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Abbaye de Tamié

Homélie TO 24

Par Frère Marco

24ème dimanche du Temps Ordinaire

Première lecture

« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis »

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Rancune et colère, voilà des choses abominables
où le pécheur est passé maître.
    Celui qui se venge
éprouvera la vengeance du Seigneur ;
celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés.
    Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ;
alors, à ta prière, tes péchés seront remis.
    Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme,
comment peut-il demander à Dieu la guérison ?
    S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable,
comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ?
    Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ;
qui donc lui pardonnera ses péchés ?
    Pense à ton sort final et renonce à toute haine,
pense à ton déclin et à ta mort,
et demeure fidèle aux commandements.
    Pense aux commandements
et ne garde pas de rancune envers le prochain,
pense à l’Alliance du Très-Haut
et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Psaume 102 (103)

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour. (Ps 102, 8)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Il n’est pas pour toujours en procès,
ne maintient pas sans fin ses reproches ;
il n’agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

Deuxième lecture

« Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur » (Rm 14, 7-9)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, Sœurs , Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.
 

Évangile

« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois » (Mt 18, 21-35)
Alléluia. Alléluia. Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois.

Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.

 Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

© AELF - Paris 2013

Homélie

 

            Qui est Dieu ? Voilà la question qui a surgi en moi à l’écoute de cet évangile…

 

Qui est Dieu ? Comment donc connaître Dieu ?

 « Nul n'a jamais vu Dieu,
Nul ne sait qu'il est Père,
Mais Jésus nous l'a révélé
Et l'homme apprend qu'il est aimé. »

Oui, « Jésus nous l’a révélé… il nous a révélé que  le Père « souffre une passion d'amour » (Origène) pour l’homme… 

            Oui, à travers Jésus l’homme apprend qu’il est aimé, aimé jusqu’à l’extrême du Don… le Par-DON !. Non pas sept  fois comme  l’envisageait Pierre avec toute sa générosité, « mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » renchérit Jésus, c’est-à-dire toujours, pas de limite au pardon… Toujours faire à l’autre le Don, offrir le Par-Don.

            Le discours  sur la vie en communauté, sur la vie fraternelle que la liturgie nous a donné d’écouter ces derniers dimanches se termine sur l’appel au Pardon : Pardonner… et pardonner du fond du cœur

…du fond du cœur, cette précision de Jésus n’est pas anodine, elle est même très importante, car le pardon  auquel nous invite le Seigneur c’est le pardon du cœur… du cœur profond, le lieu de nos choix là où nous choisissons de dire « Oui, je veux » ou « Non je ne veux pas »…

Nous pouvons avoir vraiment pardonnéà  telle personne du plus profond de notre cœur et pourtant, notre niveau psychologique, émotionnel, n’est pas totalement dans la paix, milles pensées l’agitent, le  tiraillent,le  bousculent et nous nous désolons car nous avons l’impression de  ne pas avoir pardonné…

            Il est important de ne pas confondre le cœur profond avec notre état émotionnel, ce sont deux niveaux différents… Un peu comme la mer ou l’océan… à la surface ils peuvent être bouleversés par les tempêtes, et  dans les profondeurs il peut y avoir un grand calme …

            À travers la parabole  de ce dimanche Jésus nous assure que le Pardon de Dieu nous est toujours donné : soixante-dix fois sept fois…donné à l’infini.

            Notre Dieu est un Dieu aux entrailles de miséricorde et comme le dit saint Bernard : « Il n’est pas dénué de compassion, puisque rien ne Lui est plus inhérent que d’avoir toujours pitié et de pardonner. » 

            Et le pape François : « Le Seigneur, ne se lasse jamais de pardonner : jamais ! C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon ».

Mais, moi… moi qui vous parle… Est-ce que  mon cœur est toujours ouvert au Pardon… c’est-à-dire à ne pas enfermer l’autre dans le mal qu’il a pu me faire… « je pense aussi que derrière tout conflit relationnel, il y a un pardon qui n’arrive pas à se donner, ou qui se donne de façon incomplète. C'est pourquoi le pardon mutuel est très probablement la condition sine qua non de la paix dans notre vie, et nos communautés, dans nos familles, et dans les couples et même dans  monde. »

              Dans un de ses romans  un ami de la communauté, François Cheng écrit:: « Pardonner. Je crois bien que c’est la seule arme que nous possédions ; c’est notre seule arme contre l’absurde. Chacun de nous a vécu des choses terribles. (…) Nous savons que nous ne pouvons pas agir comme ceux qui nous ont fait du mal. Avec le pardon, nous savons que nous pouvons rompre l’enchaînement des haines et des vengeances. » (Le dit de Tianyi, p. 341-344).

En ce dimanche de la Bonne Nouvelle  du Pardon il est important  de rappeler que «Le pardon n'est pas oubli du passé, il est le risque d'un avenir autre que celui imposé par le passé ou la mémoire » (J. Monbourquette) , davantage encore, le pardon est un acte créateur, recréateur et libérateur qui ouvre un avenir nouveau, non déterminé par le passé.

Je le sais, nous le savons tous, il y a des Pardons qui sont difficiles, il y a des pardons humainement impossibles à donner. Pardonner, est un Don, un Don  à demander. « En effet, le pardon est œuvre de Dieu lui-même !... La grâce peut toujours davantage… »

      C'est pourquoi je ne peux pardonner que si je donne mon cœur à Jésus, lui qui  avant de mourir a prié le Père de pardonner à ses bourreaux… « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »

        " Seigneur Jésus, Tu le sais, moi je suis incapable de pardonner mais TOI, TU es pardon. Je te donne mon cœur Jésus et avec mon cœur pardonne à celui/celle qui m’a fait du mal. Je te demande aussi, Jésus, de les bénir "( Pierre Jarry, prêtre)