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Abbaye de Tamié

Homélie Ascension

L'évangile de Jean que nous avons lu dimanche dernier nous parlait de la promesse de Jésus de vouloir faire de chacun de nous la Demeure de Dieu.

Cette image de DEMEURE est vraiment très forte. Réfléchissons : chacun de nous qui devient la Demeure de Dieu !

Mais voilà qu'aujourd'hui, à travers ce que nous indiquons par l'image de l'Ascension, Jésus semble quitter les siens et s'en aller définitivement. En parlant des disciples on lit en effet : « ... il se sépara d'eux ».

N'est-ce pas contradictoire ? Essayons d'y voir un peu mieux.

Si nous considérons attentivement cet évangile, il y a ici la preuve que l'Ascension de Jésus n'est pas du tout une séparation, un abandon, mais, au contraire, ils 'agit d'une présence différente, celle de l'Esprit. Et, en même temps, c'est une invitation faite aux apôtres (à nous, en définitive) à prendre leur (et notre) part de responsabilité en lien étroit avec lui, Jésus, et avec son Père. C'est ce qui nous est souligné par ces dernières paroles de l'évangile d'aujourd'hui : « ... ils retournèrent alors à Jérusalem en grande joie ».

Pourquoi les apôtres seraient-ils retournés à leur quotidien « pleins de joie » ? De quelle nature serait-elle cette joie ? Certainement ils sont joyeux non pas parce que Jésus les a quittés et les a laissés orphelins ; évidemment non ! Mais parce qu'ils ont, enfin, compris ! Ils ont compris que maintenant Jésus est toujours présent, qu'il est vraiment l'Emmanuel, le Dieu-avec-nous et, aussi, quelle est leur place (et notre place) dans ce temps qui est ouvert devant nous. Ils ont compris quelle est, à partir de maintenant, la manière de s'engager en ces délais qui sont indiqués comme « le Temps de l'Eglise », le nôtre, le temps que nous vivons.

Il s'agit de reconsidérer avec le regard de la foi le sens, la signification profonde de la vie de Jésus, sa manière d'être, d'agir, de parler ; ce qu'il a fait, ce qu'il nous a dit ce qu'il nous a révélé et sa nouvelle manière d'être avec nous; sa manière de se situer par rapport au mal, aux adversités, de faire face à la vie qui est la nôtre... tout cela a évidemment un rapport intime avec nous. Cela nous stimule à reconsidérer, à décrypter comment il a vécu parmi nous et comment il prend part maintenant à ce que nous vivons au quotidien.

Voilà le sens de cette joie qui peut nous habiter, même au coeur des adversités, toujours présentes dans nos vies. La force extraordinaire des martyrs, des grandes figures d'hier et d'aujourd'hui, le rayonnement des témoins du Christ s'explique, tout en nous surprenant et, en même temps, nous questionne en profondeur...

Voilà pourquoi les apôtres repartent dans la joie : ils ont pleinement conscience que Jésus reste toujours avec eux et qu'il ne les abandonnera jamais.

Et pour expliquer un peu mieux, par une comparaison, le sens de cette joie qui les habite, je pense ici à la transmission d'un savoir-faire, d'un art de la part d'un maître à son disciple. L'apprentissage n'est pas toujours évident ou, peut-être, souvent ardu : on ne sait vraiment pas comment faire, nos mains sont engourdies nos mouvements, nos gestes sont maladroits ; nous ignorons la technique... Nous sommes des apprentis qui ne savons pas encore créer.

Mais la patience, notre soif de connaissance, l'attention, l'adresse et l'intelligence du pédagogue ont un beau jour le dessus : ce qui était impensable et en dehors de notre portée se réalise. Notre geste devient enfin fluide, l'instrument musical donne la note qu'on cherchait en vain, l'outil obtient ce qu'il ne pouvait pas donner auparavant. Le pinceau exprime enfin la beauté, le ciseau crée la forme désirée : voilà le fruit de tant de labeur, le fruit de la grâce mystérieuse. Tout cela nous conduit à la joie.

Cela ressemble (un peu) à la joie qui envahit les apôtres qui repartent après l'Ascension, et à notre joie, quand nous comprenons enfin qui est Jésus, lui qui nous fait confiance, lors qu'il nous envoie son Esprit pour qu'il soit à l'œuvre en nous.