole du monde nouveau déjà né à Noël. Quel sens auraient les voeux de bonheur et de paix que nous nous adressons si cette paix ne nous était pas déjà donnée par Dieu ? Saint Paul nous le rappelait dans la seconde lecture : « Dieu a envoyé son Fils ; il est né d'une femme, pour faire de nous des fils. Et la preuve que vous êtes des fils, c'est l'Esprit de son Fils qui crie en nos coeurs "Père". » Appeler Dieu notre Père, c'est reconnaître que nous sommes tous frères. Là est la source de toute paix véritable.

Mais cette paix, qui nous est donnée, acceptons-nous d'en vivre les exigences ? La paix est plus qu'une absence de conflit. Elle suppose une totale confiance. Or nous savons combien la confiance est difficile. Tout manque d'amour, toute peur de l'autre ruine la confiance. Et pour rétablir une confiance perdue ou trahie, il faut le pardon. Ce pardon est-il humainement toujours possible ? Noël vient nous redire que Jésus est venu porter et enlever le péché du monde ; il a tué en son corps la haine ; il veut faire de tous les hommes un seul Corps par le don de son Esprit qui nous unit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas comme le monde la donne que je vous la donne. Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre. (Jn 14,27)

Sans un recours, au moins implicite à Dieu, l'homme ne peut réaliser une paix durable. Car la paix exige une conversion, un changement du coeur, une libération de la peur et du mensonge. "Heureux les artisans de paix, les faiseurs de paix : ils seront appelés fils de Dieu'. Ils devront avoir dans leur coeur un amour qui prend patience, qui ne jalouse pas, qui ne recherche pas son intérêt, qui trouve sa joie dans la vérité, qui croit tout, qui espère tout, qui supporte tout, pour reprendre l'hymne à la charité de s. Paul (1 Cor 13, 4-7) C'est là l'oeuvre de la grâce, le don d'une force qui nous dépasse, qui nous grandit et qui fait de nous de vrais fils du Père.

Jésus est venu nous montrer l'exemple : Comme je vous ai aimés, vous devez vous aussi vous aimer les uns les autres. (Jn 13, 34) Aux gestes il joint la parole. Son langage de paix et d'amour s'exprime dans les mots de sa langue maternelle, apprise sur les genoux de Marie, l'araméen. Marie a appris au Verbe de Dieu à parler le langage des hommes. Jésus nous apprend à parler le langage des fils de Dieu, tous enfants d'un même Père.

Gloire à Dieu et Paix aux hommes qu'il aime. Autrement dit, à Dieu revient la Gloire, aux hommes revient la Paix. Porter atteinte à la paix, c'est porter atteinte à la gloire de Dieu, car la Gloire de Dieu c'est la Paix entre les hommes. Détruire la paix, c'est détruire l'oeuvre de Dieu, c'est faire échec à son dessein d'amour qui est de partager sa vie avec les hommes en faisant d'eux ses fils. Dieu ne peut nous communiquer sa vie si nous refusons de nous accueillir comme des frères. Sa toute-puissance se trouve mise en échec par notre refus de faire la paix, par notre tendance à détruire la paix, par notre mensonge qui donne de fausses paix.

Ce langage de paix ne s'apprend pas dans les livres, il s'apprend dans notre milieu de vie, dans nos relations quotidiennes et tout d'abord dans la famille.

Dans son message pour cette journée de la paix 2008, Benoît XVI nous dit que la famille est la première et irremplaçable éducatrice à la paix. Le lexique familial est un lexique de paix ; c'est là qu'il est nécessaire de toujours puiser pour ne pas perdre l'usage du vocabulaire de la paix. Dans l'inflation des langages, dit-il, la société ne peut pas perdre la référence à cette « grammaire » que tout enfant apprend des gestes et des regards de sa mère et de son père, avant même que de l'apprendre de leurs paroles. Ce langage de paix appris dans la famille, précise le Pape, c'est la justice et l'amour entre frères et soeurs, la fonction d'autorité manifestée par les parents, le service affectueux envers les membres les plus faibles parce que petits, malades ou âgés, l'aide mutuelle devant les nécessités de la vie, la disponibilité à accueillir l'autre et, si nécessaire, à lui pardonner. N'est-ce pas ce même langage que nous moines, nous trouvons dans le dernier chapitre de la Règle qui définit le climat de charité qui doit régner entre les frères ?

Que Marie, notre mère, soit notre éducatrice comme elle le fut pour Jésus son fils et nous apprenne le langage de la paix !