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Homélies pour Noël

Par dom Victor
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Homélie pour la nuit de Noël

Je vous annonce une grande joie !
Luc, 2, 1-14

            Le Peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi nous disait le prophète Isaïe dans la première lecture. Et vous venez d’entendre dans l’évangile : La gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière… Voilà le signe qui vous est donné : un nouveau-né couché dans une mangeoire

             Pour entrer un peu plus avant dans ce mystère, je partirai de trois évidences qui vous sont familières :
- toute naissance est une venue au jour, à la lumière
- toute naissance est un commencement
- toute naissance est signe d’un mystère : que sera cet enfant ?

            Nous retrouvons ces trois éléments dans la célébration de Noël : lumière, commencement, signe. Célébrer au milieu de la nuit souligne mieux cette lumière que nous apporte Noël. Et comme les bergers nous sommes témoins de cette lumière. Quelle en est l’origine et la signification. La lumière, souvent mercantile, que nous admirons dans les guirlandes électriques, sur les sapins et dans les vitrines illuminées risque de nous rendre aveugles à la vraie lumière, celle qui ne capte pas les regards mais qui éclaire le coeur.

            S. Jean nous dira à la messe du jour que Jean Baptiste n’était pas la lumière mais qu’il est venu pour rendre témoignage à la lumière. Jésus est la vraie lumière qui éclaire tout homme en ce monde. Seule cette lumière peut illuminer notre existence, lui donner sens, devenir l’espérance de nos vies. Toutefois, elle demeure cachée. Il nous faut la chercher, nous en approcher avec humilité et avec un réel désir d’en être éclairés. Seuls des cœurs pauvres comme celui des bergers peuvent en être illuminés. Les rassasiés sont renvoyés les mains vides, nous dit Marie dans le Magnificat.

            Noël est lumière parce qu’aujourd’hui commence une histoire nouvelle. Plus exactement, en Jésus né de Marie, Dieu reprend l’histoire de notre monde pour lui donner son orientation première. En Jésus, le dessein de Dieu nous est complètement révélé. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Il fit de la terre un jardin dans lequel il plaça l’homme pour le cultiver. Homme et femme il les créa, à l’image de Dieu il les créa. Il les bénit et leur dit : multipliez et emplissez la terre. Bien vite, cette ressemblance divine a été obscurcie par le péché, le mensonge, la violence, le refus de l’homme de trouver son bonheur dans une relation filiale avec Dieu. Aujourd’hui, Dieu fait toutes choses nouvelles. L’image et la ressemblance sont rétablies en cet enfant né d’une vierge sans péché et qu’on appelle Jésus.

            Mais, en naissant d’une femme, Dieu devient à son tour image et ressemblance de l’homme. Dieu naît de Marie pour que l’homme puisse naître de Dieu. Tel est le début de cette création nouvelle. Aux premiers mots de la Genèse : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre il faut ajouter : Commencement de la bonne nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu.         

            Ainsi Noël est signe. C’est un signe d’amour. J’en appelle ici à votre expérience. Tout geste d’amour vrai est discret et tend même à se faire oublier. Pensons ce soir aux cadeaux de Noël au pied du sapin ou de la crèche. Ils sont déposés par une main invisible tandis que l’enfant dort et quand la lumière apparaît il découvre émerveillé le cadeau qui lui est adressé personnellement. Il ne sait qui il doit remercier ! Ainsi en est-il en cette nuit de Noël : Dieu se cache dans ce cadeau inouï : un bébé tout ordinaire. Les plus pauvres sont les premiers à le reconnaître et à s’émerveiller. Sommes-nous assez pauvres pour accueillir ce cadeau que Dieu nous fait ? « Si tu savais le don de Dieu ! » Aujourd’hui Dieu vient vivre notre vie d’homme, nous montrer comment accéder à la vraie liberté en nous ouvrant à l’amour…Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il nous donne sa Gloire qui transfigure nos vies. Cette gloire, c’est la Gloire de l’Amour. Sachons discerner cette gloire de Dieu cachée, dans notre monde déchiré par tant d’injustices et de guerres, conséquences de notre péché. Jésus ressuscité y est présent. « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » Sachons discerner cette présence dans nos vies, dans nos joies, dans nos échecs, dans chacune de nos souffrances. Dieu est là et il m’aime. Tel est le message de Noël. Oui, un enfant nous est né, un fils nous est donné…On proclame son Nom : Dieu-Fort, Prince de la Paix ! C’est là l’œuvre de l’amour de notre Dieu.

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Messe de l'aurore

Extrait de la lettre à Tite

Dieu notre Sauveur a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes ; il nous a sauvés.
Il l'a fait dans sa miséricorde et non à cause d'actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes.
Par le bain du baptême il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint.
C'est Esprit, Dieu l'a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur; ainsi par sa grâce nous sommes devenus des justes et nous possédons dans l'espérance l'héritage de la vie éternelle.
(Tt 3, 4-7)

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Messe du jour de Noël

 

            Acclamons la Parole de Dieu ! Quelle est cette Parole entendue que nous acclamons ? Comment y répondons-nous ? Cette Parole nous fait-elle vivre ?

