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Abbaye de Tamié

Homélie TO 26

Par Frère Gaël
Homélie pour le 26ème dimanche du temps ordinaire

À partir de cet évangile je voudrais considérer avec vous trois aspects complémentaires :
1. Le projet de Dieu : « Va travailler aujourd’hui à la vigne. »
2. La réponse de l’humanité : NON – OUI – NON.
3. La réponse de Jésus : OUI – OUI – OUI…


L’idée, ou le fil directeur pourrait s’énoncer ainsi : Dieu voulait aimer en nous ce qu’il aimait en son Fils

1. Le projet de Dieu : « Va travailler aujourd’hui à la vigne. »

Dans la parabole, nous ne pouvons savoir si l’ordre du père de famille concerne les vendanges. Mais pour nous qui sommes au temps des récoltes, nous éprouvons de la joie à faire des bocaux, ramasser les légumes du jardin ou les noix, et nous sentons aussi la fatigue de ce travail.

Dans cette parabole et la suivante, Jésus choisit l’image de « la vigne », et non celle des poissons à pêcher, ou des troupeaux à garder. La vigne a une place de choix dans le langage imagé de la Bible : Israël est ce cep de vigne transplanté d’Egypte en Canaan (Ps 80, 9-12 chanté à vigiles), cette vigne plantée et soignée par le Seigneur (Is 5,1-4). Dans l’Evangile de Jean, Jésus déclare qu’il est lui-même la vigne, et que nous sommes les sarments faits pour vivre en étroite union avec lui (Jn 15, 1-8). Dès lors, si nous sommes - dans le Christ - la vigne du Seigneur, « travailler à la vigne » signifie s’engager pour le Seigneur, travailler à l’œuvre de Dieu. Et nous savons, encore grâce à saint Jean, que « travailler à l’œuvre de Dieu » consiste à croire en celui que Dieu a envoyé, Jésus-Christ (Jn 6,28s), à entrer dans le OUI du Fils de Dieu.

2. La réponse de l’humanité : NON – OUI – NON.

La réponse ambivalente des 2 enfants de la parabole nous rappelle que notre humanité a rompu l’Alliance avec Dieu. Il y a en nous la révolte, le refus de servir Dieu.

¤ Ainsi, le premier fils, interpellé, répond NON ! Mais ce sera OUI dans ses actes.

Beaucoup d’entre nous peuvent sans doute se reconnaître dans cette façon de réagir, soit face à des solliciations ponctuelles, soit dans un engagement de l’existence. Les exemples de l’Evangile sont multiples. Je voudrais rappeler ceux de Zachée et de la Samaritaine, qui ne sont pas des paraboles, mais des histoires réelles : un chef des collecteurs d’impôt, collaborateur des romains, s’est fait une fortune sur le dos de ses compatriotes ; après avoir accueilli Jésus chez lui, il donne la moitié de sa fortune aux pauvres, rend 4 fois ce qu’il a volé. Avec toute sa famille, à l’instant même, il croit en Jésus, et celui-ci déclare que « le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham » (Lc 19, 9). A la femme étrangère qui refuse de lui donner à boire au bord du puits et à qui il révèle ses adultères, Jésus offre l’eau vive de sa grâce. Aussitôt, elle croit en lui, et elle annonce sans peur la venue du Messie aux gens de sa ville. Pour elle, comme pour la famille de Zachée, se réalise la parole d’Ezéchiel entendue dans la 1ère lecture : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. »

¤ Le second fils, lui, a dit OUI… en paroles, mais c’est un NON dans les actes.

En fait, la traduction ne laisse pas percevoir la finesse du texte original qui ne dit pas : « OUI, Seigneur », mais « Moi ? Seigneur. » (Mt 21, 30). Il y a une pointe d’étonnement ou de ruse, qui dissimule mal un refus... Ce refus dans de petits actes peut prendre l’envergure de toute une vie. Ainsi, Jésus disait des pharisiens : « ils disent et ne font pas ». La connaissance de la Loi de Dieu et des prophètes peut être complète, le discours impeccable : les responsables religieux disent OUI à Dieu en paroles. Mais lorsque les prophéties se réalisent, alors se révèle le fond de leur cœur qui est mauvais : à la naissance du Messie, ils sont pris de panique ; lorsque Jésus entre dans son Temple assis sur un âne et acclamé par la foule, après avoir accompli bien des miracles, ils refusent de croire en lui… comme ils ont refusé Jean-Baptiste et la conversion des publicains et des prostituées. Plus grave, ils décident de le faire mourir. Le NON à Dieu, à son projet, est signifié en actes.

Paradoxalement, le NON de l’humanité à Dieu fait apparaître en pleine lumière le OUI de Jésus.

3. La réponse de Jésus : OUI – OUI – OUI…

La suite de mon homélie est sur votre feuille de messe : vous pouvez lire les paroles du chant d’entrée, le tropaire, qui donne le sens ultime de l’Evangile de ce matin. Lisons ensemble les premières lignes, et je commente :

Dans la vigne du Père, le Fils est venu travailler, travailler jusqu’à donner sa vie
= Nous retrouvons la « vigne » comme symbole d’Israël, et du nouvel Israël, l’Eglise. Ici, c’est le Fils de Dieu lui-même qui est venu travailler la vigne de son Père, en ne répondant que OUI.

Il y a eu le OUI de l’incarnation, le OUI de la vie cachée puis de l’annonce de l’Evangile après le Baptême de Jean, le OUI de la Passion vécue en obéissance à son Père jusqu’à la mort sur la croix, le OUI de la résurrection, de l’ascension dans la gloire, du don de l’Esprit à son Eglise, le OUI de l’Eucharistie, qu’il redit encore ce matin au milieu de nous… Continuons le tropaire : le cep est vendangé, le vin dans la coupe, attend les invités.
= Le « cep » reprend l’image de la vigne pour l’appliquer à Jésus lui-même ; Celui-ci est aussi le « vin » du Royaume, qui se donne déjà à nous à travers cette eucharistie.

Voyant tout ce que Jésus a fait et continue de faire pour nous, nous pouvons, comme la Mère de Jésus qui nous a montré l’exemple, glisser nos pauvres OUI quotidiens dans le grand OUI que Jésus prononce en notre faveur, et nous pouvons redire du fond de l’âme, comme un renouvellement de notre Alliance avec Dieu, le refrain que nous chantions tous ensemble :
Te suivre, ô Jésus, pour accomplir la volonté du Père.

Conclusion

1. Nous avons compris que l’ordre donné par l’homme de la parabole « va travailler aujourd’hui à la vigne » exprime la volonté de Dieu le Père : que tout homme croie en son Fils, la vigne véritable ;
2. …que nos réponses ne souffrent pas de retard, mais qu’elles sont toujours bien accueillies si nous revenons vers Dieu en actes et en vérité ;
3. … que Jésus est le grand ouvrier de la vigne qui nous associe à son œuvre de vinification. Ainsi, en ayant en nous « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Phi 2, 5), Dieu peut « aimer en nous ce qu’il aimait en son Fils » (cf. 7e Préface des dimanches ordinaires) : le OUI que nous prononçons pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Rendons grâce.