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Abbaye de Tamié
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Homélie pour la fête des Anges

Par Frère Raffaële

Homélie pour la fête des saints Archanges
Michel, Gabriel, Raffaël



Maintes fois dans son oeuvre saint Bernard, abbé de Clairvaux a parlé des anges, en particulier il a écrit deux sermons pour la fête de saint Michel et de tous les anges, le 29 septembre. Comment parler des anges d'une façon qui puisse stimuler notre vie spirituelle ? Saint Bernard s'y prend de deux manières. D'une part, il nous expose pourquoi les anges nous aiment et nous assistent, d'autre part, il nous montre comment, de notre côté nous pouvons attirer et mériter leur amour.
Trois raisons fondent la sollicitude des anges à notre égard : ils nous aiment en raison de Dieu, en raison de nous et en raison d'eux-mêmes.
Tout d'abord, les anges nous aiment en raison de Dieu. Ils nous aiment parce que le Christ nous a aimés, ils imitent sa profonde miséricorde à notre égard. Bernard nous fait voir ici avec quelle finesse et avec quel humour il sait parfois jouer et même jongler, avec les saintes Écritures. Il commence par citer un proverbe populaire : « Qui m'aime, aime aussi mon chien ! » et de commenter ainsi : « Nous sommes, ô bienheureux anges, les petits chiens de ce Seigneur que vous aimez avec un tel élan du coeur ; oui, les petits chiens désireux de se rassasier des miettes tombant de la table de ces maîtres et seigneurs que vous êtes ». Vous avez sûrement reconnu l'allusion à l'évangile de la Cananéenne en saint Matthieu 15, 17, alliée à une allusion à la parabole du riche et de Lazare en saint Luc 16,21. Admirons cet art consommé de Bernard dans le maniement des allusions bibliques significatives.
Deuxièmement, les anges nous aiment en raison de nous. En effet, nos âmes, par leur participation à la raison et par leur aptitude au bonheur, se révèlent apparentées à la nature spirituelle des anges. Ainsi les anges aiment en nous leur propre ressemblance, que le péché à certes ternie, mais non effacée.
Enfin, en troisième lieu, les anges nous aiment en raison d'eux-mêmes. Le motif que Bernard en donne peut nous dérouter, mais il est courant chez les Pères de l'Église. Si je ne me trompe, c'est à Origène que remonte cette trouvaille. De quoi s'agit-il ? Eh bien, dit Bernard, les anges attendent avec un ardent désir de nous voir combler les vides de leurs rangs. Car les hommes sont appelés à remplacer dans la Jérusalem céleste les anges déchus. Ainsi les anges ne cessent de prier Dieu en disant : « Relève les murs de Jérusalem », afin que la louange de Dieu trouve son accomplissement par la bouche des enfants et des tout-petits, c'est-à-dire des hommes sauvés. Admirons là aussi la finesse de ce rapprochement savoureux entre le psaume 50, 20 et le psaume 8,3.

Il me reste à développer le second point : comment de notre coté nous devons nous montrer dignes de l'amour des anges pour qu'ils ne se détournent pas de nous et qu'ils ne dédaignent pas de nous entourer par leur présence amicale ? Nombreuses, dit Bernard, sont les vertus auxquelles les anges se plaisent et qu'ils ont tellement de bonheur à trouver en nous. Pourtant, par-dessus tout, c'est l'unité et la paix fraternelle que réclament de nous les anges, messagers de paix. A l'opposé, Satan, le diviseur (c'est le sens du mont grec : diabols = diable) Satan est le solitaire par excellence. Ce qui caractérise Satan, ce « sanglier solitaire qui ravage la vigne du Seigneur », ce n'est pas seulement l'orgueil, c'est sa «singularita», son caractère de solitaire, sa décision de faire bande à part d'entre les anges. « La Vérité n'aime pas les recoins ! » s'écrie Bernard avec une expression percutante. C'est Satan qui suggère au moine de se séparer de ses frères et de semer dissensions et scandales dans la communauté.
Ainsi, en cette fête des anges, saint Bernard nous exhorte à mettre le comble à leur joie par notre unité et notre charité fraternelle. « Comment ne trouveraient-ils pas leur plus grand bonheur, dit-il, en voyant se réaliser parmi nous une certaine image de leur cité et en trouvant ainsi l'occasion d'admirer la nouvelle Jérusalem sur la terre ? »
Mes Frères, ainsi soit-il !