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Abbaye de Tamié
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Homélie - TO 21

Par Frère Didier - 2010
arcabas - tamié
Homélie pour le 21ème dimanche
du temps ordinaire - C

 

L'appel universel au salut et la porte étroite (Lc 13, 22-30)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant.
Quelqu'un lui demanda : « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : 'Seigneur, ouvre-nous', il vous répondra : 'Je ne sais pas d'où vous êtes.' Alors vous vous mettrez à dire : 'Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.' Il vous répondra : 'Je ne sais pas d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.'
Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »

© AELF - Paris - 1980 - Tous droits réservés".

 

 

Ouverture

« Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. » dit le Seigneur dans la 1ère Lecture, et Jésus dans l’évangile proclame : « Ils viendront du Levant et du Couchant, du Nord et du Midi, prendre place au Festin du Royaume. » Alors, il faut ouvrir son cœur large, large, très large, à la mesure du cœur de Dieu … pour accueillir tout le monde, … à commencer par mon plus proche prochain de maintenant… Comment, sinon, pourrions-nous être disciples de Jésus, comment pourrions faire partie de l’Église, comment pourrions-nous faire Eucharistie ?

Homélie

Frères et sœurs, voici un évangile qui nous ne voudrions peut-être pas entendre, car Jésus aujourd’hui ne se gêne pas pour nous secouer, ou du moins il nous oblige à essuyer nos lunettes, peut-être même à changer de lunettes,… car vraiment le Bon Dieu aujourd’hui n’a pas du tout l’air de voir les choses comme nous !... Tu vois du blanc, il te dit que c’est du noir !... Pensez donc, on les a bien vus ces gens-là, on a bien vu qu’ils sont arrivés les premiers. Hé bien non ! il paraît que ce sont les derniers !... Et puis ceux-là, tout le monde le sait, ce sont des gens bien, tout à fait fréquentables. Pas du tout, dit le Bon Dieu, ce sont des voyous !... Quoi, on a toujours été avec lui, on a mangé à sa table, et il nous dit maintenant qu’il ne nous connaît pas ! Par contre tous ces inconnus qui viennent de l’autre bout du monde, il les appelle « mes amis » !... Vous y comprenez quelque chose, vous ?... Qui c’est qui a perdu la tête, lui ou nous ?

Désormais, frères et sœurs, il va falloir nous méfier des apparences.
Vous le savez, Dieu, lui, il regarde le cœur.

Cette personne défigurée par la maladie, on pourrait dire qu’elle n’est pas belle, et pourtant toute personne est infiniment belle puisqu’elle est née du désir de Dieu, et celle-ci est peut-être plus belle que les autres si elle vit dans un grand amour de Dieu… Souvenez-vous de Jésus dans le Temple quand il voit une pauvre veuve donner deux piécettes : Jésus voit le cœur, et il nous dit que cette veuve a donné tellement plus que tous les autres !... Souvenez-vous aussi de Jésus qui accepte sur ses pieds les larmes et le parfum d’une prostituée qui va, faisant fi de toute convenance, qui va jusqu’à lui essuyer les pieds avec ses cheveux. Et Jésus la justifie parce qu’il voit son cœur plein de repentir et plein de reconnaissance pour sa Miséricorde.

Et puis, Dieu, lui, il veut du vrai. Savez-vous, on peut jouer avec la vie spirituelle, on peut se donner des allures de sainteté.

Il y a des chrétiens qui croient pouvoir être chrétiens avant d’être simplement humains… Hé bien, si tu n’es pas d’abord vraiment humain, ta vie soi-disant chrétienne, c’est du toc, c’est un décor qui va bientôt s’écrouler !... Il doit même y avoir, dans quelques monastères, quelques moines qui se croient être un moine avant d’être simplement un homme et un chrétien : patatras, ça va s’écrouler !… Encore une fois, regardons Jésus : quand on lui amène une femme saisie en flagrant délit d’adultère, voyez comme il nous renvoie à notre vérité : « Se pourrait-il qu’il y en est un parmi vous qui n’a jamais péché ? »… Vérité de ce que nous sommes, vérité de ce que nous professons, cohérence de ce que nous disons et de ce que nous faisons…

Dieu regarde le cœur, Dieu veut du vrai, …et puis Dieu, lui, il est humble… C’est lui-même qui le dit : « Je suis doux et humble de cœur. » Et c’est pourquoi il a le droit de proclamer : « Heureux les humbles ! »… L’humilité, c’est sa beauté… L’humilité, c’est aussi notre beauté… Dieu sait que là où l’humilité vient à manquer, il n’y a plus de communication, il n’y a plus de communion, il n’y a plus d’amour possible… Et il n’y a plus de vie, car on ne peut plus respirer… Rappelons-nous la petite histoire du pharisien et du publicain qui sont montés au Temple pour adorer Dieu. Le « moi-je, moi-je » du pharisien ne peut pas toucher le cœur de Dieu… C’est l’humilité du publicain qui ravit le cœur Dieu… Il ne faut donc pas se tromper de perfection… Jésus nous dit bien : « Soyez parfaits comme votre Père du Ciel est parfait », mais il nous explique, et il nous le montre par toute sa vie, et spécialement à l’heure de la Passion, que la perfection de Dieu notre Père, c’est sa Miséricorde : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »… Alors, frères et sœurs, ne nous trompons pas de dieu !... Et ne nous trompons pas nous-mêmes ! Jésus nous met bien en garde avec sa petite histoire : « Attention ! Tu crois adorer Dieu et peut-être que tu ne fais que t’adorer toi-même ! »

