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Abbaye de Tamié

Homélie - Christ-Roi

Par Frère Antoine
croix - arcabas
Homélie pour la solennité
du Christ-Roi

Schéma d'homélie

Pie XI a créé cette fête en 1925, à la suite de la première guerre mondiale et de la révolution russe. L’Europe se déchristianise, le pape veut stopper la laïcisation d’une société qui se construit en dehors de toute référence chrétienne. La réforme liturgique, après Vatican II a gardé cette fête. Quel en est le sens ?                                                                                                 

1) Quel roi ? Petit rappel biblique. Dans l’A.T. le roi c’est Dieu qui a fait alliance avec son peuple. Mais, vers l’an 1000 avant J.C., le peuple veut un roi comme les autres peuples. Parmi ceux-ci, David, sorte de Louis XIV juif, qui reçoit la promesse d’un trône éternel pour ses descendants. Mais le royaume finit par se diviser et par disparaître. C’est l’Exil puis le retour avec l’attente d’un Messie, d’un roi, descendant de David qui mettrait l’occupant dehors. Dans le N.T., Jésus est appelé « roi des juifs », dès sa naissance, par les mages qui arrivent à Jérusalem. Et, à la fin de sa vie, sur la croix l’inscription qui l’identifie : « Jésus de Nazareth Roi des juifs ». Entre temps, quand Jésus prêchait, de quoi parlait-il ? du Royaume des cieux «  qui est au milieu de vous » (Jésus lui-même). Les malades l’interpellent : «  Fils de David »…Mais, Jésus ne semble pas à l’aise avec ce titre de « roi » ou de « messie », trop politique, il préfère « Fils de l’homme » (1ère lecture). A Pilate, il précise : » Ma royauté n’est pas de ce monde » (évangile).

 

2) Du « roi des juifs » au «  roi de l’Univers : Dans l’histoire de l’Église trois écueils :

 

a)   L’Eglise s’accapare la royauté terrestre en voulant dominer le monde et faire que tout le monde soit chrétien. Tentation de la chrétienté qui a provoqué guerres et croisades. Tentation soufflée à Jésus par le diable et toujours renaissante. L’Eglise n’est pas identifiable au Royaume..

b)   Renoncer à l’évangélisation en pensant que la royauté universelle du Christ se réalisera au ciel,. La royauté  déserte l’histoire des hommes et n’a plus d’impact sociologique.

c)   Enfin, la religion chrétienne serait remplacée par un humanisme qui relève des droits de l’homme c’est-à-dire d’une morale qui veut la paix, la justice et la fraternité universelle. Cet humanisme a beaucoup de connivences avec l’évangile.

Mais l’expérience prouve que l’humanité, laissée à elle-même,  n’est pas capable d’assurer cette fraternité universelle  à laquelle elle aspire pourtant.

3) « La royauté de la Vérité » : Jésus lie sa royauté à la vérité : «  Je suis la Vérité » et non « j’ai la vérité ». La vérité non pas au sens philosophique mais biblique de la fidélité sur la quelle on peut s’appuyer comme sur un roc. Cette vérité là exige les yeux de la foi car elle fait intervenir la fidélité de Dieu à son alliance. Christ est la Vérité de l’homme. Pas de vérité sans amour ni sans liberté. Les trois sont distincts mais indissociables comme dans la Trinité. L’Amour, dans la foi chrétienne, est un attribut du Père, la Vérité est attribuée au Fils et la Liberté à l’Esprit. C’est grâce à l’Esprit qui agit dans le monde que le Christ est Roi de l’Univers. La foi nous permet de voir en Jésus humilié la royauté de la liberté d’aimer à laquelle tout homme est appelé C’est vrai pour chacun de nous, y compris dans les moments les plus graves de faiblesse humaine, personne ne peut nous empêcher d’accueillir la force de l’Esprit qui rend l’homme divinement humain et humainement divin.

La dernière encyclique de Benoît XVI , « l’amour dans la vérité » rappelle un signe très compréhensible par tous les hommes du Royaume apporté par Jésus : la Gratuité .Celle-ci nous fait passer à un autre niveau que celui de l’échange plus ou moins consciemment intéressé, celui du don de soi. Pas de vie humaine authentique sans cette expérience de gratuité, signe d’un autre monde.

Un monde où le Royaume de Dieu n’est pas annoncé risque bien de désespérer de lui-même. L’annoncer c’est la tâche que le Christ a laissée à son Eglise. Une Eglise dont les membres ne sont pas sujets du Christ-Roi Il nous consacre rois comme Lui. C’est la grâce de notre baptême et c’est pourquoi nous pouvons offrir nos vies, comme Lui ; pour la gloire de Dieu et le salut du monde, dans cette eucharistie qui nous réunit .