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Abbaye de Tamié

Homélie - TO 29

Par Père Victor
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29ème dimanche du temps ordinaire

 Homélie

         Dimanche dernier l’homélie nous rappelait que Dieu parfois nous dérange et que toujours il nous surprend. Nos plans humains sont bousculés. Ainsi, Marie au jour de l’Annonciation. Or, tout chrétien est invité à une spiritualité d’Annonciation, de disponibilité totale à la volonté de Dieu.

         Aujourd’hui, le prophète Isaïe nous invite à lire le dessein caché de Dieu jusque dans les évènements politiques. L’intervention de Cyrus, empereur païen, en faveur du peuple d’Israël exilé à Babylone prépare de façon mystérieuse la venue du messie qui naîtra un jour à Bethléem de Juda. Chacune de nos vies est ainsi façonnée par une série d’évènements, heureux ou malheureux, où nous pouvons découvrir le doigt de Dieu. Sur le plan de l’Eglise, je pense à l’élection de Jean XXIII qui, sur le moment, fut une telle déception pour plusieurs et qui, de façon inattendue, provoqua le grand renouveau de l’Eglise par le Concile Vatican II. Chacune de nos décisions, si humble soit-elle, s’inscrit dans un dessein mystérieux de Dieu. Certes, nous demeurons totalement libres de nos décisions, mais Dieu sait faire concourir pour le bien nos choix libres et généreux tout comme nos refus. Tout, en lui, devient grâce.

         La correspondance de ce passage d’Isaïe avec l’évangile que nous venons d’entendre n’est pas évidente. Tous deux nous parlent d’un pouvoir politique étranger qui gouverne Israël. De l’empire perse nous passons à l’empire romain. Face à cette domination il existait, du temps de Jésus, deux tendances : celle des publicains qui collaboraient avec le pouvoir et celle des zélotes qui entretenaient l’espoir de s’en affranchir par la force. Les pharisiens qui voient leur autorité mise en échec par les enseignements et les gestes de Jésus cherchent à le mettre en difficulté avec l’autorité dans l’espoir que le pouvoir romain les délivrera de cet homme. Durant la Passion nous les entendrons dire à Pilate : Nous avons trouvé cet homme jetant le trouble dans notre nation ; il empêche de payer le tribut à César et se dit Messie-Roi (Lc 23,2)  Pour mettre la foule de leur côté ils veulent paraître sincères : Nous savons que tu es toujours vrai et que tu enseignes le vrai chemin de Dieu, tu ne te laisses influencer par personne. Alors dis-nous : est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? Jésus dénonce le piège : Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Puis, avec une simplicité désarmante, il retourne la question  et met ses accusateurs dans l’embarras : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Non seulement la réponse est habile mais elle nous conduit à une vérité plus profonde qui aujourd’hui encore nous interroge. Comment savoir ce qui revient à César et ce qui revient à Dieu ?

         L’hypocrisie des adversaires se retourne en une affirmation : nous savons que tu es toujours vrai et que tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne. Dans cette controverse comme dans celles qui suivront sur la résurrection des morts ou le premier commandement Jésus apparaît toujours vrai et parfaitement libre, car toute sa vie est totalement orientée vers Dieu, son Père. C’est cette vérité et cette grande liberté qui lui permet de démasquer la violence et le mensonge sans se départir d’une grande charité envers tous. Durant son procès il pourra dire avec une certaine douceur au soldat qui l’a frappé : si j’ai mal parlé, montre-moi ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé pourquoi me frappes-tu ? Par cette douceur et cette liberté il inverse les rôles et oblige ses accusateurs à se remettre en question. Hérode et Pilate eux-mêmes seront embarrassés.  

         Tant d’hommes et de femmes aujourd’hui encore changent le cours de l’histoire par leur attitude tranquille de liberté face au mensonge et à la violence. On tente de les faire taire, on les emprisonne et parfois même on les tue mais par leur parole de vérité, sans toujours le savoir, ils nous montrent le vrai chemin de Dieu. Soyons à notre tour ces témoins courageux et libres qui, sans arrogance et sans passion défendent la vérité. Un tel témoignage de foi sera crédible s’il s’accompagne d’une profonde humilité et d’un amour vrai de l’adversaire. Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, disait Jésus. Tels sont ses disciples, tels sont les martyrs de tous les temps. Tels nous sommes appelés à devenir en nous laissant habiter et transformer par l’Esprit de Jésus.  Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté nous dit saint Paul. (2 Cor 3,17)