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Abbaye de Tamié

Homélie - Très sainte Trinité

Par Frère Raffaele
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Fête de la Très sainte Trinité

1ère lecture : La Sagesse est avec Dieu dès le commencement (Pr 8, 22-31)
Lecture du livre des Proverbes

Écoutez ce que déclare la Sagesse : « Le Seigneur m'a faite pour lui au commencement de son action, avant ses œuvres les plus anciennes.
Avant les siècles j'ai été fondée, dès le commencement, avant l'apparition de la terre.

Quand les abîmes n'existaient pas encore, qu'il n'y avait pas encore les sources jaillissantes, je fus enfantée.
Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée.
Alors que Dieu n'avait fait ni la terre, ni les champs, ni l'argile primitive du monde,
lorsqu'il affermissait les cieux, j'étais là. Lorsqu'il traçait l'horizon à la surface de l'abîme,
chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l'abîme,
lorsqu'il imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n'en franchissent pas les rivages, lorsqu'il établissait les fondements de la terre,
j'étais à ses côtés comme un maître d'œuvre. J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

 

Psaume : Ps 8

R/ O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par tout l’univers !

À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas, 
qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui,
le fils d'un homme, que tu en prennes souci ? 

Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu,
le couronnant de gloire et d'honneur ; 
tu l'établis sur les œuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds.

Les troupeaux de bœufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages, 
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

 

2ème lecture : Dans l’Esprit nous sommes en paix avec Dieu par le Christ (Rm 5, 1-5)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu. Mais ce n'est pas tout : la détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l'espérance ; et l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.

L’Esprit nous conduira vers le mystère de Dieu (Jn 16, 12-15)
Acclamation :
Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

© AELF

Introduction

- La Grâce de Jésus notre Seigneur, l'amour de Dieu le Père et la communion de l'Esprit Saint soient toujours avec vous !

Cette salutation liturgique nous introduit dans la fête de la très sainte Trinité que nous célébrons ce dimanche. Nous pouvons nous tourner vers la personne de l'Esprit Saint, lui qui crie en nos coeurs le Nom du Père, lui sans qui  nul ne peut dire "Jésus est Seigneur". Demandons-lui d'éclairer nos yeux pour que nous osions les élever, avec une sainte audace, vers ce mystère de la Trinité qui nos révèle les profondeur insondables de la vie divine.

Homélie

- Frères et soeurs, je pense qu'en venant à Tamié, vous avez regardé et admiré les hautes montagnes qui entourent le monastère. Eh bien, la fête de la Sainte Trinité nous place comme au pied d'une de ces montagnes escarpées dont la cime se perd dans les nuages. Nous aurons beau grimper sur ses sentiers abrupts, jamais nous n'atteindrons le sommet. Essayons néanmoins de monter un peu vers ces hauteurs, en prenant un guide ce tè t - la Parole de Dieu - pour soutenir et diriger notre marche. Pendant des siècles, l'Ancien Testament s'était efforcé de présenter Dieu comme l'Unique, face à la multitude des divinités païennes. Et maintenant, nous apprenons que le Père, le Fils et l'Esprit sont trois Personnes divines distinctes. Et, qui plus est, c'est là la spécificité de notre foi chrétienne, la différence fondamentale par rapport aux autres conceptions de Dieu. Il y a de quoi se poser bien des questions.

Pourtant, si nous y réfléchissons un peu, force nous est de reconnaître que notre Dieu n'aura jamais fini de nous surprendre. « Dieu toujours plus grand », disait saint Augustin. Il est le Tout-Puissant et il a un infini respect de notre liberté ; il est l'Immuable et pourtant il se fait homme et entre dans l'histoire ; il est le Très-Haut et il s'abaisse jusqu'à l'opprobre de la croix ; il est l'Au-delà de tout et il se fait tout proche ; il est l'Unique et il est Trinité de personnes.

Quels paradoxes ne nous a-t-il pas épargnés, notre Dieu ? Je dis bien paradoxes, et non contradictions. Il n'y a ni contradiction ni dissonance en Dieu. Comme nous le disait la première lecture, tirée du livre des Proverbes, Dieu est la Sagesse souveraine, le sens et le rythme de l'univers. En lui, les contraires s'accordent en une harmonie supérieure : divine musique.