Vous voulez un truc pour ne pas vous laisser piéger, pour échapper au jeu trompeur des apparences ?... Je n’ai pas de trucs, mais je peux vous proposer un critère d’authenticité… pour vous aider à demeurer au lieu du cœur, à vous enraciner dans la vérité, à devenir un peu plus humbles… Voici ma proposition : deviens frère.

Comme dit saint Jean : « Si tu n’aimes pas ton frère que tu vois, comment peux-tu dire que tu aimes Dieu que tu ne vois pas ? » … Mais si tu aimes ton prochain, proche ou lointain, si tu aimes tous les hommes comme toi-même, et peut-être plus que toi-même, c’est impossible que tu ne sois pas fils de Dieu, un ami de Dieu pour toujours… C’est toute une aventure, c’est même l’histoire d’une vie… En vie monastique, on dit qu’il faut toute une vie pour devenir vraiment frère, simplement frère de ses frères, mais aussi frère universel, priant vraiment pour tous, « sans oublier personne », comme dit frère Christophe de Tibhirine. Mais ce serait tout de même bien bon de ne pas attendre l’heure de notre mort pour nous rendre compte que nous sommes tous frères, faits de la même glaise et promis à la même gloire, c'est-à-dire à la même vie de Communion…

 

En tout cas, c’est à cet amour des uns pour les autres que nous serons reconnus disciples de Jésus… Cet amour fraternel, c’est la belle aventure de la ressemblance avec Jésus… qui nous a demandé de « nous aimer les uns les autres comme lui-même il nous a aimés. » C’est l’aventure de la Vraie Vie, l’aventure quotidienne de la sainteté… Et c’est vraiment cet amour qui fait de nous des « chrétiens pratiquants »… La pratique de la messe du dimanche, c’est formidable si nous y accueillons l’Amour de Dieu pour tous, si nous devenons toujours plus, de dimanche en dimanche, des disciples de l’Évangile, si nous devenons rayonnants de cette Bonne Nouvelle de l’Amour Universel, si nous devenons des chrétiens vraiment pratiquants, je veux dire des gens qui mettent en pratique la Parole de Dieu, et manifestent son Amour en donnant de l’amour… Mais si la messe du dimanche vous enferme dans un « catholicisme » sectaire, replié sur lui-même et s’estimant posséder la vérité, une religion méprisante pour les autres, ou dans un moralisme qui détruit la morale, comme ça s’est passé, semble-t-il, au Brésil, vous vous en souvenez, quand un prélat a excommunié ceux qui avait voulu sauver la vie d’une fillette gravement meurtrie, alors que la seule attitude humaine était de tomber à genoux aux pieds d’une telle souffrance, et la seule attitude chrétienne de manifester la Tendresse infinie de Dieu pour chacun de ses enfants,… alors, si c’est comme ça, elles sont toujours d’actualité les paroles des prophètes : « Vos célébrations, elles m’écoeurent,… c’est la Miséricorde que je veux ! » Et, c’est sûr, alors vous n’êtes pas chrétiens, encore moins catholiques, puisque « catholique » ça veut dire « universel », vous n’êtes plus de l’Église, et pas du tout pratiquants !

Frères et sœurs, c’est toujours à la lumière des Béatitudes que nous pourrons voir si nous sommes pratiquants ou non, amis de Jésus ou non, et si notre bonheur est bien celui du Royaume, le bonheur de reconnaître Jésus en tous… Cette pauvreté qui permet d’accueillir l’autre aussi pauvre soit-il, cette douceur, cette miséricorde, cette soif de justice, qui seules peuvent construire la Paix, ces larmes qui peuvent se mêler à toutes les larmes, ce cœur pur, c'est-à-dire passionné de Vérité, de Bonté et de Beauté, et qui voit Dieu en toute personne… Et c’est la prière qui va enraciner ces Béatitudes dans nos cœurs, … la vraie prière, car la vraie prière, ça se passe au fond du cœur, et elle nous oblige à être vrais, et pauvres, vraiment humbles et désarmés, et accueillants à tous…

Je termine cette méditation d’évangile, en vous citant une récente homélie de l’archevêque de Rabat au Maroc, qui me semble en pleine consonance avec notre Evangile : « Il fut annoncé à Abraham qu’en lui seront bénies toutes les nations… Il n’y a plus ni juif, ni païen… