Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié
Navigation

Homélie - 14ème dimanche ordinaire

Par Père Claude

Homélie du 14ème dimanche
du temps ordinaire - 2003
Ez 2, 2-5 ; Mc 6 1-6

Au début du livre d’Ezéchiel, le prophète est ébloui par la vision de la gloire de Dieu. Devant cette gloire, Ezéchiel se prosterne comme Moïse devant le Buisson ardent. L’Esprit de Dieu le relève pour lui donner du courage. Le prophète en aura besoin car le message qu’il aura à dire n’est pas un message de bonheur.

Plus que quelqu’un qui prédit, un prophète c’est quelqu’un qui parle au nom d’un Autre. C’est un homme ou une femme qui a une qualité de discernement, une perception de l’essentiel, qui nous fait participer en quelque sorte au jugement de Dieu sur le monde, à tel moment de l’histoire. Ce sont des interprètes inspirés qui dévoilent les événements au regard de Dieu. Ils ne disent pas ce qui fait plaisir au pouvoir en place, comme font les prophètes de cour. Pensons à Jérémie ou à Jean-Baptiste.

Aujourd’hui, y a-t-il des prophètes ? Oui, tout chrétien peut l’être, l’Evangile nous le dit et le Concile Vatican II dans la Constitution sur l’Eglise, l’a très bien rappelé à propos du peuple de Dieu tout entier.

Il y aura toujours à une époque donnée des personnes chrétiennes ou non, hommes ou femmes, capables de donner l’alarme, de dire l’essentiel et de crier fort, pour que l’homme soit sauvé. On comprend alors que les prophètes aient ouvert la voie à l’accueil du Messie, en la personne de Jésus.

Dans la ligne de ces grands prophètes, nous voyons dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus se heurter à l’hostilité des siens. Il vient de parcourir toute la Galilée, il a enseigné, il a chassé les démons, guéri les malades, rendu la vie à la fille de Jaïre. Le voici qui rentre chez lui le jour du sabbat. Il prend la parole à la synagogue, comme tout Juif pieux et connaisseur des Ecritures peut le faire. Ses compatriotes semblent d’abord admiratifs des paroles de sagesse qui sortent de sa bouche. Ils ont également entendu parler de ses miracles. Puis, sans crier gare, tout à coup, le ton change. Le village se pose des questions sur le charpentier qu’il connaît bien.

(Remarquons que Joseph n’est pas nommé. Il se peut que saint Marc ait voulu indiquer de manière discrète la conception virginale de Jésus.)

A Nazareth, Jésus ne peut pas faire de miracle. Il peut seulement guérir quelques malades par imposition des mains. De manière très claire, la guérison est séparée du miracle. Celui-ci est un signe adressé au croyant. Quand il n’y a pas de foi, il peut y avoir guérison, mais il n’y a pas de miracle. Devant l’incrédulité des siens, Jésus réalise tout à fait le proverbe qui dit : « Nul n’est prophète en son pays ». Jésus a été le plus mal reçu chez ceux qui se croyaient les plus proches de lui et les plus proches de Dieu. C’est l’habitude qui rend aveugle, mais pas le véritable amour. Rappelez-vous le mot un peu terrible de Péguy, parlant des Chrétiens habitués et qui « ne mouillent plus à la grâce ».

Au fond, les contemporains de Jésus achoppent sur l’inouïe de l’Incarnation. Ils sont mis en demeure de choisir entre la foi ou le refus. Ce refus de la foi semble bien une des caractéristiques de toute la seconde phase du ministère du Christ. Mais cette impuissance du Christ devant la foi de ses contemporains, ne manifeste-t-elle pas d’une certaine façon l’infini respect de la liberté de Dieu face à la liberté de l’homme ? Cette liberté qui est une œuvre de sa création.

Si vous voulez, nous pourrions peut-être en terminant, garder cette idée-là, capable de nous faire réfléchir.
La toute puissance de notre Dieu qui, en Jésus se révèle et qui se manifeste dans une certaine impuissance. C’est peut-être, encore une fois, en creusant cette idée-là que nous découvrirons le vrai visage de notre Dieu. Capable de s’étonner ou de notre foi semblable à celle du centurion qui s’ouvre à lui en le reconnaissant comme Seigneur et Sauveur, ou de notre incrédulité semblable à celle des Nazaréens.