J'irai jusqu'à dire que le mystère de la Trinité est profondément logique, presque nécessaire, bien qu'il ne se laisse pas enfermer dans les cadres de notre rationalité humaine. Preuve, entre autres, de la souveraine transcendance de Dieu. Le mystère de la Trinité s'inscrit dans le droit fil d'une affirmation centrale de notre foi : Dieu est amour. Oui, Dieu est unique, mais non solitaire. Si Dieu n'était pas Trinité, sa situation ne serait guère enviable, me semble-t-il. Il serait en quelque sorte condamné à s'aimer lui-même, dans une bienheureuse et stérile solitude, un peu comme Narcisse, ce très beau jeune homme de la mythologie grecque, amoureux de lui-même et regardant sa propre image dans une pièce d'eau jusqu'à s'y noyer.

Je vais employer une comparaison peut-être un peu risquée, et certes bien imparfaite. Si Dieu n'était pas Trinité, il serait dans la situation d'Adam au Paradis terrestre avant la création d'Êve, sa femme. Il fallait à l'homme, nous dit la Bible, « une aide qui lui soit assortie » (Gn 2,18) : un partenaire à la fois égal et distinct, autre que lui. Cela seulement à permis à l'amour humain de se déployer dans toute sa fécondité : amour conjugal, amour d'amitié, amour paternel, maternel et filial. Et puisque aujourd'hui c'est la fête des mères, nous sommes heureux de présenter tous nos voeux et notre merci à celles qui, dans notre assemblée, ont vécu ce mystère de la maternité, physique ou spirituelle, reflet lumineux de l'amour trinitaire.

Car, de toute éternité, Dieu lui aussi est famille, communion, don de soi, échange d'amour. Dans l'intimité de Dieu, se déploie une vie secrète, que nous désignons par ce mot : Trinité. Jésus seul pouvait nous révéler ce mystère, car il est le Fils de Dieu fait homme. Jésus nous a révélé que le Dieu unique est Père, Fils et Saint-Esprit. Il y a en Dieu une relation d'amour qui constitue les trois Personnes divines. De toute éternité, le Père engendre un Fils, il s'exprime dans une Parole, son Verbe ; il lui communique son être, sa vie, son amour, sans rien garder pour soi. Et le Père trouve tout son bonheur dans ce don total de lui-même.

Le Fils, lui, est l'accueil du don du Père, de son amour. Mais le fleuve reflue vers sa source, l'amour du Fils rejaillit vers le Père dans un immense élan d'action de grâces : éternelle eucharistie, dont nos eucharisties d'ici-bas sont l'image. Or, cet amour mutuel du Père et du Fils surgit entre eux comme une troisième personne : c'est l'Esprit Saint, le témoin et le fruit de l'amour éternel du Père et du Fils, un peu comme l'enfant dans l'amour humain. Mais alors, la Trinité serait-elle trois Dieux ?

Nullement : car, entre les trois Personnes divines, tout est commun, tout est indivisible. En Dieu, il y a distinction sans séparation. « Tout ce qui appartient au Père est à moi ; et l'Esprit reprendra tout ce qui vient de moi pour vous le faire connaître », nous disait Jésus dans l'évangile. Ce mystère fera notre joie éternelle. Car les trois Personnes divines nous invitent à partager leur amour, leur bonheur. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous disait que « l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » : à titre de prémices, bien sûr, en attendant la rencontre face à face.

Frères et soeurs, au fond de notre coeur il y a le désir, la nostalgie de ces réalités spirituelles, mais trop souvent une vie pressée, surmenée, fébrile, nous empêche de prêter attention à Dieu, à sa présence aimante. Seul le silence de la prière et de l'adoration, nourries des saintes Écritures, nous permettra d'aller plus loin dans la contemplation du mystère de la Trinité. Que le Seigneur nous accorde cette grâce, dès maintenant et dans les siècles des siècles. Amen !