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Abbaye de Tamié

Homélie TO 23

Par Frère Antoine
23ème dimanche du temps ordinaire

 

1ère lecture : « Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13-18)
Lecture du livre de la Sagesse
Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ?
Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?
Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables ; car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées.
Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ?
Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ?
C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

 

Psaume : Ps 89 (90)

R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

 

2ème lecture : « Accueille-le, non plus comme un esclave, mais comme un frère bienaimé » (Phm 9b-10.12-17)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Philémon

Bienaimé,  moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus,  j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ.  Je te le renvoie, lui qui est comme mon cœur.  Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile.  Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers.  S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement,  non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur.  Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi, accueille-le comme si c’était moi.

 

Evangile : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 25-33)

Alléluia. Alléluia. Pour ton serviteur, que ton visage s’illumine : apprends-moi tes commandements. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,  de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.  Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

 Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’assoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?  Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !’  Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’assoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ?  S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.

 Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

© AELF - Paris 2013

Homélie

En célébrant cette eucharistie, nous sommes en communion avec l'Eglise qui, en ce jour du Seigneur, célèbre le Christ ressuscité et en lien aussi avec la canonisation, à Rome, de Mère Teresa de Calcutta. L'Eglise reconnait en elle une vraie disciple de Jésus. Elle illustre tout à fait l'évangile de ce jour.

« De grandes foules... ». Imaginons la scène : après le repas chez un chef des pharisiens, Jésus reprend sa route vers Jérusalem suivi non pas par un petit groupe d'une douzaine de personnes mais par de grandes foules, au pluriel : une vraie « manif » ! « Jésus se retourna », il était donc en tête. Au lieu de parler au pluriel, il parle au singulier : « si quelqu'un »... « celui qui »... « celui d'entre vous ». II s'adresse donc à chacun de ceux qui veulent le suivre. II fait la différence entre ceux, nombreux, qui veulent le suivre et ceux qui sont ou qui veulent vraiment être ses disciples. II ne suffit donc pas de marcher derrière Jésus mais aussi de partager sa manière d'être. Trois fois il répète : « il ne peut être mon disciple ! ». Pourquoi ? Parce que chacun de nous doit « renaitre » et « renaitre d'en haut » par la foi c'est ce que Jésus explique à Nicodème en St Jean. Nos parents ne peuvent nous transmettre que la vie biologique, sociologique, terrestre. Seul Dieu peut nous donner la Vie éternelle et la liberté de construire notre vie avec Lui. Ni mon père ni ma mère ni mes frères et soeurs ne me diront ce que je dois faire dans mon choix de vie. Le rôle de Jésus est de nous révéler qui nous sommes, quelle est notre vocation pour l'éternité. Pour Jésus il n'y a pas de milieu : ou nous lui faisons confiance et nous entrons avec lui dans ce qu'il appelle « le Royaume » ou « vie éternelle » ou bien nous refusons de choisir « la perle » et préférons les biens terrestres immédiats et nous ratons notre vocation de Fils de Dieu.

« Commencer par s'assoir ». Suivent deux petites paraboles pour nous inviter à nous assoir, à réfléchir sur le sens de notre vie : qu'est-ce que je suis venu faire sur terre ? Je n'ai pas demandé de naitre, je n'ai pas choisi d'être un homme ou une femme, de naitre en France au XXe siècle dans une société sécularisée qui m'influence forcément... Où est ma vraie identité, pour l'éternité, sinon dans ma relation à Dieu ? En ce moment, frères et soeurs, vous êtes assis, merci de m'écouter, mais comme vous j'écoute la Parole de Dieu. II ne s'agit pas seulement d'être physiquement assis mais venir à la messe le dimanche c'est prendre le temps de s'assoir, de donner à notre vie sa dimension d'éternité. De même prendre le temps de prier ou un temps de retraite à Tamié ou ailleurs, pour des échanges en famille sur nos relations, nos motivations, notre manière de vivre... Où en suis-je de mon chemin vers le Royaume ? Avec qui ?

« Il ne peut être mon disciple ». Les trois empêchements qui nous éloignent du Royaume paraissent parfaitement utopiques : préférer Jésus à ses parents les plus proches, prendre sa croix, renoncer à tout ce qui nous appartient, ces paroles paraissent réservées aux moines et religieux (« Ne rien préférer à Dieu » fait partie de la règle de saint Benoît) ou à des champions olympiques de la spiritualité. Mais non, c'est à tous ceux qui veulent le suivre que Jésus rappelle : « ce n'est pas vous qui m'avez choisi », « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Mais alors qui pourra être sauvé ? Pour les hommes c'est impossible ». Il ne s'agit pas de consignes morales ascétiques mais d'incompatibilités. Si vous voulez aller au Mont Blanc, vous ne pouvez pas y aller en short et espadrilles et vous devez prendre un guide! Donc : ou vous me faites confiance à 100 pour 100 ou vous vous débrouillez seuls sans arriver au but (Cf. les deux paraboles). Une anecdote de la vie de mère Teresa m'aide à mieux comprendre ce dernier point. Un journaliste américain avait entendu parler de la religieuse vivant parmi les plus pauvres en Inde. Il décida d'aller la voir sur place à Calcutta. II la trouva en train de laver un moribond I lui dit : « Même pour mille dollars américains par jour, je ne ferais ce que vous faites ». Réponse de mère Teresa : « Moi non plus ! ».

« C'est le Christ qui vit en moi ». Comme saint Paul, mère Teresa peut reconnaitre la force de l'Esprit qui vit en elle. C'est vrai pour tout disciple de Jésus qui ne se contente pas d'être entrainé dans une procession grégaire mais qui met le Christ au dessus de tout. Est-ce vrai pour moi ? Pour nous ? « À qui irions-nous, Seigneur ? Viens en aide à notre peu de foi ! »