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Baptême du Seigneur

Sermon de st Bernard
blason clairvaux
Extrait d’un sermon de saint Bernard
pour le dimanche dans l’octave de l’Épiphanie

« Il faut que nous accomplissions toute justice » (Mt 3,15).

Jésus se présenta au baptême à l’âge de trente ans et vint courber, sous la main de Jean-Baptiste, un front qui fait trembler les Puissances et que les Principautés adorent. Qui ne tremblerait lui-même à cette seule pensée ? Ô qu’elle paraîtra élevée au jugement dernier, cette tête qui s’incline ainsi en ce moment ! Combien ce front, si humble à cette heure, paraîtra élevé et sublime alors ! « Laisse-moi faire pour cette heure, dit-il, car c’est ainsi qu’il faut que nous remplissions toute justice » (Mt 3, 15). Ainsi, celui qui n’est venu que dans la plénitude des temps et en qui habite la plénitude de la divinité, ne sait qu’une chose : tout remplir.

Il y a deux justices, l’une stricte et rigoureuse, elle consiste à ne point se préférer à ses égaux et à ne point s’égaler à ses supérieurs. On la définit, une vertu qui consiste à rendre à chacun ce qui lui appartient.

Il y en a une autre plus grande et plus large qui consiste à ne point nous égaler à notre égal, en même temps que nous ne nous préférons point à notre inférieur. C’est le propre d’un orgueil aussi grave qu’excessif de se préférer à ses égaux ou de s’égaler à ses supérieurs, et celui d’une grande humilité de se mettre au-dessous de ses égaux et de s’égaler à ses inférieurs.

Mais le comble de la justice est de se placer au-dessous de ses inférieurs. De même que c’est le fait d’un souverain et intolérable orgueil de se préférer à ses supérieurs, ainsi est-ce le comble et la plénitude de la justice de se mettre au-dessous de ses inférieurs mêmes. Quand saint Jean dit à Notre Seigneur : « C’est à moi plutôt de recevoir le baptême de tes mains » (Mt 3, 14), il fait acte de la première sorte de justice, puisqu’il se place au-dessous de son supérieur, mais ce que fait Jésus Christ est le comble de la justice, puisqu’il s’abaisse sous les mains de son serviteur.

Que chacun voie maintenant quel modèle il doit préférer, de celui-là ou de celui-ci, qui est élevé au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré comme Dieu (Th 2, 3). Efforçons-nous, mes frères, de remplir toute justice, car la justice est la voie qui conduit à la joie. La joie est la récompense, la justice en est la source et ce qui la mérite. C’est en effet de la justice que naîtra notre joie, quand apparaîtra le Christ qui est notre vie et que nous paraîtrons avec lui dans la gloire, attendu qu’il a été fait lui-même notre justice par son Père. Heureux ceux qui, dès maintenant, trouvent dans la justice, une source de joie, qui tressaillent de bonheur dans leur conscience, parce qu’ils sucent le miel délicieux qui coule de la pierre, et mangent l’huile des oliviers qui poussent dans les rochers les plus durs (Dt 32, 13).

Maintenant, il est vrai, la justice semble laborieuse et pénible, mais il viendra un temps où elle sera désirée et possédée, aimée et reçue sans aucune peine, dans une douceur et un bonheur complets, alors que nous serons en possession de la justice même. Mais malheur à ceux qui s’écartent de la route, qui se détournent de la justice, pour se mettre à la recherche d’une joie vaine et passagère. Car s’ils demandent du bonheur aux choses qui passent, il ne peut que passer avec elles, lorsqu’elles passeront elles-mêmes, de même que le feu s’éteint quand le bois qui l’alimente est consumé, ainsi en est-il de ce bonheur, nul n’en peut douter, lorsque le monde avec toutes ses concupiscences, est passé.