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Abbaye de Tamié

Homélie - St Pierre de Tarentaise

Par dom Victor
statue de saint pierre - tamié
Homélie pour la fête de saint Pierre de Tarentaise
Fondateur et premier abbé de Tamié
Is 61, 1-3 ;  2 Co 5, 14-20 ;  Marc 13, 33-37.


La communauté de Tamié a la joie de célébrer aujourd'hui le fondateur de cette abbaye en 1133, saint Pierre de Tarentaise. Nous devons à sa sainteté que cette abbaye vive encore, mais sa renommée fit qu'il ne demeura que huit ans abbé de Tamié pour devenir, en 1141 archevêque de Tarentaise à Moûtiers, jusqu'à sa mort en 1174.
En célébrant cette eucharistie gardons devant les yeux l'exemple de sa vie et, confiants dans son intercession, implorons la miséricorde de Dieu.


L’homélie a pur but de rendre vivante la Parole de Dieu. C’est un art difficile, impossible même si l’Esprit Saint qui a inspiré ces textes n’était pas présent en chacun de nous : il est la Vie, il est cette vie divine qui nous habite. Les textes d’aujourd’hui veulent illustrer le témoignage donné par saint Pierre de Tarentaise. Mais ces textes sont à entendre dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui. Et pour cela, comment ignorer la sortie sur les écrans du film Des hommes et des dieux ? D’autant que deux frères de Tamié, Paul et Christophe, faisaient partie du groupe des 7 frères. Pierre de Tarentaise fut moine, puis fondateur et père d’une communauté, enfin évêque. Les frères de Tibhirine étaient moines venus de communautés différentes pour constituer celle de N.D de l’Atlas. Aucun d’eux ne devint évêque mais leur sort tragique est étroitement lié à celui de Mgr Claverie, évêque d’Oran, assassiné 3 mois plus tard, au cardinal Duval qui avait empêché la fermeture du monastère et dont le cercueil vint se joindre à ceux des 7 frères dans la cathédrale d’Alger le jour de leur sépulture, enfin à Mgr Tessier, toujours vivant qui vécut de si près la tragédie de nos frères. Je vous propose donc de relire quelques versets des 3 lectures de cette messe sous un triple éclairage : l’exemple de saint Pierre de Tarentaise, le témoignage donné par nos 7 frères et l’appel que Dieu   adresse à chacun de nous aujourd’hui.

L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré…Tous nous sommes consacrés par l’onction de l’Esprit Saint reçue au baptême et à la confirmation ! En avons-nous conscience ?

Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé. Pierre de Tarentaise fut appelé le père des pauvres. En ce pays d’Algérie qu’ils ont aimé jusqu’à l’extrême de l’amour, nos frères par leur vie silencieuse et leur mort ont  témoigné de cette bonne nouvelle. Chaque chrétien est appelé à être témoin et doit découvrir sa vocation personnelle, la grandeur de sa vie humaine vue dans le plan de Dieu. Oui, nous sommes tous des consacrés, des envoyés, des témoins de la Parole de Dieu et du Salut en Jésus Christ. Nous devons l’annoncer à ceux qui souffrent et qui n’ont plus l’espérance. Cette mission est propre à chacun : celle de mère Teresa ne fut pas celle de Charles de Foucauld, celle de nos frères ne fut pas celle de Mgr Claverie.

Alors tous ceux qui pleurent, je les consolerai, je mettrai sur leur tête  le diadème. Telle est la façon qu’a Dieu de venger les siens : il les couronne de gloire comme il le fit en ressuscitant son Fils.

Après ces mots du prophète Isaïe, écoutons saint Paul nous dire : L’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Sommes-nous saisis par l’amour du Christ ? Dans le film, une jeune algérienne demande au vieux f. Luc s’il a été amoureux. Il lui répond : Oui, plusieurs fois. Puis après, il est arrivé un autre amour, tu vois, plus grand encore. J’ai répondu à cet amour-là. Ça fait longtemps maintenant, plus de 60 ans. Oui ! Il dit cela avec une telle vérité qu’on ne peut y demeurer insensibles.

Afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes. Ni Pierre de Tarentaise, ni aucun saint n’eut sa vie centrée sur lui-même. Tel est le témoignage très fort que donne ce film. Sans oublier les deux musulmans, appelés tous deux Mohamed, qui ont risqué leur vie, l’un pour sauver Fr. Christian alors officier de l’armée française et l’autre comme chauffeur de Mgr Claverie et qui est mort avec lui.

Désormais, nous ne connaissons plus personne à la manière humaine. Voilà une exigence souvent oubliée. Quel regard portons-nous sur un délinquant, sur un étranger, sur un rom ou un maghrébin, sur un handicapé, sur les femmes et les hommes politiques. Certes, nous devons les regarder à la manière humaine, à hauteur de visage, mais dans leur dignité d’homme ou de femme aimés de Dieu et non avec un regard accusateur, mesquin, voyeur, cruel parfois. Le regard priant de f. Christian devant la dépouille du rebelle qui vient d’être tué est un regard de compassion, comme le regard de Dieu sur tout homme, fut-il notre assassin. Dans son Testament, Christian dit sa certitude d’obtenir ce regard à travers sa mort :Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’Islam, tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences.

Oui, saint Paul a bien raison de dire : Un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ et il nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation. Pierre de Tarentaise fut un semeur de paix et de réconciliation. Nos 7 frères ont donné leur vie pour la réconciliation en Algérie. Heureux les artisans de paix, les bâtisseurs de paix : ils verront Dieu.  

Enfin, l’Evangile nous dit : Veillez ! Vous ne savez pas le moment...le soir ou à minuit. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! Ces paroles parlent d’elles-mêmes, je n’y ajouterai rien.

Je terminerai avec les mots du psaume 62 chanté entre les lectures : Mon âme a soif de toi, mon Dieu ; après toi languit ma chair…Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie… Mon âme s’attache à toi. Amen.