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Abbaye de Tamié

Humilité - TO 22

Saint François de Sales
croix - arcabas

Évangile selon saint Luc

  Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole : «Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu'un de plus important que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : 'Cède-lui ta place', et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t'a invité, il te dira : 'Mon ami, avance plus haut', et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
 Jésus disait aussi à celui qui l'avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t'inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue.
 Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes.


Saint François de Sales

Introduction à la vie dévote III, ch. 5

 

Nous disons maintes fois que nous ne sommes rien, que nous sommes la misère même, et l'ordure du monde: mais nous serions bien marris qu'on nous prît au mot, et que l'on nous publiât tels que nous disons. Au contraire nous faisons semblant de fuir et de nous cacher, afin qu'on nous coure après, et qu'on nous cherche; nous faisons contenance de vouloir être les derniers, et assis au bas bout de la table: mais c'est afin de passer plus avantageusement au haut bout. La vraie humilité ne fait pas semblant de l'être, et ne dit guère de paroles d'humilité. Car elle ne désire pas seulement de cacher les autres vertus: mais encore et principalement elle souhaite de se cacher soi-même ... Voilà donc mon avis, Philothée: ou ne disons point de paroles d'humilité, ou disons-les avec un vrai sentiment intérieur, conforme à ce que nous prononçons extérieurement; n'abaissons jamais /es yeux qu'en humiliant nos coeurs, ne faisons pas semblant de vouloir être des derniers, que de bon coeur nous ne voulussions être. Or je tiens cette règle si générale que je n'y apporte nulle exception; seulement j'ajoute que la civilité requiert que nous présentions quelquefois l'avantage à ceux qui manifestement ne le prendront pas; et ce n'est pourtant pas ni duplicité, ni fausse humilité: car alors la seule offre de l'avantage est un commencement d'honneur: et puisqu'on ne peut le leur donner entier, on ne fait pas mal de leur en donner le commencement. J'en dis de même de quelques paroles d'honneur ou de respect, qui à la rigueur ne semblent pas véritables; car elles le sont néanmoins assez, pourvu que le coeur de celui qui les prononce ait une vraie intention d'honorer et de respecter celui pour lequel il /es dit: car encore que les mots signifient avec quelque excès ce que nous disons, nous ne faisons pas mal de les employer quand l'usage commun le requiert. Il est vrai qu'encore voudrais-je que les paroles fussent ajustées à nos affections, au plus près qu'il nous serait possible, pour suivre en tout et partout la simplicité et candeur cordiale.