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Abbaye de Tamié

Homélie TO 22

Par Frère Antoine
croix - arcabas

22ème dimanche du temps ordinaire


Le disciple du Christ doit souffrir avec son Maître (Mt 16, 21-27)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. »
À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t'en garde, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ? Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »


Homélie

Résumé de l’homélie pour ceux quoi risquent de s’endormir :1) Une idée : Nous sommes devant le premier reniement de Pierre : va-t-il se convertir aux pensées de Jésus ? 2) Une image : Jésus tourne le dos à Pierre. 3) Un sentiment : merci Jésus de venir éclairer le sens de  notre vie, y compris de nos souffrances !

1) « À partir de ce moment, Jésus commença… » L’évangile de ce jour fait suite à celui de dimanche dernier : Pierre, inspiré divinement, a très bien su répondre à la question posée par Jésus sur son identité : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Et voilà que, dans la foulée, le nouveau pape, Pierre, fraichement élu et nommé, se fait traiter de « Satan » ! il  se fait remettre à sa place, sans ménagement ! Cette histoire me fait penser à notre pape actuel François qui, avec une franchise toute évangélique, disait aux évêques italiens : «  on peut-être baptisés, prêtres, religieux, religieuses,, évêques, cardinal, pape.. et ne pas être disciple de Jésus » ! Pierre suit Jésus mais n’est pas encore converti à ses pensées : « à partir de ce moment, Jésus commença à annoncer le mystère de Pâques ». Nous sommes donc à un moment charnière de l’évangile. Nous devons traverser un «  pont aux ânes » : celui de la foi. C’est à ce point précis qu’il faut soit renier  Jésus et sa croix soit se renier soi-même en prenant notre croix.. C’est le choix qui est demandé à Pierre, à nous. Acceptons-nous ou pas le mystère pascal dans notre vie ? Cela mérite bien un moment de réflexion ! Et beaucoup de méditation !  Si Pierre a bien répondu, pourquoi doit-il se taire ?  Au contraire, si c’est quelque chose de bien, il faut le dire à tout le monde ! C’est déjà vrai quand Jésus guérit, pourquoi ne pas le faire savoir ? Parce que  ce n’est pas le moment. Pas encore.  Le mot « messie » est aussi ambigüe que, pour nous, le mot « Dieu ». De quel «  messie » parle Pierre ? Et nous, quand nous employons le mot « Dieu » de quel Dieu parlons-nous ?. Les corrections que Jésus apporte provoquent une altercation avec Pierre et l’incompréhension va continuer jusqu’à la mort de Jésus sur la croix. Et celui qui dira que Jésus « était vraiment le Fils de Dieu » c’est un païen, le centurion romain (voir Mt 27,54 et Marc 15,39) Le « messie » ne correspond pas aux images de toute puissance que Pierre et nous-mêmes nous faisons d’un Dieu qui vient arranger nos problèmes de l’extérieur. Nous devons nous convertir à ce que Jésus  nous en révèle. En disant que la toute puissance de Dieu est celle de l’Amour nous nous rapprochons de l’évangile : une vraie conversion jamais totalement acquise. Nous ne naissons pas chrétiens, nous devons le devenir en allant d’étape en étapes. C’est la Deuxième partie de l’évangile : accepter de passer par la mort à soi-même.

2) « Celui qui veut sauver sa vie la perdra,  mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera ». Ici commence l’application à chacun d’entre nous de la nouveauté apportée par Jésus et concernant notre vie, notre mort, notre résurrection.

Notre vie n’est pas à nous, nous en sommes les gérants. Dans la phrase : «  Celui qui veut sauver sa vie », il n’y a qu’un sujet : « moi » et « ma » vie que je traite comme un objet qui m’appartient. Dans la phrase suivante : « qui perd sa vie à cause de moi la gardera », il y a Jésus entre « ma vie » et « moi »il y a un inter-dit, (une parole qui me signale une impasse) une parole de Jésus qui m’invite à ne pas rater ma vie en la menant à ma guise. Qu’est-ce qu’il me dit ? : « si tu n’apprends pas à aimer pendant ta vie, tu la perds », tu es un homme  mort !  et aussi  « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Notre mort : « Laissez les morts enterrer les morts ! » Comment peut-on enterrer quelqu’un si on est mort ? Nous voyons bien, ici encore l’ambiguïté des mots ! Le mot « mort » n’a pas le même sens dans la même phrase ! Ce que nous appelons habituellement notre mort,  Jésus l’appelle sommeil (voir saint Jean 11). Notre mort n’est pas la fin de tout, elle est un passage, une pâque, vers une vie radicalement nouvelle mais qui commence- ou pas-dès maintenant. Les épreuves de notre vie (maladies, mésententes, incompréhensions, accidents, guerres…) peuvent prendre un sens nouveau si nous les vivons comme Jésus a vécu les siennes pas seulement lors de sa Passion mais toute sa vie ! « Il est passé en faisant le bien ». Il l répond au mal en faisant le bien. Sur la croix, il a pardonné à ceux qui l’insultaient, lui crachaient dessus, le tuait lentement !  Du coup, la croix ignominieuse est devenue croix glorieuse parce qu’elle n’expose pas la mort d’un vaincu mais celle  d’un vainqueur. Le Mal le plus haineux et violent n’a pas réussi à entamer l’Amour divin qui demande à son Père : « pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Et c’est alors que le centurion romain s’écrie : « vraiment cet homme était le Fils de Dieu » Mt 27,54). C’est la même profession de foi que celle de Pierre mais non plus  dans un contexte d’honneurs  humains mais  devant la mort divinement humaine de Jésus, «  mort » qui ne l’a pas tué puisqu’il continue d’aimer ! Désormais le secret messianique est levé. Comment ne pas penser aux victimes d’Irak, de Syrie, d’ailleurs… aux persécutés qui gardent la foi ? À tous ceux qui, peut-être nous, acceptons des humiliations dans la foi, sans répondre au mal par le mal mais en priant pour nos ennemis »

Notre résurrection : Le grand changement que Jésus nous apporte, concernant notre résurrection, c’est qu’elle doit commencer dès que possible et non pas seulement  après la mort. Ressuscitera de notre vie ce qui est humainement  divinisable,  ce qui est déjà vécu ici-bas avec la force de l’Esprit. Quoi ? Par exemple le pardon… Entendons-nous bien, n’est pardonné que l’impardonnable sinon, il s’agit d’excuses. C’est ce que le pape François a demandé au peuple de la Corée du Sud. Le journal La Croix rapporte ce témoignage d’un sud coréen, après l’homélie du pape : « Je ne peux pas pardonner aujourd’hui (à ceux qui ont fait mourir de faim plusieurs membres de ma famille) mais je vais prier pour y arriver ». Notre foi ne s’appuie pas sur un conte de fée mais sur la puissance de la Résurrection toujours active et qui, c’est notre espérance, vaincra le Mal.

Pour terminer, je voudrais citer encore un autre témoignage, celui d’un médecin de Gaza le Dr Abuelaish Izzeldin qui a vu mourir plusieurs de ses enfant et nièces dans sa maison bombardée et qui a écrit un petit livre traduit en français sous le titre « Je ne haïrai point ». Mais c’est un musulman ! Il n’est pas chrétien ! Le centurion romain non plus n’était pas chrétien. Jésus ressuscité agit dans le monde, aujourd’hui, pas seulement dans l’Église mais dans le monde. Jésus, merci, tu es le Sauveur du monde, merci de nous avoir donné la Vie. Frères et sœurs, entrons maintenant dans l’action de grâce, dans l’eucharistie.