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Abbaye de Tamié

Homélie - Sainte Famille

Par Frère Patrice
nativité  image

Fête de la Sainte Famille de Nazareth
Jésus Marie Joseph


Première lecture    « Ton héritier sera quelqu’un de ton sang » (Gn 15, 1-6 ; 21, 1-3)
Lecture du livre de la Genèse
En ces jours-là,
la parole du Seigneur fut adressée à Abram dans une vision :
« Ne crains pas, Abram !
Je suis un bouclier pour toi.
Ta récompense sera très grande. »
Abram répondit :
« Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ?
Je m’en vais sans enfant,
et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas. »
Abram dit encore :
« Tu ne m’as pas donné de descendance,
et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. »
Alors cette parole du Seigneur fut adressée à Abram :
« Ce n’est pas lui qui sera ton héritier,
mais quelqu’un de ton sang. »
Puis il le fit sortir et lui dit :
« Regarde le ciel,
et compte les étoiles, si tu le peux... »
Et il déclara :
« Telle sera ta descendance ! »
Abram eut foi dans le Seigneur
et le Seigneur estima qu’il était juste.
Le Seigneur visita Sara
comme il l’avait annoncé ;
il agit pour elle comme il l’avait dit.
Elle devint enceinte,
et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse,
à la date que Dieu avait fixée.
Et Abraham donna un nom
au fils que Sara lui avait enfanté :
il l’appela Isaac.

Psaume : 104 (105)

R/ Le Seigneur, c’est lui notre Dieu ;
il s’est toujours souvenu de son alliance.

Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ;
chantez et jouez pour lui,
redites sans fin ses merveilles.

Glorifiez-vous de son nom très saint :
joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !
Cherchez le Seigneur et sa puissance,
recherchez sans trêve sa face.

Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
de ses prodiges, des jugements qu’il prononça,
vous, la race d’Abraham son serviteur,
les fils de Jacob, qu’il a choisis.

Il s’est toujours souvenu de son alliance,
parole édictée pour mille générations :
promesse faite à Abraham,
garantie par serment à Isaac.

 

2ème lecture : La foi d’Abraham, de Sara et d’Isaac (He 11, 8.11-12.17-19)
Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères,
grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu :
il partit vers un pays
qu’il devait recevoir en héritage,
et il partit sans savoir où il allait.

Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge,
fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance
parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses.
C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort,
a pu naître une descendance aussi nombreuse
que les étoiles du ciel
et que le sable au bord de la mer,
une multitude innombrable.

Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve,
Abraham offrit Isaac en sacrifice.
Et il offrait le fils unique,
alors qu’il avait reçu les promesses
et entendu cette parole :
C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom.
Il pensait en effet
que Dieu est capable même de ressusciter les morts ;
c’est pourquoi son fils lui fut rendu :
il y a là une préfiguration
.

« L’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse » (Lc 2, 22-40)  

Acclamation :

Alléluia. Alléluia.
À bien des reprises, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ;
à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils. Alléluia. (He 1, 1-2)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse
pour la purification,
les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem
pour le présenter au Seigneur,
selon ce qui est écrit dans la Loi :
Tout premier-né de sexe masculin
sera consacré au Seigneur.
Ils venaient aussi offrir
le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur :
un couple de tourterelles
ou deux petites colombes.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon.
C’était un homme juste et religieux,
qui attendait la Consolation d’Israël,
et l’Esprit Saint était sur lui.
Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
qu’il ne verrait pas la mort
avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.
Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus
pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,
Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller
en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël. »
Le père et la mère de l’enfant
s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
Syméon les bénit,
puis il dit à Marie sa mère :
« Voici que cet enfant
provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.
Il sera un signe de contradiction
– et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – :
ainsi seront dévoilées les pensées
qui viennent du cœur d’un grand nombre. »
Il y avait aussi une femme prophète,
Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
Elle était très avancée en âge ;
après sept ans de mariage,
demeurée veuve,
elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
Elle ne s’éloignait pas du Temple,
servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
Survenant à cette heure même,
elle proclamait les louanges de Dieu
et parlait de l’enfant
à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur,
ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,
rempli de sagesse,
et la grâce de Dieu était sur lui.


© AELF - Paris 2013

Homélie

Au fait, qui suis-je pour parler de la sainte famille et donc de la famille, moi qui n'ai pas fondé de famille ; avec tout juste le fait d'avoir été né dans une famille nombreuse ? Et pourtant l'Eglise nous demande ce matin de contempler la Sainte Famille de Nazareth ! Que voyons-nous au début de l'évangile que nous venons d e lire ?

