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Homélie - 33ème dimanche

Frère Antoine

Homélie pour le 33ème dimanche
du temps ordinaire - B

Marc 13/24-32 - Quand cela arrivera-t-il ?

 

Les chrétiens, disciples de Jésus, sont-ils optimistes ou pessimistes ? Sommes-nous porteurs d'espérance dans un monde qui paraît courir à la catastrophe ? Qu'est-ce qui suscite notre admiration aujourd'hui ? l'électronique ? la chirurgie ?... Voilà quelques interrogations possibles après la lecture du chapitre 13 de Saint Marc d'où est tiré l'évangile de ce jour.

1°) Contexte : Jésus sort du Temple... Les disciples lui posent deux questions (voir versets 1 à 4). C'est à la fin du chapitre, dans l'évangile de ce jour que Jésus donne la réponse : « Quand cela arrivera-t-il ? » il dit : « Nul ne le sait sauf le Père ». Nous voilà bien avancés ! Embarras des théologiens mais pas de saint Marc : personne ne peut accuser Jésus du délit d'initié ! À la question : « À quels signes ? » lire tous les versets intermédiaires si nous sommes intéressés. Jésus dit entre autre : « Vous aimeriez savoir ? Si vous saviez, vous seriez comme des spectateurs qui sont hors jeu ! Vous êtes sur le terrain, comme tout le monde et vous serez même persécutés ! » La foi n'est pas un savoir qui nous mettrait à l'écart des vicissitudes de l'histoire. Elle est une force qui permet de tenir dans l'espérance.

On a l'impression d'un malentendu entre Jésus et ses disciples. De quel temple s'agit-il? Le temple c'est le lieu de la présence de Dieu sur terre. Le vrai Temple c'est Jésus lui-même (Cf. st Jean 2, 19). Les disciples sont en porte-à-faux 1°) parce qu'ils se laissent impressionner par quelque chose qui a fait son temps, qui est périmé ; 2°) parce qu'ils ne se satisfont pas des paroles de Jésus, ils veulent des signes ; 3°) enfin, parce que, pour eux la fin du temple c'est l'équivalent de la fin du monde.

2°) Ce malentendu est encore le nôtre aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que nous lisons de façon catastrophique ce que Jésus dit de sa venue : le soleil, la lune qui s'obscurcissent et les étoiles qui tombent du ciel, voilà de quoi faire peur en effet. Ces astres sont des points de repère cosmiques qui rythment notre temps, les jours, les nuits, les mois. Nous pensons les choses dans le temps, forcément ! Avec la Résurrection de Jésus, l'éternité est entrée dans le temps, nous sommes dans une sorte de présent éternel que le langage n'arrive pas à dire. Un peu comme lorsqu'on dit « le soleil se lève ou se couche », le soleil ne se lève ni ne se couche, il est au-delà de nos rotations terrestres quotidiennes. C'est pourquoi Jésus nous invite à passer de la question : « Quand ces événements vont-ils se produire ? » à celle de savoir « Qui vient ? » Une venue permanente du Ressuscité. Ainsi, notre foi ne porte pas sur des choses qui doivent arriver, mais sur Quelqu'un qui vient nous rencontrer et nous rassembler des quatre coins de l'horizon. De plus, celui qui vient n'est pas menaçant : « Je ne suis pas venu pour condamner mais pour sauver » (Cf. Mt 8, 13). Ouf !

Malgré ces paroles rassurantes, nous connaissons deux traditions qui lisent différemment cet évangile : l'une pessimiste, catastrophique (Cf. le Dies irae avec du tremendum) surtout à une époque pendant laquelle on ne lisait plus l'évangile ; l'autre tradition est optimiste : le monde sort de son enfantement, arrive à sa libération, à sa délivrance que nous appelons le salut en Jésus Ressuscité.

3°) L'interprétation du figuier. À la différence des autres arbres de Palestine, le figuier perd ses feuilles en hiver. Il est ainsi le symbole de la désolation, des ravages que produit le temps de l'épreuve. À la différence de l'amandier qui fleurit précocement, le figuier tarde à se dégeler, à donner signe de vie. Il annonce non pas le printemps mais l'été, saison des fruits qui arrivent à maturité. Enfin, parmi les fruits bibliques (raisins, dattes, olives, amandes...), la figue est le seul fruit qui se mange entièrement, rien à rejeter, elle est le symbole de la Parole de Dieu entièrement comestible et nourrissante. Eh bien ! c'est Jésus qui porte cette parole qui ne passe pas parce qu'elle est divine, c'est lui le vrai Figuier, le vrai Temple. C'est lui aussi qui va subir persécution, la mort qui va être détruite. À sa mort, le soleil s'obscurcira. Mais il se relèvera, il ressuscitera et c'est imminent. Ressuscité désormais, Il vient à nous non pas en revenant en arrière, dans le temps terrestre, mais comme le soleil au-delà des jours et des nuits, il nous attire vers Lui, dans sa lumière céleste, dans sa filiation divine.

Seigneur, rassure-nous devant les épreuves de cette vie !