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Abbaye de Tamié

Homélie - Ordination de Fr. Gaël

Par Mgr Turini

Homélie de Mgr Turini évêque de Cahors
Pour la ordination presbytérale

de Frère Gaël
Abbaye de Tamié 20 août 2014


Frères et Sœurs,

Il y a un préalable à toute vocation, c’est qu’elle se reçoit de Dieu. Et la communauté quelle qu’elle soit (monastique, religieuse, diocésaine, paroissiale), accueille une vocation comme un cadeau, comme un don
- pour le bien du Corps entier de l’Église,
- pour le progrès et le bonheur de chacun de ses membres.

Celui qui est appelé à recevoir de Dieu sa vocation ne peut l’être que dans la confiance, la liberté, la reconnaissance, la prière et l’humilité.

Dans sa règle St Benoît prévient : « le moine qui a reçu les ordres doit se mettre en garde contre l’élèvement et l’orgueil ». Être appelé au ministère ordonné n’est pas une promotion interne dans le Corps de l’Église, mais un service de ce Grand Corps, l’Église qui est celui du Christ et qui Lui appartient.

Pour vivre, toute communauté chrétienne a besoin de la Parole et de la Vie de Dieu, sinon elle avance à l’aveugle et meurt !

Etre prêtre c’est servir à la table de la Parole et à celle de l’Eucharistie,  les frères et sœurs qui s’y rassemblent tous les jours et spécialement le dimanche.

Les servir, oui mais comme le Christ. Lui le Grand-Prêtre par excellence, les a servis, humblement, avec amour. C’est la plus belle façon, j’ose dire la plus divine de servir sur l’autel de Son  sacrifice, la Parole et le Pain de Dieu pour tous.

Cher Frère Gaël, en ce jour où tu vas recevoir l’ordination sacerdotale, revêts d’abord comme Jésus le tablier de l’humilité en te souvenant que ce don qui vient du Ciel et qui nous dépasse infiniment, nous le recevons dans l’argile de nos vies fragiles, marquées par le péché. C’est cela qui nous rend humble devant la grandeur de ce ministère. Mais,  c’est en même temps le choix de Dieu pour Son Peuple, et nous ne pouvons lui exprimer que notre reconnaissance et notre action de grâce.

Nourrir Son Peuple avec l’humilité attachée au service sacerdotal, c’est à cela que le Seigneur t’appelle.

 L’aliment par excellence qui permet au Peuple chrétien et à toute communauté qui se reconnaît en Jésus-Christ de vivre en frères et d’être unis, c’est l’Eucharistie, sacrement de tous les autres sacrements. Tout se tient dans le Christ et rien ne peut tenir en dehors de Lui, car en dehors de Lui notre vie tombe en ruines et nous ne pouvons rien faire.

Ce qui garantit l’unité d’une communauté ce ne sont pas seulement
- les efforts que chacun va faire pour s’ajuster aux autres ou
- les conditions que nous allons réunir pour que tout se passe bien, sans trop de casse, afin que la vie entre nous soit supportable!

Tout cela est louable mais n’est pas propre uniquement aux disciples du Christ. Ce qui fait notre unité,
- c’est de regarder tous ensemble en esprit et en vérité vers l’Unique Seigneur,
- de contempler ensemble Sa Glorieuse Présence dans le Pain Vivant descendu du ciel, dans la coupe du salut.

L’unité du corps ecclésial ne se fabrique pas à partir uniquement à partir de ses membres, mais elle se reçoit du Corps du Christ, inséparable du don de l’Esprit et de l’Amour du Père.

L’unité de l’Église jaillit de l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit.

C’est cette unité que le prêtre par son ministère rappelle sans cesse  et fait prévaloir dans l’assemblée eucharistique afin que l’Église grandisse harmonieusement vers sa destinée ultime dans la Jérusalem céleste et qu’elle reçoive déjà ici-bas les forces nécessaires pour être sacrement universel du salut au cœur du monde.