Trois personnes : Jésus, Marie et Joseph, ça suffit pour former une famille.

Trois personnes qui acceptent la différence de l'autre, je dirai presque le mystère de l'autre. Là commence la vraie vie de famille ! (et aussi la vraie vie de communauté !).

Joseph : il accepte le mystère et pas n'importe lequel ! Le mystère d'avoir une femme qui lui annonce qu'elle est enceinte par l'opération du Saint-Esprit.

Marie : elle accepte l'annonce de l'ange et la fait sienne. Et elle acceptera avec Joseph d'avoir un fils, Jésus, dont elle ne saisit pas tout le mystère qui se révèle au fil des jours et devant lequel elle s'effacera pour lui laisser toute la place qu'il lui faut pour prendre son envol.

Jésus : il est un mystère pour tous ceux qui le côtoient : mais qui c'est donc celui là qui nous parle ? Et il a choisi une famille pauvre.

Une famille où, malgré le mystère, tous acceptent le destin de l'autre et le portent : Joseph doit trouver un lieu pour la naissance puis piloter la fuite en Egypte ; Marie elle suivra Jésus partout où il ira que ce soit à la noce de Cana ou au Calvaire : elle est là. Et Jésus ? II accepte ou il est fier d'être appelé « fils de charpentier ».

Et notre Sainte Famille de Nazareth, a-t-elle eu des beaux exemples qui l'exhortent à mener une vie modèle ?

L'Ancien Testament ne brille pas par les exemples, c'est le moins que l'on puisse dire. Jacob, pourtant un grand patriarche, a connu plusieurs femmes dont Léa et Rachel, sans parler de ses servantes, mais la famille patriarcale n'était pas à la dimension de la famille de nos jours. L'Ancien Testament a aussi son lot de prostituées, et ces « jeux de l'amour » que l'on peut lire par exemple dans divers passages de la Genèse.

Et le Nouveau Testament ? Lui non plus ne brille pas par les exemples. D'ailleurs le terme de « famille» n'y est présent qu'une seule fois ! Mais comme dans l'Ancien Testament nous trouvons tous les incidents de parcours. Ce n'est pas pour rien que St Paul souligne que l'épiscope doit être le mari d'une seule femme, ou que Jésus discute avec une femme adultère. Rien de neuf sous le soleil. Et l'évangile va même plus loin puisqu'il souligne que les relations entre les membres d'une même famille peuvent tourner au vinaigre, que sa famille dit de Jésus qu'il a perdu la tête et même plus qu'il affirme que sa mère et ses frères sont tous ceux qui l'entourent. Belle définition de la famille !

Et pourtant la famille est la dernière cellule accueillante dans ce monde où tout maintenant est déterminé par la finance ou la technologie ; la cellule où l'enfant prépare son entrée dans le monde des adultes.

 

J'ai été frappé un jour par la visite de deux jeunes qui avaient eu un enfant, 8 ans environ, et qui s'étaient séparés. Et pendant qu'ils parlaient je voyais le petit Antoine qui cherchait à prendre la main de ses parents qui étaient à sa droite et à sa gauche, et les tirait de ses deux petites mains. Et tout d'un coup, triomphant, il me dit « regarde papa et maman, ils se donnent la main ». Comme s'il avait réussi à les réconcilier.

Et alors, la famille de Nazareth quelle est-elle de nos jours ?, Elle est là dans ces parents qui jour après jour essaient de se donner ou de se redonner la main. Elle est là dans ces parents qui comme le père de l'enfant prodigue, ou comme le vieux Tobit et sa femme, attendent et fêtent le retour du fils à la maison. Elle est là dans cet attachement de Ruth à sa belle-mère Noémie, toutes deux veuves, et qui ensemble réussissent à repartir dans la vie. Elle est là dans tous ces rassemblements de famille où parents ou grands parents poussent un cri du coeur « pour Noël nous avons pu réunir tous nos enfants ». Mais elle est aussi là dans ces familles qui réussissent à agrandir leur cercle pour accueillir les autres qui parfois frappent à l'improviste tant leur besoin est grand de trouver un accueil sans condition. La famille de Nazareth elle est là, enfin, dans tous ceux qui confiants dans la parole d'espérance de notre pape François, tentent de se réunir après un échec, pour repartir ensemble pour une nouvelle vie. Que celui qui n'a jamais péché leur jette la première pierre.