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Homélie - 12ème dimanche ordinaire

Par Frère Jean

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12ème dimanche du temps ordinaire

La tempête apaisée - Mc 4, 35-41


Introduction

Si nous étions tentés de limiter notre vie religieuse à quelques grandes fêtes de l'année, le dimanche dit ordinaire nous rappellerait que c'est dans l'ordinaire de nos vies que le Christ nous appelle à l'espérance. Au sein même des tempêtes et des épreuves le Christ est vivant à nos côtés. Ouvrons les yeux de notre foi, en lui qui ne cesse jamais de guider ceux qu'il enracine solidement dans son amour.

Homélie

Certains passages des évangiles sont particulièrement riches d'enseignement par une superposition de lectures possibles. Ainsi en est-il pour celui de la tempête apaisée. Pour cela il faut nous souvenir que certains mots et certaines expressions peuvent être entendues dans plusieurs sens dans la Bible.

- La mer : désigne non seulement la Méditerranée, mais également toute masse d'eau importante comme le lac de Tibériade, et dans la mentalité biblique, la "mer" désigne le réceptacle des forces du mal.

- Une tempête alors va aussi représenter une persécution, une épreuve grave, rencontrées par les croyants. Et Jésus en dominant la mer rappellera qu'il est vainqueur du mal.

- Dormir : désigne le sommeil, mais également la mort, comme la fille de Jaïre dont Jésus dit qu'elle dort.

- Se réveiller : alors désigne la sortie du sommeil, mais également la résurrection.

- Passer sur l'autre rive : c'est non seulement dans l'évangile d'aujourd'hui passer de l'autre côté du lac pour atteindre la Décapole, le pays des Géraséniens païens, mais pour les premiers chrétiens après la résurrection du Christ, ce sera aller en territoires païens pour y annoncer la Bonne Nouvelle. Mais passer sur l'autre rive dans la lumière du Christ ressuscité, ce sera aussi quitter la rive de cette vie en passant par la tempête de la passion et de la mort, pour atteindre la vie et la paix de Dieu par la résurrection, à la suite du Christ ressuscité et vivant.

Revenons à la Parole de ce jour.

Dans son évangile, c'est après avoir rapporté un certain nombre de paraboles de Jésus que Marc nous rapporte cet événement de la tempête apaisée. Il nous la présente comme une parabole avec toute la force d'évocation possible pour les communautés chrétiennes qui rencontrent la tempête dans la persécution au sein du monde païen. Devant le déchaînement des forces du mal qui semblent pouvoir faire disparaître cette Église naissante, comme leur barque sur le lac déchaîné, les premiers chrétiens sont fortement tentés de croire que Jésus les a abandonnés. Il semble dormir. Cette épreuve de la foi que les Apôtres et particulièrement Pierre qui proclamait cet évangile rapporté par Marc ont rencontré au moment de la passion du Christ et de sa mort sur la Croix. Cette tempête combien de chrétiens aujourd'hui encore, la rencontrent dans le doute, la crainte, la fragilité de la foi, devant les vents contraires de la vie. ("Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'abandonne ainsi ?") Alors l'interpellation de Jésus nous revient comme aux apôtres : "Pourquoi avez-vous peur ? - Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ?" Et peu à peu l'expérience de la foi en la présence du Christ nous fait vaincre la peur devant les épreuves de la vie, de la persécution ou même de la mort. Peu à peu la communauté chrétienne a ainsi mieux compris que ce Jésus est vraiment Fils de Dieu. Il est vainqueur des forces du mal.

Job rappelait dans la première lecture (Job 38, 1.8-11) que le Créateur avait dit à la masse des eaux : "Tu viendras jusqu'ici ! Tu n'iras pas plus loin, ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots."

Et Paul relira ces paroles en les appliquant à la victoire du Christ sur les forces du mal en disant aux Corinthiens (1 Co 10, 13) : "Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces".

Ainsi comme les apôtres et les premières communautés chrétiennes, nous pouvons recevoir de cet évangiles plusieurs appels complémentaires :
- Le Royaume de Dieu s'atteint en passant par la tempête de l'épreuve et même de la mort, fortifiés par la foi en la mort et la résurrection du Christ qui nous a ouvert le passage (= la Pâque) et qui est le gage de notre propre résurrection.
- La barque de l'Église (au long de son histoire) peut paraître ballottée par les tempêtes du péché de ses membres, de l'indifférence, de l'hostilité et même de la persécution, au point de pouvoir être anéantie, submergée par les forces du mal. Mais le Seigneur est toujours présent et lui donne sa paix : "N'ayez pas peur !".

- Devant les épreuves de la vie et jusqu'au moment de notre mort, au moment où nous pensons que le Seigneur semble nous abandonner pas son silence, il n'est jamais aussi proche et présent dans nos vies. Mais il ne force pas notre porte. Nous le reconnaîtrons si nous nous ouvrons à lui comme les disciples d'Emmaüs, dans l'amour du prochain et la lumière de la foi.

Le Christ "réveillé", c'est-à-dire ressuscité et vivant veut nous donner sa paix par sa présence au sein même des ténèbres et de la tempête
- Pour veiller avec lui, comme au soir du jeudi-saint ;
- Pour ressusciter avec lui dans l'espérance du matin de Pâques.

Ouvrons-nous à la lumière et à la force de son Esprit saint en vivant de son pain de vie et de sa présence dans sa parole et son eucharistie, dans l'ordinaire de nos journées.