            Dans les deux lectures qui ont précédé l’Evangile il nous a été dit :

            Comme il est beau de voir courir sur les montagnes le messager qui annonce la paix, le messager de la bonne nouvelle qui annonce le salut, celui qui vient dire à la cité sainte : « Il est roi ton Dieu » (Isaïe 52)

            Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères…dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui il a créé les mondes…ce Fils qui porte toutes choses par sa Parole puissante… (He 1)

            Et je viens de lire en saint Jean :

- Au commencement était la Parole et la Parole était Dieu

- Et la Parole s’est fait chair

- Et la Parole fait en nous sa demeure

            Reprenons ces trois affirmations :

Au commencement était la Parole, le Verbe. Tout a été fait par lui et rien de ce qui existe ne s’est fait sans lui. Qu’est-ce à dire ? Qui dit Parole suppose un interlocuteur capable d’entendre et capable de répondre. Dieu est Parole en lui-même parce que Trinité de personnes. Au commencement était la Parole et la Parole était Dieu. Affirmer que notre monde est l’œuvre de la Parole signifie que la création est un langage. L’univers dit Dieu à l’homme et l’homme est capable d’entendre, de comprendre cette Parole et d’y répondre. Tout le langage des symboles de la création n’est-il pas souvent repris par les mystiques pour dire leur expérience de Dieu ? Certes, notre monde est profane, il n’est pas sacré, mais il est médiateur de sacré, porteur d’une présence. L’univers permet d’établir une relation entre l’homme et Dieu. Il est aussi langage entre les hommes et l’enfant qui donne une fleur à sa mère le saisit spontanément. Oui, notre monde est porteur d’une Parole parce que créé par la Parole, le Verbe de Dieu. Les poètes et les mystiques savent l’entendre.

            Ce Dieu qui parle, personne ne l’a jamais vu. Qui le fera connaître ? Le Verbe, la Parole qui s’est fait chair ! L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu. Or, dans cette Eucharistie, cette Parole se fait pain, nourriture. Ceci est mon Corps…Prenez et mangez ! Cette Parole devenue pain nourrit nos corps et nous donne la vie, la vraie Vie qui ne finit pas. Aujourd’hui, à Bethléem, la maison du pain, Dieu entre dans l’histoire des hommes. Sa Parole a pris chair dans le sein d’une jeune fille dont le nom était Marie. Il est encore enfant, in-fans, c’est-à-dire qui ne peut parler, mais Marie sa mère nous le donne. La Parole de Dieu aujourd’hui a revêtu notre humanité pour nous dire dans notre langage humain que Dieu est Amour et que nous sommes invités à partager sa Vie.

            Cette Parole qui a créé l’univers, cette Parole qui s’est fait homme, veut faire en nous sa demeure ! Vous avez éprouvé déjà comment certaines paroles sont capables de nous faire vivre, de nous redonner confiance, de donner sens à notre existence : je t’aime… j’ai confiance en toi…je te confie cette mission… Lytta Basset, dans un livre récent Ce lien qui ne meurt jamais, écrit après le suicide de son fils Samuel, parle de certains mots qu’une vraie Parole investit ; elle écrit : ces mots font leur chemin en nous, ils viennent et reviennent, s’enfoncent, refont surface. On ne s’en débarrasse pas. Ils finissent par attirer une attention qu’on réservait à autre chose. Mais c’est trop tard : ils ont déjà élu domicile dans des zones de soi où l’on n’a plus du tout accès. Il suffit de se laisser faire : cela va grandir, nul ne sait comment… (p. 61) Telle est la puissance de vie de la Parole de Dieu en nous. Elle est une graine minuscule mais peut devenir un arbre où les oiseaux viennent faire leur nid, un arbre qui porte beaucoup de fruits, des fruits de joie et de paix.

            Au commencement était la Parole, par elle tout a été fait… La Parole s’est faite chair, et elle a habité parmi nous… Elle établit en nous sa demeure… Elle fait entendre les sourds et parler les muets. Avec le Père Didier Rimaud, qui avait le secret des mots porteurs de vie, nous pouvons chanter : Parole de Dieu dans ma chair, qui dit le monde et son histoire afin que l’homme puisse croire, suscite une réponse en moi ! Comment savoir quel mot tu dis, si je ne tiens mon cœur ouvert ?... Semence éternelle en mon corps, vivante en moi plus que moi-même depuis le temps de mon baptême, féconde mes terrains nouveaux !

             A l’exemple de Marie, laissons habiter cette Parole en nos cœurs. Célébrer Noël, c’est découvrir la profondeur de l’amour divin qui nous enveloppe dès les premiers instants de notre existence. C’est accueillir Dieu dans sa Parole et vivre déjà de sa vie.