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Abbaye de Tamié
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Homélie Pâques 7

Par Frère Patrice
croix de gloire

7ème dimanche de Pâques

1ère lecture : « Il faut que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de la résurrection de Jésus » (Ac 1, 15...26)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là,
Pierre se leva au milieu des frères
qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes,
et il déclara :
« Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse.
En effet, par la bouche de David,
l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas,
qui en est venu à servir de guide
aux gens qui ont arrêté Jésus :
ce Judas était l’un de nous
et avait reçu sa part de notre ministère.
Il est écrit au livre des Psaumes :
Qu’un autre prenne sa charge.
Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés
durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous,
depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean,
jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous.
Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous,
témoin de sa résurrection. »
On en présenta deux :
Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus,
et Matthias.
Ensuite, on fit cette prière :
« Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs,
désigne lequel des deux tu as choisi
pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique,
la place que Judas a désertée
en allant à la place qui est désormais la sienne. »
On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias,
qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.

Psaume : 102 (103)

R/ Le Seigneur a son trône dans les cieux.

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

Le Seigneur a son trône dans les cieux :
sa royauté s’étend sur l’univers.
Messagers du Seigneur, bénissez-le,
invincibles porteurs de ses ordres !

2ème lecture : « Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 11-16)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,
puisque Dieu nous a tellement aimés,
nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
Dieu, personne ne l’a jamais vu.
Mais si nous nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous,
et, en nous, son amour atteint la perfection.
Voici comment nous reconnaissons
que nous demeurons en lui
et lui en nous :
il nous a donné part à son Esprit.
Quant à nous, nous avons vu et nous attestons
que le Père a envoyé son Fils
comme Sauveur du monde.

Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu,
Dieu demeure en lui,
et lui en Dieu.
Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous,
et nous y avons cru.
Dieu est amour :
qui demeure dans l’amour demeure en Dieu,
et Dieu demeure en lui.

« Qu’ils soient un, comme nous-mêmes » (Jn 17, 11b-19)
Acclamation :
Alléluia. Alléluia. Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur ; je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint,
garde mes disciples unis dans ton nom,
le nom que tu m’as donné,
pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux,
je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné.
J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
sauf celui qui s’en va à sa perte
de sorte que l’Écriture soit accomplie.
Et maintenant que je viens à toi,
je parle ainsi, dans le monde,
pour qu’ils aient en eux ma joie,
et qu’ils en soient comblés.
Moi, je leur ai donné ta parole,
et le monde les a pris en haine
parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi, je n’appartiens pas au monde.

Sanctifie-les dans la vérité :
ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

© AELF Paris 1980


Homélie

 Deux textes écrits par Jean l’Evangéliste et qui me touchent toujours beaucoup, même s’ils sont un peu compliqués difficiles à lire pour qui n’en a pas l’habitude.

Saint Jean que l’on dit à la fin de sa vie « trop cassé, trop vieux » et dont le leitmotiv  incessant était « aimez-vous les uns les autres ». Comme les fidèles  se lassaient parfois de cette répétition, il répondait «  c’est le commandement du Seigneur, et si seulement il est observé, cela suffit ».  Et c’est aussi un peu le leitmotiv des lectures de ce jour.

Une petite histoire tirée de l’un des romans d’Antoine de Saint-Exupéry ( qui avait écrit la merveilleuse  histoire du Petit Prince) va nous permettre d’éclairer ces textes.

C’est la guerre d’Espagne et St Exupéry assiste sans le savoir durant la nuit à un embarquement de matériel secret ; les miliciens anarchistes le surprennent,   lui mettent le fusil contre le ventre,  le conduisent dans un sous sol transformé en poste de garde et après l’avoir interrogé le laissent dans un coin, sans aucun mot. Tout devenait très lourd. Il voit un de ses geôliers fumer une cigarette et se hasarde à lui en demander une, tout en ébauchant un sourire…et voit alors son geôlier ébaucher à son tour un début de sourire, puis lui tendre une cigarette... Alors, il pose délicatement la main sur son épaule pour le remercier ; et ce geste provoque le sourire des autres geôliers : la glace est rompue.

Pourquoi ce long récit, me direz-vous ?

D’abord parce qu’il éclaire d’un jour nouveau cette parole que Dieu demeure en nous et nous fait porter un fruit : celui de l’amour. Mais, comme dans un camp de concentration où l’on avait pendu un jeune enfant et où certains disaient « mais où est Dieu ? », je suis sûr que Dieu était présent au cœur de chacun de ces hommes lorsqu’a eu lieu cette scène. Dieu travaille le fond des cœurs pour y faire passer son amour. « Dieu était là et je ne le savais pas » dit un psaume.

Et pas n’importe quel amour. Non, un amour bien concret. Regardez comment Jésus se comporte tout au long de l’Evangile. Il ne cesse d’arpenter son monde et d’établir des contacts nouveaux ; et, à son tour,  il envoie ses disciples dans le monde. Ses disciples ne sont pas « du monde » (ils n’en ont vraiment pas les habitudes !) mais ils sont dans le monde. Il y a un très vieux texte appelé « épitre à Diognète », qui date du tout début du christianisme et qui répond à un juif qui ne s’explique pas les comportements des chrétiens de son époque.  « Quel est ce grand amour que les chrétiens ont pour les autres ? D’où leur vient leur dédain unanime pour le monde ? Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent ».  Aimer les autres doit être comme une manière d’être habituelle pour les chrétiens et que les autres doivent sentir .Et leur manière d’aimer tous les hommes est d’établir une relation entre eux. Tout comme les 3 personnes de la Trinité sont en relation, et c’est ainsi qu’ils se communiquent et nous communiquent la vie et l’amour.

De plus cet amour doit procurer la joie. Repensez à notre histoire du début. Ce don d’une simple cigarette est en soi, dans ces circonstances, une marque d’amour, de fraternité, de compassion. Et il finit par provoquer ces sourires, ébauches de la joie ; mais aussi retour à la vie qui semblait presque perdue.

La joie : elle est un des signes les plus sûrs de la présence de l’Esprit-Saint dans nos cœurs. Non  pas la joie mondaine (« ils ne sont pas du monde »), qui est éphémère et souvent suivie de tristesse. Non plus la joie forcée comme ces sourires forcés qui se crispent dès que l’on a le dos tourné.

Non, mais une joie de pouvoir communiquer, échanger, d’entrer en relation. L’Esprit-Saint est un peu la pointe par laquelle Dieu pénètre dans le monde. Il est aussi le « suppléant », celui qui nous amène à faire ce dont nous ne sentions pas capables, grâce aux dons qu’il nous communique.

Je terminerai en vous disant combien, parfois, nous prenons du recul avec ce que nous avons vécu et dont nous ne sentions pas capables. Et si l’Esprit-Saint y était pour quelque chose, lui qui s’invite si souvent dans nos vies à notre insu ! Car l’Esprit Saint est justement celui qui fonde la relation, et la relation sur une base de l’amour. Alors, préparons nous à l’accueillir !