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Abbaye de Tamié

Homélie Pâques 7

Par Frère Patrice
croix - arcabas

7ème dimanche de Pâques

 Les disciples réunis dans la prière après l'Ascension (Ac 1, 12-14)   Lecture du livre des Actes des Apôtres  
Les Apôtres, après avoir vu Jésus s'en aller vers le ciel, retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem, qui n'est pas loin, la distance ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.)
Arrivés dans la ville, ils montèrent à l'étage de la maison ; c'est là qu'ils se tenaient tous : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

 

La grande prière de Jésus : "Père glorifie ton Fils" (Jn 17, 1-11a)   Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  
À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie.
Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'œuvre que tu m'avais confiée.
Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde.
J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole.
Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m'as donné vient de toi,
car je leur ai donné les paroles que tu m'avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d'auprès de toi, et ils ont cru que c'était toi qui m'avais envoyé.
Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

  Homélie

  Ce dimanche nous avons les lectures tirées des Actes de Apôtres et l’Évangile de St Jean qui toutes les deux nous parlent, à leur façon, de l’absence de Jésus et de la prière.

Dans les Actes des Apôtres on nous dit que, après l’Ascension de Jésus, les Apôtres et la Vierge Marie avec quelques compagnes se rassemblent pour prier. Pourquoi ce rassemblement et cette prière ? Parce qu’ils ressentent fortement l’absence de Jésus. Normal en un certain sens quand on a passé tant d’années ensemble.

Regardez les affluences aux sépultures : même si la prière semble parfois loin des lèvres de certains, (mais cela semble !), il y a un besoin de se réunir et de prier ensemble.

Et pourtant Jésus leur avait dit «  je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ». Et sur la croix il avait donné une mère au disciple et un fils à sa mère : quel gage ! On ne peut faire mieux. Il les avait donnés tout comme un époux dit à son épouse  ou une mère à son fils«  je serai toujours avec toi ». Ces paroles qui ont permis à tant d’hommes et de femmes séparés par la guerre ou les enlèvements, de tenir bon dans l’épreuve.

Oui les Apôtres ressentent durement l’absence de Jésus …mais ils oublient que Jésus a lui aussi ressenti cruellement leur absence au Mont des Oliviers alors qu’il était en agonie, ou au moment où il était dans la cour des gardes et où Pierre ne veut pas le reconnaître, ou lorsqu’il porte sa croix et que seule sa  mère le suit ?

Sommes-nous conscients de ce que Jésus peut ressentir quand nous l’oublions, l’abandonnons, le délaissons ?

C’est cette absence qui provoque la prière. Ce récit des Actes souligne que foi et prière se renforcent lorsqu’il y rassemblement pour prier. Pourquoi nous nous rassemblons ici ce matin ? Pour donner force à notre prière qui ne serait pas la même si nous étions seuls chacun dans notre coin. Et l’Eglise qui naît de ce partage nous apporte beaucoup à chacun de nous. Le Père Congar, qui fut un grand théologien du Concile Vatican II, nous parle de la foi construite par l’atmosphère des églises qui dégagent la présence mystérieuse de Jésus parmi nous. Je suis toujours frappé par tous ces gens qui passent par notre église, au hasard de leur promenade, et qui s’arrêtent, saisi d’une certaine façon par le mystère de la présence de Dieu qui se dégage de ce lieu !

Un très beau texte de Vatican II, Gaudium et Spes, (Joie et espérance) nous dit que l’Église est communion « Dieu n’a pas crée les hommes pour vivre en solitaires, mais pour s’unir et avoir des relations. De même il n’a pas voulu sanctifier les homme isolément, hors de tout lien naturel : il a voulu en faire un peuple qui se rassemble ».

Les Apôtres et la Vierge Marie prient. Et Jésus ? Lui aussi, il  prie nous dit Saint Jean. Il prie ? C’est banal de le dire. Mais comment prie-t-il et pourquoi prie-t-il ?

Il prie parce qu’il aime son Père. Qu’est-ce que ca veut dire ? Aimer c’est avoir confiance, une confiance totale de l’autre. Allez-vous confier quelque chose de personnel ou une démarche très importante  à quelqu’un que vous n’aimez pas, ou en qui vous n’avez pas confiance ? Non, surement pas ! Il y a ce lien d’amour indéfectible entre Jésus et son Père, grâce à l’Esprit-Saint que nous allons fêter dimanche prochain. Et ce lien d’amour est d’autant plus grand qu’il est totalement désintéressé. J’aime bien cette image empruntée par un vieux mystique pour illustrer ce que peut être la prière, et  qui parle d’un homme qui saisit une chandelle pour chercher dans la nuit ce qu’il a perdu, et quand il l’a trouvé il jette la chandelle ! Non Jésus n’est pas comme nous qui, souvent, le mettons de côté quand nous avons obtenu ce que nous cherchions : il reste fidèle dans l’amour de son Père.

Mais Jésus prie aussi parce qu’il aime tous ceux que le Père lui a confiés. Ce qu’il y a d’inouï dans la prière de Jésus, c’est que Jésus n’y est pas seul. Il a gardé des attaches dans le monde qu’il quitte : ses disciples. Et il les emmène avec lui dans la prière. Jésus prie pour tous ceux qui le cherchent, qui sont disposés à l’entendre. Il demande à son Père de nous  sanctifier, c’est-à-dire de nous faire passer dans le monde de Dieu et nous arracher à cet isolement qui nous recroqueville sur nous-mêmes et nous maintient loin de Dieu, et donc loin des hommes. Comment peut-on aimer Dieu et le prochain, si nous sommes recroquevillés sur nous-mêmes ?

 

Cela me rappelle ce mot de Thérèse de Lisieux qui disait que nous ne saurons  qu’au ciel combien de gens ont prié pour nous sans que nous le sachions.

Alors prions, faisons honneur à ce et auteur ancien de l’épitre à Diognète « si noble est le poste que Dieu a assigné aux chrétiens, qu’il ne leur est pas possible de le déserter ; car ils sont l’âme du monde et ils demeurent au cœur du monde ».