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Abbaye de Tamié

Homélie TO 26

Par Frère Patrice
croix - arcabas
26ème dimanche du temps ordinaire

1ère lecture : Dieu nous appelle chaque jour à nous convertir (Ez 18, 25-28)
Lecture du livre d'Ezékiel
Parole du Seigneur tout-puissant : Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur est étrange. » Écoutez donc, fils d'Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N'est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c'est à cause de sa perversité qu'il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu'il a ouvert les yeux, parce qu'il s'est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.

 Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Souviens-toi, Seigneur, de ton amour.

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m'oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

2ème lecture : L'unité dans l'amour à la suite du Christ (Ph 2, 1-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens
Frères, s'il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage dans l'amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus :
Lui qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu'au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l'abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

 

Evangile : Se convertir non en paroles, mais en actes (Mt 21, 28-32)   Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd'hui ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. Alléluia. (Ps 94, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne.' Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas.' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur !' et il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ».
Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »

© AELF - Paris1980

 Homélie

Les enfants tiennent une grande place dans nos vies et aussi dans la Bible. Les évangiles commencent avec la naissance d’un enfant et se terminent par la mort de ce Fils Unique. Et combien de récits de l’Ancien ou du Nouveau Testament nous parlent de la venue au  monde, de la jeunesse et parfois aussi de la mort de tant d’enfants qui suscitent autant de joies que de cris ou d’appels à l’aide à Dieu et à Jésus.

Mais ce matin Jésus nous demande de porter notre attention sur un homme qui avait deux fils. Deux fils ! Une bénédiction, mais aussi la source de bien des soucis...

Et la Bible nous en donne pas mal d’exemples : Caïn et Abel deux frères dont l’un  va tuer l’autre, Jacob et Ésaü deux frères dont l’un va usurper le droit d’aîné de son frère en abusant de la cécité de son père, deux autres frères sans nom dont l’un dilapide l’héritage de son père alors que l’autre reste « sagement » à la maison, et ce matin deux frères sollicités par leur père pour aller travailler à sa vigne.

Qu’ont-ils donc tous en commun ces deux fils ?

Ils ont tout d’abord cette liberté que Dieu leur a donnée en les créant, liberté d’agir ou de rester immobile, liberté d’accepter ou de refuser. Et Dieu donne cette liberté avec beaucoup de délicatesse. J’aime bien ce petit passage du 1er livre des Rois où Élie en passant sur le chemin  propose à Elisée de le suivre. Ce dernier marque un très court instant d’hésitation, et Elie rétorque aussitôt : va, retourne, que t’ai-je donc fait ?

 Dieu agit ainsi avec nous ! Il nous tend des perches, mais n’insiste jamais.

 Mais en créant un être libre, Dieu sait très bien qu’il y aura inévitablement une tragédie, car l’homme à un moment donné veut se créer lui-même, il refuse de se résigner à reconnaître qu’il a été créé par un autre. Il agit alors sans mesurer la portée de sa décision !

Ils ont ensuite en commun d’une certaine façon de s’être marginalisés  et de se trouver ainsi dans un état de solitude, de dépérissement avec le sentiment d’avoir perdu leur propre filiation et lien qui les réunissait à leur père ou à leur frère ou à leur communauté de vie.

 Ils ont enfin en commun de n’avoir pas accepté de coller tout simplement à ce que Dieu a choisi pour chacun d’eux et à préférer le destin de l’autre. Il leur a manqué cette réflexion que nous devrions souvent nous faire avant d’agir ou de prendre des décisions : « quelle  est la volonté de Dieu sur moi en ce moment » ?

Pourquoi jalouser l’autre, alors que Dieu m’a tout donné pour être heureux comme je suis ?

S’arrêter là serait tronquer complètement l’évangile. Car il y a une autre chose que tous ont en commun et qui est peut-être la plus belle : c’est que tous reconnaissent qu’ils ont fait fausse route et qu’ils ont besoin du pardon pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases.

Dieu est un peu dur avec Caïn, mais il met sur lui un signe qui le protègera de tous ceux qui en voudraient à sa vie, de façon à ce qu’il puisse repartir sur une nouvelle base.

Jacob a peur des représailles de son frère, mais n’aura de cesse après un mémorable combat dans la nuit, de tout mettre en œuvre pour lui demander pardon. Et faire alliance.

Le fils prodigue connaît la nuit des sens, qui l’amène à demander et à trouver le pardon de son père!

Et nos deux fils à qui leur père avait demandé d’aller  travailler à sa vigne ? Il est sûr que l’un a réfléchi et a été capable de changer d’avis et d’accepter ce qu’il avait initialement refusé…alors que l’autre par jalousie n’a peut-être pas voulu aller travailler avec son frère ?

Mais peut-être que ce frère, tout comme le frère aîné du fils prodigue, n’existe pas, ou s’il existait il nous montrerait qu’on ne peut pas vivre dans un porte à faux perpétuel !

Alors que faire de cette parole un peu dure de Jésus qui nous dit que les publicains et les prostituées sont capables de repentir et donc de conversion pour prendre une nouvelle voie ? Elle nous dit, à l’image de la vie de tous ces fils, que beaucoup de ceux qui se sont mis dans une situation douteuse découvrent un jour que Jésus les prend en considération, qu’il leur propose la chance d’une vie nouvelle par la conversion, clé de la vie en Dieu…alors que certains qui ne se sont pas mis dans une situation douteuse passent à côté de la chance d’une nouvelle conversion  et donc d’une vie nouvelle en Dieu. Ils s’installent dans une rigidité et une conformisme aveugles.