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La Conception immaculée de Marie

Par Frère Raffaele
vierge visage - arcabas

Fête de la Conception immaculée de Marie
8 Décembre
Homélie

- « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » Comblée-de grâce : ce titre, un seul mot en grec, exprime, de façon encore enveloppée, énigmatique, virtuelle, le mystère que nous célébrons aujourd'hui et dont l'Église a pris peu à peu conscience au fil des siècles. Oui, l'Immaculée Conception est par excellence la fête de la grâce. Arrêtons-nous un instant sur ce mot si beau et si dense de « grâce », car, me semble-t-il, il nous ouvre des perspectives éclairantes pour contempler le mystère de l'Immaculée Conception.

Dans la Bible, le mot « grâce » est très riche de sens. Il désigne la faveur de Dieu, sa bienveillance gratuite, le don rayonnant de sa générosité. Dieu est celui qui prend plaisir à faire grâce (Mi 7,18). Marie a reçu cette grâce d'une manière exceptionnelle, non seulement pour elle-même, mais en vue de sa place unique dans l'histoire du salut de l'humanité. Nous l'avons chanté dans le chant d'entrée de la Messe : « En toi, Vierge immaculée, la grâce originelle refleurit. » « Marie a été rachetée d'une façon plus sublime en considération des mérites de son Fils », affirme le Concile Vatican II (LG 8,53), reprenant les mots par lesquels le pape Pie IX avait défini le dogme de l'Immaculée Conception en 1854. C'est à un franciscain du XIIIe siècle, professeur à Oxford, le bienheureux Duns Scot, surnommé le Docteur subtil, que revient le mérite d'avoir eu cette intuition fulgurante et de l'avoir élaborée théologiquement : Marie a été préservée de tout péché dès le premier instant de sa conception par une grâce spéciale venant déjà du Mystère pascal de Jésus, de sa mort sur la Croix et de sa Résurrection. Pourquoi ? Parce qu'elle devait être la terre vierge et intacte d'où serait tiré le nouvel Adam, l'agneau sans tache : Jésus. Les franciscains se sont faits les champions de cette doctrine qui a peu à peu gagné toute l'Église catholique, malgré l'opposition plus ou moins ouverte des dominicains. Rien d'étonnant : on sait qu'entre franciscains et dominicains les relations ont toujours été d'une cordialité assez modérée.

Il est bien dommage que nos frères luthériens soient, encore aujourd'hui, assez méfiants, et même réticents, à l'égard de ce mystère de l'Immaculée Conception qui, à leurs yeux, ne fait qu'augmenter encore, de façon indue, ce qu'une certaine théologie catholique a longtemps appelé - d'un mot pas très heureux, il est vrai - les « privilèges » de la Vierge Marie. Je n'hésite pas à affirmer, au contraire, tout en étant conscient du caractère paradoxal de mon assertion, que l'Immaculée Conception de Marie est l'illustration la plus parfaite, la plus limpide, de la théologie de Luther. Quel est en effet le pivot sur lequel repose toute la théologie du réformateur allemand ? Il tient en une célèbre expression latine : sofa gratia, sofa fide, autrement dit, l'homme est justifié et sauvé par le Christ par pure grâce, en raison de sa seule foi, et non par des mérites, quels qu'ils soient, dont il pourrait se prévaloir. Or, si Marie a reçu cette grâce d'être conçue sans la blessure originelle du péché. qui nous affecte tous. ce n'est pas par ses mérites, qui d'ailleurs n'existaient pas encore à ce moment-là, mais par la surabondante miséricorde de Dieu manifestée dans le Christ : là où le péché a abondé, la grâce a surabondé, dit S. Paul (Rm 5,20).

Frères et soeurs, dans l'espérance que nous pourrons un jour célébrer ensemble avec nos frères luthériens cette si belle fête de la grâce, je voudrais terminer en beauté ma petite méditation en citant un passage du Journal de notre frère Christophe de Tibhirine, daté du 8 décembre 1994, il y a 20 ans précis ; un an et trois mois avant son enlèvement et son assassinat. Comme souvent dans le Journal de Christophe, le langage se fait ici poésie et chant:

Jeudi 8 décembre 1994. Immaculée Conception de Marie.

La plus sainte des demeures. Amour s'y tient. Elle est inébranlable. Et moi pécheur je vais à elle.

Près d'elle je suis

introduit en vie éternelle

ajusté en vérité

pacifié je vais

en grâce abandonné par le don illuminé

Christophe de Marie

disciple confié au don

frère remis au Souffle

voici ton fils

voici ta mère

Abba près d'Elle me voici