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Abbaye de Tamié

Marie en sa Conception Immaculée

Homélie de Fr. Antoine
vierge visage - arcabas

Fête de Marie en sa Conception Immaculée

Dans son exhortation sur la Joie de l’Évangile, le pape François demande aux prédicateurs que leurs homélies ne soient pas trop longues (ni cours ni conférence) avec une idée, une image et un sentiment.

Une idée : Elle nous est donnée par l’intitulé de la fête de ce jour : « immaculée conception ». Le mot « immaculé » n’a qu’un sens : sans tache. Le mot « conception » en a plusieurs : il y a la conception biologique, le début d’un embryon (d’où la confusion fréquente entre la conception virginale et l’immaculée conception). Il y a aussi la conception intellectuelle, avoir un projet dans sa tête (Arcabas a conçu le tableau qui représente N.D. de Tamié avant d’avoir posé son pinceau sur la toile). Il y a encore la « conception au sens biblique » dont nous parle la deuxième lecture de la messe : « Dieu nous a choisis en Christ avant la création du monde pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables. Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ ». Ainsi, dans ce troisième sens du mot « conception », Marie, sainte et irréprochable, « pleine de grâce » représente l’Église, cette part d’humanité qui accepte le projet du Père. Parler de Marie immaculée c’est donc parler aussi de nous, de notre identité, de fils de Dieu, de notre vocation éternelle. Notre vie en Dieu a commencé bien avant notre naissance et se poursuivra après notre mort. C’est là un élément distinctif du christianisme. Dieu veut faire alliance avec l’humanité et ce qu’on appelle « le salut » c’est la réussite de la création, la réussite de notre vocation en Dieu. Mais cette alliance n’est pas automatique, les hommes sont libres d’accepter ou pas. En contre-point de Marie qui représente l’Église, il y a Adam et Ève (première lecture) qui symbolisent le commencement de chaque homme, dans le temps de l’histoire, marqué par le désir d’autonomie par rapport à Dieu et donc d’autosuffisance (c’est ce que la tradition appelle le péché originel).

Une image : Prenons celle qu’a choisie Jésus pour parler de la foi en Luc 17, 6 : un arbre qui se déracine de sa terre d’origine pour aller se planter dans la mer, par la seule confiance en la parole de Dieu ! Un déplacement non seulement impossible mais dangereux car la mer représente les forces du mal ! Quel lien avec l’immaculée conception ? La confiance totale de Marie et de ceux qui, comme elle, écoute la parole de Dieu en Jésus et la mettent en pratique (voir Luc 8, 21). Grâce à la foi, notre vie humaine peut être plus forte que le mal environnant qui la menace. Cela est vrai de Marie qui a su se comporter sans péché devant la haine, la bêtise, la méchanceté, le péché de ceux qui tuent son fils mais c’est vrai aussi, aujourd’hui, pour les disciples qui vivent la foi dans des conditions tragiques de persécution. Le péché (au singulier) est l’absence de foi, avant d’être des manquements à une Loi. C’est vrai aussi pour chacun d’entre nous qui voulons être fidèles à l’Alliance proposée par Dieu d’être ses fils, des frères de son propre Fils en accueillant l’Esprit d’amour qui les unit.

Un sentiment : En célébrant la fête de l’Immaculée Conception de Marie, je n’ai pas le sentiment de me trouver devant un dogme incompréhensible. La fête que nous célébrons n’est pas une spécialité des théologiens et de ceux qui n’ont, semble-t-il, rien d’autre à faire que de s’intéresser à un monde irréel, loin de nos préoccupations quotidiennes urgentes. Le sentiment qui m’habite est celui de la joie d’être sauvé, du salut du monde qui réussira selon le projet éternel de Dieu, le mal sera vaincu. Il l’est déjà, en partie, avec ceux qui vivent les béatitudes. Là où est le péché, la grâce a surabondé. Ce sentiment de joie, nous le chantons chaque jour en ce temps de l’Avent : « Marie, le sang du Christ la rachète mais elle en est la source ». C’est cette joie que le pape François nous demande d’annoncer.