Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié

Homélie Carême 4

Par Frère Patrice
christ en bois

4ème dimanche de carême

1ère lecture : La colère et la miséricorde du Seigneur manifestées par l’exil et la délivrance du peuple (2 Ch 36, 14-16.19-23)  
Lecture du deuxième livre des Chroniques
En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. Le Seigneur, le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers, car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure. Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ; finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabucodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposera durant 70 ans, jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos tous les sabbats profanés.

Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume - et même consigner par écrit - : « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! »

 

Psaume : 136 (137)

R/ Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir !

Au bord des fleuves de Babylone
nous étions assis et nous pleurions,
nous souvenant de Sion ;
aux saules des alentours
nous avions pendu nos harpes.

C’est là que nos vainqueurs
nous demandèrent des chansons
et nos bourreaux, des airs joyeux :
« Chantez-nous, disaient-ils,
quelque chant de Sion. »

 

Comment chanterions-nous
un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?
Si je t’oublie, Jérusalem,
que ma main droite m’oublie !

Je veux que ma langue
s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem
au sommet de ma joie.

2ème lecture : « Morts par suite des fautes, c’est bien par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2, 4-10)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens
Frères, soeurs Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.


 « Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 14-21)
Acclamation :    

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !  Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !

 Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

 

© AELF - Paris 2013

Homélie


Ce matin l'évangile nous invite à regarder, à prendre du temps pour regarder, nous qui généralement ne savons pas prendre le temps pour regarder autour de nous, pour faire attention !

Regarder quoi ?

Un serpent de bronze ? Cela parlait au temps de Moïse ; mais aujourd'hui cela ne nous dit plus rien, sauf pour ceux qui ont une grande culture religieuse.

De même Jésus demandait : "Qu'êtes-vous allé voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ?" Mais cela ne nous parle pas plus aujourd'hui, même si c'est une image !

Alors êtes-vous allé regarder une croix plantée en terre ? Mais l'image ne nous parle pas beaucoup plus, alors qu'à une certaine époque des gens se précipitaient pour voir un condamné monter sur l'échafaud ou sur la guillotine !

Par contre, si on vous dit que les djihadistes vous montrent les photos d'exécutions ; si vous regardez les images de ces défilés de ces condamnés que l'on a vêtu de noir ou d'orange, qui marchent vers le lieu de leur exécution, ou si vous contemplez l'icône peinte à la suite de l'exécution toute récente des coptes syriens, alors cela vous parlera, car c'est ce que nous vivons de nos jours.

Alors nous pouvons coller sur ces images celle de ce Dieu de la Bible qui acquiert sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance, par sa faiblesse. Oui, nous pouvons regarder la croix, car c'est bien d'elle qu'il est question ! Et nous pouvons la regarder de deux façons : soit en en faisant le symbole de la haine et à la cruauté de l'homme, soit en en faisant l'emblème de la douceur et de l'amour du Christ. On ne voit bien qu'avec les yeux du coeur disait le Petit Prince.

Mais il ne suffit pas de regarder !

Il faut savoir « entendre » le message qui nous est adressé. Car la croix parle et Jésus a parlé sur la Croix. Elle est le moment où l'appel de Dieu se fait le plus pressant. Et non seulement il se fait plus pressant, mais il montre qu'il est toujours actuel et c'est peut-être pour cela que la croix a été ôtée de bien des lieux, afin d'en écarter le message ! On peut comprendre l'appel de Dieu de manière statique, comme un évènement qui appartient au passé. Alors qu'en fait toute la beauté de l'appel de Dieu c'est qu'il est de tous les jours. Mais c'est là aussi tout un mystère : quel est donc ce Dieu qui appelle d'un côté et qui d'un autre côté laisse l'homme échapper à sa poursuite ?

Alors si nous ne voulons pas entendre, car peut-être sommes nous sourds plus ou moins volontairement, peut-être accepterons-nous de nous laisser illuminer ? Car la lumière est venue dans le monde nous dit St Jean, et toute conversion commence toujours par une illumination. Parfois par un aveuglement, comme celui que St Paul avait vécu lorsque Dieu se manifeste à lui. Vous savez bien ce que c'est d'être subitement aveuglé devant le soleil ! Mais un aveuglement qui était là pour faire écran à tout un passé et préparer les yeux à contempler l'illumination. Mais combien de gens qui ont été illuminés à un moment d e leur vie, en gardent ces traces indélébiles qu'on peut lire sur leur visage. Alors que d'autres laissent cette lumière s'éteindre. J'aime beaucoup cette image employée par un auteur mystique qui dit que certaines personnes utilisent Dieu comme une chandelle qu'on utilise pour éclairer le chemin et qu'on jette dès qu'on n'en a plus besoin.

Regarder, entendre, voir autant de sens que notre intelligence et notre coeur mettent à contribution pour croire. Croire : ce mot revient 5 fois dans notre passage d'évangile, sans pour autant nous donner la clef miracle pour y parvenir !

Alors, nous pouvons peut-être la demander à Saint Bernard qui nous dit que consentir c'est être sauvé ! Croire, c'est peut-être consentir à se laisser aimer et saisir par un Dieu qui est amour et dont on ne doit pas craindre le jugement. Comment en effet craindre le jugement quand on est jugé par son propre ami ? Consentir c'est abandonner toutes ses défenses, c'est faire confiance, c'est suivre...