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Abbaye de Tamié

Homélie pour l'Assomption de Marie

Par dom Victor
vierge visage - arcabas

Fête de Marie en son Assomption

         Hier, dans l’évangile, une femme païenne nous a été proposée comme modèle de notre foi : femme, ta foi est grande ! lui a déclaré Jésus. Lui-même en est si étonné qu’il accepte de revenir sur un premier refus. De la même façon, au début de son ministère, la foi de sa mère a provoqué le premier signe celui de l’eau changée en vin à Cana !  Toute liturgie nous invite à entrer par la foi dans le Mystère. Qu’est-ce que le Mystère ? Un amour infini qui nous dépassera toujours : tout l’amour de Dieu manifesté depuis la création de l’homme jusqu’à son salut en Jésus, fils de Dieu, fils de Marie. Aujourd’hui, fête de l’Assomption, la liturgie est centrée sur Marie, sur sa foi qui est accueil inconditionnel de Dieu dans sa vie, sa maternité miraculeuse et sa glorification. Comme Jésus son fils, Marie a traversé la mort et vit désormais pour toujours dans la résurrection. Nous sommes invités ce matin à entrer dans sa foi, dans sa maternité virginale et dans son passage de cette terre à la vie de Dieu en son Fils Jésus.

         Pour exprimer toute la profondeur de ce Mystère, la Parole de Dieu vient à nous ce matin par trois lectures de genres littéraires bien différents : un récit, une vision grandiose, une catéchèse. La scène décrite par l’évangéliste saint Luc nous rejoint dans notre vie quotidienne et tout particulièrement en cette période de vacances où chacun se déplace et vit différentes visitations à des membres de famille, des amis, à des inconnus parfois avec qui se créent de nouveaux liens d’amitié. Savons-nous reconnaître dans ces rencontres une présence de Dieu comme le firent notre père Abraham au chêne de Mambré ou Élisabeth accueillant sa jeune cousine ? Cette rencontre de deux femmes, toutes deux enceintes, est si simple, si touchante que bien des artistes n’ont pas eu de peine à la représenter. A travers leurs paroles de salutation et leur action de grâce s’opère une rencontre mystérieuse entre les bébés qu’elles portent. Jean Baptiste en est sanctifié et consacré dans sa mission d’annonciateur du Messie. C’est une scène pleine de chaleur humaine et de joie mystique.

         La première lecture, choisie dans l’Apocalypse de Jean, offre un contraste saisissant. Sous forme poétique elle donne à la maternité de Marie sa dimension cosmique et en elle nous est montré ce que vit toute l’humanité. Nous sommes tous appelés à enfanter dans le Christ un monde nouveau. Ce monde nouveau est conçu par Dieu mais il nous revient de l’enfanter dans la douleur et dans le combat quotidien contre les forces du Mal qui cherchent à détruire tout germe de fraternité, de justice et de paix. Combien de monstres, à travers l’histoire ont cherché et cherchent encore à détruire ce nouveau monde qu’est le royaume de Dieu et à le supprimer là où il apparaît. Il suffit de penser aux anciennes luttes contre l’esclavage, à celles contre l’apartheid, aux luttes pour la liberté et l’indépendance des peuples, à celles pour détruire aujourd’hui l’Europe naissante, à tout cet égoïsme qui menace l’avenir de notre planète, au terrorisme qui tue la fraternité, la confiance et la paix, en Irak, en Colombie, en divers lieux d’Afrique. Tous ces combats meurtriers sont commandés par les idoles du pouvoir et de l’argent qui cherchent à supplanter Dieu avec une telle habileté que certains ne savent plus parfois où est le Mal, où est le Bien. Le but inavoué est que disparaisse toute présence de Dieu, unique vrai salut de l’humanité.

         Saint Paul, dans la seconde lecture, nous exposait en clair le sens de ce Mystère révélé de façon différente dans la page d’Évangile et dans l’Apocalypse. Sans cette lecture que fait Paul avec sa foi nous ne pourrions pas célébrer dans cette Eucharistie le Mystère qui n’est autre que le mystère pascal de Jésus. Que nous dit l’apôtre, lui qui avec un zèle religieux a collaboré un temps avec les forces du Mal et a cherché à détruire par la violence l’Église naissante ? Soudain ses yeux se sont ouverts à la lumière et il a reconnu que son combat était un combat contre Dieu. Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Paul nous explique ce que voulait exprimer par des bondissements Jean Baptiste encore dans le sein de sa mère, à savoir que l’enfant que porte Marie et qu’elle va enfanter est le commencement d’un monde nouveau. C’est pourquoi Paul le compare à Adam, personnification du début de l’humanité. Adam a enfanté les hommes dont nous sommes issus, hommes et femmes nés selon la chair et tous destinés à mourir ; or, dans la foi un enfantement nouveau a commencé avec la naissance virginale de Jésus. Jésus est né sans l’intervention d’un homme parce qu’il est né de Dieu et a été conçu  par la seule foi de Marie. Jésus expliquera une nuit à Nicodème ce mystère d’une naissance dans l’Esprit à laquelle nous sommes appelés. En effet, dit saint Paul, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront… Alors tout sera achevé quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du Mal.

         Tel est le sens de chaque Eucharistie : passer avec le Christ de la mort à la vie. C’est aussi le sens que nous  devons donner au chant de Marie, son Magnificat. Déjà Marie pressent quelque chose du Mystère mais sans en connaître les détails qui lui seront révélés peu à peu à travers les évènements heureux et douloureux de sa vocation de mère d’un fils qui porte en lui tout le Mystère de Dieu et tout le Mystère de l’humanité. L’ange lui avait dit à l’Annonciation : il sera grand, il règnera sur le trône de David son père et son règne n’aura pas de fin. Aujourd’hui, dans le mystère de son Assomption, Marie est déjà dans ce règne sans fin qui nous attend. Sa foi a rejoint l’attente de Jésus lui-même qui ne cesse d’attirer à lui tous les hommes, par des voies que lui seul connaît. Oui, le Seigneur fit pour nous des merveilles, saint est son nom. Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent…Il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham  et de sa race à jamais.