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Abbaye de Tamié

Homélie TO 18

Homélie de Fr. Patrice
croix - arcabas
18ème dimanche du temps ordinaire

Jésus nourrit la foule (Mt 14, 13-21)   Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu   Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l'écart. Les foules l'apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : « L'endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu'ils aillent dans les villages s'acheter à manger ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les moi ici. » Puis, ordonnant à la foule de s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

Homélie

Bien sûr, vous l’avez sûrement entrevu, nous avons dans cet évangile un texte qui ne peut pas ne pas nous rappeler l’eucharistie. Pour ceux qui sont un peu plus familiers avec la bible parce qu’ils la lisent ou qu’ils vont parfois à  la messe en semaine et qu’ils entendent des passages un peu inhabituels, c’est l’image de la manne que Dieu faisait tomber au désert quand son peuple était dans l’exode vers la Terre promise. Il faut repenser cela pour comprendre notre évangile.

Un peuple, en marche, qui est dans le désert, qui souffre, qui a faim et qui, de ce fait à tout pour apprécier la valeur du cadeau qui va lui être fait par Dieu. Et ce matin on a un  peuple, venu de partout suivre Jésus dans le désert, dont certains membres comme Jésus et ses disciples ont souffert peu avant en vivant le martyr de Jean-Baptiste et qui, le soir venu, a faim. Une faim d’où naît le désir et qui donne toute sa valeur à ce que l’on reçoit.

Je voudrais vous faire comprendre l’importance du désir de recevoir cette nourriture en prenant deux images.

D’un part j’ai lu ces derniers mois un reportage sur des agences de voyage qui vous proposent un dépaysement garanti…pour un montant exorbitant lui aussi garanti, qui vous conduisent en plein milieu du désert avec un guide qui vous fait croire à un moment donné que vous êtes perdus, pour découvrir de l’autre côté d’une dune de sable un repas plantureux servi avec du champagne bien frais. Ont-ils vraiment faim ces touristes de luxe ?

De l’autre vous avez sûrement entendu parler de ces couloirs humanitaires qu’on a ouverts en Syrie, qu’on a ouvert dans la bande de Gaza et dont le but, outre l’évacuation des malades est surtout de donner à manger à ces populations affamées. Ils avaient et ils ont vraiment faim et attendent tout de la Providence.

Et si j’ai pris cette dernière image, c’est aussi parce qu’elle souligne l’aspect communautaire. D’une part, c’est toute une communauté (formée comme nous ce matin d’hommes et de femmes venus de partout) qui souffre de la faim, et d’autre part c’est tout un groupe d’hommes qui se met à leur disposition. Le miracle de la multiplication des pains est le seul miracle que Jésus n’opère pas seul. Il associe ses  disciples, comme pour bien souligner que l’eucharistie est un acte communautaire où chacun a sa place et où chacun reçoit ce qu’il lui faut. Petit trait amusant par ailleurs, c’est qu’au début on nous parle de poissons…et que ceux-ci se volatilisent. Peut-être pour marquer que l’essentiel c’est le partage du pain.

Mais il faut aller  plus loin. Jésus donne le pain aux disciples et ceux-ci le donnent à la foule. Le mystère de l’eucharistie c’est justement de nous ouvrir à la présence de Jésus, sous la forme du pain, et de la faire circuler entre nous. Un peu comme ces hommes et femmes dans les camps de concentration qui se faisaient circuler d’infimes morceaux d’un pain qui avait été consacré. Et non seulement personne n’en est exclu, mais tous reçoivent ce qu’il faut, sans distinction de sexe ou d’âge : les hommes, les femmes et les enfants. Notre communion c’est toujours la communion de toute l’Église (représentée par la foule)…et c’est pourquoi nous pouvons venir communier si nous n’avons aucun sentiment sensible, car notre communion est celle de l’Église entière.

Mais que se passe-t-il en nous-mêmes ? Là aussi est le grand mystère, et je ne prétends pas l’expliquer ! Je ne peux que vous donner deux ou trois pistes de réflexion.

Je reprendrai pour cela une expression de St Augustin qui nous dit que quand nous mangeons Dieu, c’est nous qui sommes mangés en lui. Je le cite, dans son merveilleux ouvrage que sont ses Confessions ( VII, x ) :

« Tu me mangeras et tu ne me changeras pas en toi comme l’aliment de ta chair, mais c’est toi qui sera transformé en moi ».

Mais pour l’illustrer et la comprendre, je reprendrai une image chère aux mystiques. Ils prennent l’image du bois, même vert ou mouillé, que l’on jette au feu. Et peu à peu la chaleur et l’incandescence du feu se propage à ce bois vert et lui donne de devenir à son tour un feu dévorant. Tu dois être transformé en moi dit encore St Augustin. Tout comme nous sommes transformés, parfois à notre insu, par ceux qui vivent à nos côtés.

Il faut que Dieu soit dans notre cœur, qu’il vive en nous, que nous soyons nous-mêmes des tabernacles. À quoi cela sert-il que Jésus soit dans des tabernacles en bois ou en pierre comme celui-ci, si nous n’en vivons pas ? Car les vrais tabernacles, c’est nous-mêmes.