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Homélie - Ascension

Par dom Victor, Abbé
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Homélie pour l'Ascension du Seigneur

Ac 1, 1-11 - Ep 1, 17-23 - Mt 28, 16-20

Le Mystère de l'Ascension est un déploiement du Mystère de la Résurrection. Ne cherchons pas à nous représenter l'événement de l'Ascension ! Les Évangiles, eux-mêmes n'en disent rien. Mais essayons d'entrer dans une compréhension plus profonde, plus personnelle surtout, du Mystère de Pâques.

Pour cela; il nous faut commencer par lire et relire l'Écriture et tout d'abord les textes que nous propose la liturgie de ce jour : la finale de l'Évangile selon saint Matthieu (Mt 28, 16-20) le texte de saint Luc dans les Actes des Apôtres (Ac 1, 1-11) et un début d'approfondissement et de réflexion théologique dans la lettre de saint Paul aux chrétiens d'Éphèse (Ep 1, 17-23) quand il leur dit : Que le Père vous donne son Esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment. Qu'il ouvre votre coeur à sa lumière, pour vous faire comprendre l'espérance que donne son appel, gloire sans prix de l'héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu'il déploie pour nous, les croyants (Ep 1, 17-18). Voici un texte à méditer !

Saint Matthieu nous montre Jésus ressuscité qui envoie les apôtres en mission et il termine son Évangile par cette promesse : Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. (Mt 28, 20) Autrement dit, le but des apparitions du Ressuscité était de les habituer à cette présence permanente de Jésus à son Église. Saint Marc termine son Évangile à peu près dans les mêmes termes mais il situe l'apparition de Jésus non sur la montagne mais au cours d'un repas. Est-ce une allusion à l'Eucharistie qui assure la permanence de la présence du Ressuscité à son Église ? En saint Marc également, Jésus reproche aux disciples leur incrédulité, puis les envoie en mission. Son Évangile s'achève sur ces mots : « Ils partent... Le Seigneur agissait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient ». (Mc 16, 20) Plus qu'une promesse, nous avons déjà ici un début de récit sur la vie de Église primitive marquée par la présence de Jésus qui agit en elle. 

Saint Luc, lui, se rapproche de saint Jean en situant l'Ascension et la Résurrection dans la même journée, une journée, d'ailleurs, sans fin ! Alors que les disciples d'Emmaüs déclarent que « déjà le jour baisse », au cours du repas ils reconnaissent Jésus au geste de la fraction du pain mais il disparaît à leurs regards. Ils refont aussitôt en sens inverse les deux heures de marche qui les séparent de Jérusalem pour rejoindre le groupe des disciples. Jésus apparaît de nouveau et mange avec eux, puis il les emmène vers Béthanie. Là, il les envoie en mission et tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et disparut à leurs yeux dans une nuée. Par deux fois il nous est dit que Jésus « disparaît à leurs yeux ». Eux retournèrent à Jérusalem pleins de joie et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu. (Lc 24, 52) Ce jour de la Résurrection est vraiment un jour sans fin, comme pour nous dire que Jésus ressuscité se situe hors de notre temps, de même qu'il échappe aux contraintes de notre existence.

En rédacteur habile, Luc tient à faire le lien entre cette finale de son Évangile et le livre des Actes qui en est une suite normale. Mon cher Théophile, dans mon premier livre j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l'Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres. Jésus a été enlevé mais l'Esprit Saint qu'il promet assurera sa présence de ressuscité.

Saint Luc poursuit son récit par ces mots entendus en première lecture : C'est à eux qu'il s'était présenté vivant après sa Résurrection. Ils en avaient eu plus d'une preuve alors que pendant 40 jours il s'était fait voir d'eux et les avait entretenus du Règne de Dieu. (Act. 1, 3) Cette mention des quarante jours entre Pâques et l'Ascension ne figure dans aucun des quatre Évangiles, même pas, nous l'avons vu, celui selon saint Luc, mais seulement ici dans le livre des Actes des Apôtres. Comme le jour sans fin de la Résurrection, il s'agit d'un temps symbolique. Ces 40 jours rappellent les 40 années d'Israël au désert et veut exprimer l'expérience particulière que font les disciples de la présence de Jésus à son Église. Saint Luc parle aussi d'un repas : Au cours d'un repas avec eux, il leur commanda de ne pas quitter Jérusalem mais d'y attendre la promesse du Père, c'est-à-dire le don de l'Esprit. Sans avoir quitté ce repas, il ajoute que les disciples étant réunis autour de Jésus, ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux. Pour la troisième fois nous retrouvons chez Luc la même expression : il disparut à leurs yeux.

Que retenir de tous ces récits, ceux des Évangiles et celui des Actes des Apôtres ? Tout d'abord le fait que Jésus mort et enseveli est bien vivant. Non seulement le tombeau est vide mais les disciples, après bien des doutes, en ont acquis la certitude : il s'est fait voir, il s'est fait toucher, il a mangé avec eux... Il ne s'agit nullement d'un retour à la vie antérieure mais d'une vie toute nouvelle, mystérieuse, hors de l'espace et du temps, une vie dans l'Esprit.

Autre certitude : Jésus demeure présent à ses disciples et donc à l'Église et cela de trois façons : quand les disciples sont réunis, dans Écriture relue et méditée, dans Eucharistie, d'où l'allusion si fréquente au repas lors des apparitions.

Jésus est présent enfin dans son Église lorsqu'elle annonce le Royaume : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre. (Ac 1, 8) Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie. (Jn 20, 21)

Redisons pour terminer la prière d'ouverture de cette messe :

Ô Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout,
ouvre nous à la joie et à l'action de grâce,
car l'Ascension de ton Fils est déjà notre victoire :
nous sommes les membres de son Corps,

il nous a précédés dans la gloire auprès de toi,

et c 'est là que nous vivons en espérance. Amen