Ton service Gaël est de montrer à tes frères ce Corps du Christ qui a tant souffert pour le salut du monde, qui est mort et ressuscité. Son Corps qu’il fait descendre et  que tu tiendras dans tes mains fragiles.

Et ta vie devient un Ostensoir qui présente à tes frères non ta propre personne, mais celle du Christ
- que tu portes dans ton cœur,
- que tu rends présent et visible par le don du sacerdoce, pour l’offrir à celles et ceux qui ont faim de sa présence.

Ainsi ce que l’on doit voir en premier en tout prêtre, c’est le Christ qu’Il porte en Lui pour ses frères. Oui c’est de cette façon-là que le prêtre travaille à l’Unité de l’Église par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, jamais en dehors de Lui, en offrant à tous l’unique Pain de Vie au goût de l’EÉternité que nous partagerons à jamais dans la Maison du Père.

Alors nous demandons pour toi ainsi que tu pourras le faire au long des veilles de la nuit que rien oui, jamais rien, ne te sépare de l’amour du Christ.

St Bernard dans son sermon 77° sur le Cantique des Cantiques écrit que : « L’Epoux (le Christ) envoya à la rencontre de l’Épouse (l’Église), des semeurs et des éclusiers, pour la nourrir et consolider en elle la certitude de la vérité, c’est-à-dire pour lui donner des nouvelles sûres de Son Bien-Aimé, puisqu’il est lui-même cette vérité qu’elle cherche et qu’elle adore. Et de fait, poursuit-il, l’âme n’a pas d’amour vraiment fidèle, sinon celui de la vérité ».

La mission du prêtre est de conduire celles et ceux qui le rencontrent à Jésus : Lui, le chemin , la VÉRITÉ et la Vie. Non seulement nos communautés et l’Église ont besoin d’être nourries de cette Vérité, mais aussi le monde que vous recevez ici à travers cette multitude d’hommes et de femmes, jeunes ou aînés qui, le temps, d’une retraite, d’un passage, d’une rencontre ont besoin qu’on les aide à fonder leur vie sur ce qui est sûr et vrai, en trouvant ou en retrouvant le chemin de la prière, de la Parole de Dieu, du pardon, de la table eucharistique, de l’accompagnement personnel où s’exerce notre paternité spirituelle.

C’est aussi pour eux que tu es consacré dans le sacerdoce, particulièrement pour les plus petits, les plus faibles, les plus pauvres, et à travers eux pour ce monde en souffrance et en quête d’Espérance que tu présenteras au Seigneur sur l’autel comme tu le fais dans le silence de la prière et de ra vie cachée en Dieu.

Tu as écrit que la Parole de Dieu entendue quand tu avais dix ans  est devenue pour toi présence questionnante du Christ : « Et toi est-ce que tu veux me suivre » ?

Aujourd’hui, après avoir demandé à l’Esprit dans ta prière, le discernement, tu t’avances joyeusement, pour répondre : Me voici Seigneur pour faire ta volonté.

C’est ainsi que tu te présentes devant ta communauté et ton Père Abbé, lui qui tient la place du Christ au milieu de ses frères. Tu vois donc dans son appel, celui du Christ : tu y réponds dans l’obéissance, c’est-à-dire dans une écoute confiante à cet appel, et tu fais un pas de plus dans le don total de ta vie en participant et en t’unissant ainsi à l’unique sacerdoce du Christ.

Tout t’y préparait mais comme tu l’as écrit également, il te fallait attendre l’appel du supérieur qui viendrait en son temps ou ne viendrait pas. C’est maintenant que tu reçois la confirmation de cet appel et avec toi, nous rendons grâce.

En confiant ton sacerdoce à la protection et à l’affection maternelle de Marie, Notre Dame de Tamié et Notre Dame de Rocamadour, nous la prions avec les mots de St Bernard pour l’Assomption : « Et pour nous, tes petits serviteurs, qui en ce jour de fête et de liesse, chantons les louanges du très doux nom de Marie, obtiens, Reine de clémence, pour notre frère Gaël, les grâces de ton fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui est, au-dessus de toute chose, le Dieu béni à jamais ». AMEN