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Abbaye de Tamié

Homélie - TO 22

Par Frère Antoine
croix - arcabas
22ème dimanche du temps ordinaire


Homélie

Quels mots restent en nous, après avoir entendu l’évangile de ce jour ? (Chacun peut répondre dans sa tête). La croix ? souffrir ? perdre sa vie ? Pas drôle comme bonne nouvelle à annoncer au monde ! A-t-on relevé « ressuscité le troisième jour ? » le mot « vie » (quatre fois) ?

« Si quelqu’un veut me suivre » A qui Jésus s’adresse-t-il ? À ses disciples donc à ceux qui le suivent déjà ! Mais on ne suit pas Jésus comme on va dans un défilé ou une procession et puis on rentre chez soi. Il s’agit d’engager sa vie de façon définitive et complète, en faisant confiance au « Maître », à sa parole. Souvent nous aimerions bien nous lancer à l’eau,  mais en ayant un gilet de sauvetage. On ne sait jamais ! Il y a aussi la parole de Jésus : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi » (Jean 6, 70 et 15, 16). Mais la réponse dépend bien de nous, elle est libre. D’autant plus que Jésus nous avertit que le chemin sera éprouvant. Il faut « prendre sa croix, perdre sa vie… » Mais souffrir et prendre sa croix ce n’est pas le but de la vie ! Il y a des croix qu’il faut éviter et écarter. Aux gens qui meurent de faim ou qui subissent tortures et violence, Jésus n’a jamais dit qu’il fallait accepter et supporter. Il demande à ses disciples de tout faire pour donner à manger à ceux qui ont faim et partager avec eux (Cf. chapitre 25 de St Matthieu). Il ne s’agit pas de n’importe quelle croix (maladie, perte de travail ou autres épreuves qui nous tombent dessus !). La croix des disciples est celle que Jésus porte déjà avec eux, avant même sa passion, celle de donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est crucifiant  mais c’est vital. Pas d’amour sans croix, tout le monde peut expérimenter cette vérité dans un couple, dans sa famille, dans sa communauté religieuse, partout. Pourquoi ? parce qu’il n’y a pas de vie sans don échangé. C’est une loi de la nature : « Si le grain de blé ne meurt, il reste seul… ». Si l’eau s’arrête de couler elle forme une mare et meurt, etc. Cette exigence naturelle est celle que Jésus exige à son égard, en nous demandant de croire en lui, d’avoir la foi. « Si quelqu’un m’aime… » Qu’est-ce qu’il fait ? « Il écoute ma parole et la met en pratique » (Jean 14, 23). Faire confiance c’est bien une manière de se renier soi-même, c’est se convertir, se décentrer. Nous devenons disciples de Jésus le jour de notre baptême : nous mourrons avec le Christ (plongée dans l’eau) pour renaître avec lui (remontée du baptistère). C’est Lui, Jésus qui devient notre étoile polaire, c’est lui qui nous indique le chemin de la Vie. Celui qui suit Jésus va vers la Vie. La vie divine, trinitaire est faite de relations, d’échanges entre le Père et le Fils et l’Esprit, chacun recevant de l’autre et donnant à l’autre. La difficulté de l’évangélisation aujourd’hui c’est que nous sommes piégés par l’ambiance collective qui impose un matérialisme pratique, ennemi de l’évangile : réussir sa vie au sens habituel : non de la donner mais d’accumuler l’argent, la gloire, les objets… Un curé demandait un jour à un enfant de choeur « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », en espérant l’entendre dire : « Être prêtre ». Réponse : « footballeur  professionnel, on gagne beaucoup ». Normal. Sans doute peut-on « gagner sa vie » au sens évangélique, en étant footballeur ou en étant riche, mais Jésus avertit : ce sera difficile et même impossible si votre coeur s’attache aux biens de ce monde forcément transitoires. St Paul dit pourtant qu’on peut posséder tout en ne possédant pas et donc ne pas être esclaves de nos biens. Si nous voulons suivre Jésus, nous devons nous convertir, le faire passer avant nous pour le suivre.

 

 « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu ». Cette phrase de Jésus est reprise par st Paul dans la deuxième lecture de ce jour (st Paul aux Romains) : « Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser… ». Il y a beaucoup de domaines où nos évidences doivent être revues et corrigées. Ainsi la terre n’est pas plate, elle est sphérique, le soleil ne tourne pas autour de la terre, c’est le contraire etc. Il faut se convertir. Et convertir nos pensées. Se convertir cela prend du temps et recommence tous les jours. L’exemple de Pierre est caractéristique. Il vient d’être félicité d’avoir dit que « Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Jésus aurait pu lui dire : « Ah, enfin ! C’est bien le moment de me reconnaître ». Non, il dit, pardon « il commanda » « sévèrement » aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ ! (Mt 16, 20). Curieux, non ? Et dans la foulée Pierre se fait traiter de « Satan » ! Pauvre Pierre, il était sympathique, généreux, amical. Il voulait que Jésus échappe à la souffrance, à la croix, à la mort. L’ennui, c’est qu’il veut dire à Jésus ce qu’il doit faire, c’est lui qui devient « chef ». Jésus le remet à sa place en le faisant « passer derrière lui », sans ménagement. Souvent, il nous arrive de vouloir le bien de quelqu’un, avec les meilleures intentions du monde, mais avec des vues trop personnelles, trop « humaines ». La difficulté de Pierre, celle du disciple, la nôtre, c’est de comprendre que Jésus Messie, Fils de Dieu, soit faible. .Il faut que Pierre convertisse et évangélise sa notion de « Messie » comme nous-mêmes avons besoin de convertir et d’évangéliser notre notion de « toute puissance » attribuée à Dieu. L’image habituelle de Dieu dans l’A.T., celle que nous avons spontanément ou celle qu’on nous a  apprise au catéchisme, c’est d’abord un Dieu fort qui réalise tout ce qu’Il veut, à qui rien n’est impossible. Il est le tout puissant .C’est bien ce que nous affirmons dans le « Credo ». Mais de quelle « toute puissance » s’agit-il ? Une toute puissance à la façon humaine, ou une autre que nous révèle précisément Jésus ? C’est aussi un Dieu en opposition frontale avec le mal. Il se met en colère, punit ou anéantit. Sur cette toile de fond qu’il ne nous est pas demandé de récuser, Jésus paraît. Le paradoxe inattendu, c’est que Jésus, révélation du Père, se montre faible et ami des pécheurs ! Les pharisiens ont déjà décidé de le perdre et lui ne se défend pas. Premier signe de faiblesse. Autre signe : Jésus guérit quantité de malades et demande le silence, sans se mettre en valeur. Nous connaissons cette faiblesse de Dieu dans les faits bien concrets de notre vie ordinaire, nous avons beau crier vers lui, il ne répond pas ! Cette manière de faire de Jésus n’a pas fini de nous interroger. Qu’il nous donne chaque jour son Esprit pour que nous convertissions nos pensées humaines en nous ouvrant aux siennes.

Nous avons de la chance de nous réunir chaque dimanche pour célébrer l’eucharistie, non seulement pour écouter la Parole de Dieu, connaître ses pensées mais pour recevoir la Vie même qui est la sienne et qu’Il veut nous communiquer.

Le mot important de l’évangile d’aujourd’hui ce n’est pas «  la croix » mais « la vie ». » Tout ceci a été écrit pour que vous croyiez  et que en croyant vous ayez la Vie en son nom » (Jean 20, 31)