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Abbaye de Tamié

Homélie Avent 3

Homélie par Frère Raffaele
3ème dimanche de l'Avent

http://days.pravoslavie.ru/Images/li1722.htm

1ère lecture : « Dieu vient lui-même et va vous sauver » (Is 35, 1-6a.10)
Lecture du livre du prophète Isaïe
Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.

Psaume : Ps 145 (146)

R/ Viens, Seigneur, et sauve-nous !

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur règnera.

2ème lecture : « Tenez ferme vos cœurs car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-10)
Lecture de la lettre de saint Jacques
Frères, Soeurs en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

 

 « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-11)

Alléluia. Alléluia. L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »

 Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »

© AELF - Paris - 2013

Introduction

La liturgie de ce 3e dimanche de l'Avent nous invite à la joie. On l'appelait autrefois le dimanche du Gaudete mot latin qui signifie : réjouissez-vous ! C'était le premier mot de l’Introït, le chant d'entrée, et il donnait le ton à toute la Messe. De plus, dans plusieurs paroisses et plusieurs monastères, le prêtre célébrant, au lieu de la chasuble violette, propre au temps de l'Avent, portait une chasuble rose, peut-être à cause de la rose en fleur attention par le prophète Isaïe dans la première lecture. Oui, si vous y prêtez attention, vous verrez que la joie éclate dans tous les textes de cette Messe.
Avons-nous le droit de proclamer la joie quand nous voyons tant de souffrances dans le monde, autour de nous, peut-être en nous-mêmes ? Pourtant, nous osons le croire, envers et contre tout : «Joie sur terre, l'aube va paraître ; joie sur terre, Dieu vient nous sauver. »
Accueillons avec joie le Seigneur qui vient. Il vient tout d'abord guérir nos blessures et nous offrir le pardon de nos péchés.

Homélie

- « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Dans l'obscurité de sa prison, Jean-Baptiste, le prophète du désert, est assailli par le doute. Il est persécuté parce qu'il a osé dire ses quatre vérités à un roi débauché, et on lui rapporte que Jésus, lui, mange et boit avec des gens de mauvaise réputation. Jean-Baptiste annonçait que le Messie viendrait avec une pelle à vanner pour nettoyer son aire et faire le tri. Jésus, en revanche, pardonne les péchés et offre à tous la miséricorde divine. Le rude prophète avait cru reconnaître le Christ dans le jeune Nazaréen qu'il avait baptisé au Jourdain ; maintenant, il n'est plus si sûr. Aussi lui envoie-t-il des disciples pour poser cette question qui le taraude : « Es-tu celui qui doit venir ? »

Frères et soeurs, le doute qui s'insinue dans le coeur de Jean-Baptiste nous habite, nous aussi. Rien d'étonnant : il ne faut pas nous en choquer. Car Dieu n'a pas fini de nous surprendre : il se révèle toujours autre que nous ne l'attendions. Il est le Tout-Autre. Bien plus, un tel doute est peut-être salutaire, car Jésus lui-même nous a mis en garde contre les faux prophètes et les faux christs, qui se multiplieront surtout à la fin des temps. Nous ne devons pas croire n'importe quel inspiré, n'importe quel gourou. La foi n'est ni naïve ni aveugle, et l'illusion est toujours possible. L'ange des ténèbres aime à se déguiser en ange de lumière.

Quels sont les signes que Jésus nous donne pour nous permettre de discerner à coup sûr sa présence, son Esprit à lui ?

Jésus se contente de répondre aux envoyés de Jean : « Regardez ! » Autour de Jésus on guérit, on ressuscite, les pauvres sont heureux. La réponse est là, dans les faits : un foisonnement de vie nouvelle. En recevant cette réponse de ses envoyés, Jean-Baptiste s'est sûrement souvenu des paroles du prophète Isaïe que nous avons entendues dans la première lecture. Paroles qui annonçaient la venue de Dieu en ces termes : les aveugles voient, les boiteux marchent, les muets crient de joie. Oui, Jésus est bien celui qui doit venir, mais il ne sera pas le Messie justicier annoncé par le Baptiste. Il ne sera pas non plus le Messie conquérant et nationaliste attendu par la plupart de ses contemporains. Jésus va décevoir, et il en est bien conscient : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » Il est si humain, ce Jésus, si proche des pauvres et des pécheurs ; il parle de Dieu comme du Père miséricordieux de tous, y compris les publicains et les prostituées, ou les Romains qui occupent le pays. Cela pose question, déconcerte, irrite même.

Et aujourd'hui, frères et soeurs ? Beaucoup ne regardent plus vers Jésus, comme s'il était révolu. Pourtant, il continue d'agir parmi nous et d'accomplir les mêmes signes qu'il montrait aux disciples de Jean. Oui, frères et soeurs : ces signes s'accomplissent en nous, ici et maintenant. Nos yeux, aveuglés par le doute et les fausses doctrines, sont éclairés par la Parole de Dieu ; la lèpre de nos péchés est purifiée ; nos oreilles s'ouvrent aux détresses de nos frères ; la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres que nous sommes. Pour reconnaître et accueillir Jésus, il faut appartenir à cette catégorie de gens dont il vient d'égrener la liste : les aveugles, les boiteux, les lépreux, les sourds, les pauvres, les morts. Il faut que le pauvre que je suis, moi, reçoive la borine nouvelle ; que l'aveugle en moi s'ouvre à la lumière ; que la lèpre dont je suis moi-même malade soit purifiée. Devant Jésus, le vrai Messie, je me découvre pécheur, mais en même temps pardonné ; malade, mais sur le point de guérir ; mort, mais déjà ressuscité en espérance. C'est cela, la bonne nouvelle de Jésus. C'est lui qui me révèle ma misère, et qui m'offre en même temps sa miséricorde. C'est la seule raison pour laquelle il vient et veut demeurer avec moi. Alors je peux tomber à ses pieds comme saint Pierre, et m'écrier : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » Et je peux entendre sa voix me dire : «N'aie pas peur ! » Là est le signe le plus sûr que c'est bien lui, celui qui doit venir, et qu'il n'y en a plus aucun autre à attendre.

Il vient tous les jours parmi nous, dans chaque eucharistie. La lumière est là, qui éclaire tout homme ; elle vient aujourd'hui encore dans le monde. Elle n'éblouit pas, ne blesse pas. Elle est douce et discrète ; elle réconforte et guérit. Elle nous révèle la beauté et la miséricorde de Dieu qui resplendissent sur la face de Jésus, le vrai, l'unique Christ (2 Co 4, 6).