Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié

Homélie - Maternité de Marie

Par dom Victor
nativité
Homélie pour la Fête
de la Maternité de Marie

 

1ère lecture : Vœux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)

Lecture du livre des Nombres
Le Seigneur dit à Moïse : « Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d'Israël : 'Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix !' C'est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d'Israël, et moi, je les bénirai. »

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu'il nous bénisse !

Que son visage s'illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l'adore !

 

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d'une femme (Ga 4, 4-7)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d'une femme, il a été sous la domination de la loi de Moïse pour racheter ceux qui étaient sous la domination de la Loi et pour faire de nous des fils. Et voici la preuve que vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l'Esprit de son Fils est dans nos coeurs, et il crie vers le Père en l'appelant « Abba ! ». Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Évangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)
Acclamation :
Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd'hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l'avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s'étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé. Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l'ange lui avait donné avant sa conception.

© AELF

Homélie

        En ce début d’année, célébrer la Maternité de Marie, faire de cette journée la Journée mondiale pour la Paix et se réjouir pour la Profession monastique qu’a faite ce matin notre frère Baptiste : ce sont tout autant de motifs de joie et d’action de grâce.

        Méditant sur ce mystère de la maternité de Marie je me suis arrêté sur un aspect essentiel de tout amour : la dépendance, la soumission. On ne peut aimer vraiment sans dépendre de celui que l’on aime, sans lui être soumis. Dire cela ne nuit pas à l’autorité. Jésus n’a-t-il pas dit à ses apôtres, peu avant de mourir : vous m’appelez maître et seigneur et vous dites bien, je le suis, si je vous ai lavé les pieds, moi le maître et le seigneur, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ? (Jn 13,13-14)

        Ce geste de Jésus permet de mieux comprendre l’incarnation. Dieu a tant aimé notre humanité qu’il a  s’est fait l’un de nous pour devenir notre serviteur. Dans un geste d’amour inouï qui nous dépasse il est entré dans notre humanité. Pour cela, Dieu a eu besoin d’une  femme, la Vierge Marie, pour son enfantement mais aussi pour se nourrir et grandir. Et il a eu besoin de Joseph comme père pour devenir adulte et pleinement homme : et il leur était soumis, nous dit saint Luc (2,51) Il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi et pour faire de nous des fils vient de nous rappeler saint Paul.

        Devenir fils, c’est ne plus être esclave, ne plus dépendre d’un autre d’une façon extérieure comme le serviteur qui se contente d’exécuter les ordres reçus. Etre fils est une attitude du cœur, c’est vivre une soumission qui vient de l’amour. Voici la preuve que vous êtes des fils : envoyé de Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l’appelant Abba !  Ce mot ‘Abba’, Jésus l’a appris sur les genoux de Marie qui, comme toutes les mamans du monde, a appris à son enfant à dire ‘papa’. Seule une mère pouvait éveiller en Jésus enfant ce sentiment de rapport filial envers Joseph comme son père. Âgé de 13 ans, Jésus au Temple aura comme une illumination qui lui révèlera la vraie paternité à laquelle il est relié, celle de son unique Père qui est Dieu : ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? L’évangéliste saint Luc précise que Marie et Joseph ne comprirent pas le sens de ces paroles !

        Ce qui a perdu l’homme est d’avoir refusé cette dépendance filiale qui faisait sa noblesse. Sans cesse, la Bible nous présente le péché des origines comme un péché d’orgueil : l’homme a voulu se passer de Dieu, s’égaler à Dieu. Le serpent tentateur susurre au premier couple : si vous en mangez, vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal… et ils en mangèrent. (Gen 3,5)  Plus tard, c’est le péché de Babel : bâtissons-nous une tour dont le sommet touche le ciel ! Faisons-nous un nom ! (Gn 11,5) Dans la parabole sur le roi de Tyr, Ézéchiel écrit : Parce que tu t’es enorgueilli, que tu as dit : Je suis un dieu…alors que tu es un homme et non Dieu…tu mourras de mort violente au cœur des mers (Ez 28,2.8) Cette attitude d’orgueil et de suffisance si profondément ancrée en chacun de nous faisait dire à un abbé cistercien, ami de saint Bernard, le Bx Guerric, dans un sermon pour le dimanche des Rameaux : L’homme a dit dans son orgueil : ‘je ne servirai pas, je n’obéirai pas !’ ‘Eh bien, c’est moi qui te servirai, qui t’obéirai,’ lui répond le Créateur, ‘je t’obéirai jusqu’à en mourir !’  Là est le cœur du mystère de l’incarnation car là est le cœur de l’amour. La maternité de Marie illustre ce mystère de soumission et de dépendance par amour : Dieu naît d’une femme et se fait petit enfant.

        Ce mystère de la maternité de Marie est porteur pour notre Eglise d’un profond message. Marie n’est-elle pas figure et mère de l’Église ? Donner toute son importance à ce mystère de Dieu entièrement soumis à une femme au point de dépendre d’elle pour survivre, devrait inciter l’Église, toute l’EÉglise, à vivre davantage cette soumission, cette obéissance d’amour. Le pape se définit comme le serviteur des serviteurs de Dieu. C’est une très belle expression que l’on doit à saint Grégoire le Grand. Nos derniers papes ont souvent fait preuve d’une grande humilité. Tous, prêtres ou laïcs, nous pouvons méditer l’exemple de cette soumission de Dieu à une femme nommée Marie et à un homme nommé Joseph : il leur était soumis. Chacun a une fonction particulière dans l’Église, mais personne n’est dispensé de cette soumission qui est l’expression du véritable amour et qui manifestera toujours mieux la fonction maternelle de l’Église et qu’elle est mystère de communion.

        Saint Bernard voit dans la maternité de Marie l’infinie tendresse de Dieu accordant à Adam le pardon de sa faute : Que disais-tu Adam ? C’est la femme que tu m’as donnée qui m’a présenté du fruit et je l’ai mangé. Voilà bien des paroles méchantes. Tu augmentes ta faute au lieu de l’effacer… Change aujourd’hui cette parole d’excuse en cri d’action de grâce et dis : Seigneur, la femme que tu m’as donnée m’a présenté du fruit de vie, je l’ai mangé et, dans ma bouche, il est devenu plus doux que le miel, car par lui tu m’as rendu la vie. (Homélie II Super missus est)   En recevant le corps eucharistique du Christ n’oublions jamais que ce pain venu du ciel est né de Marie. Si nous le recevons avec foi, son Esprit fera de nous des fils pour le Père.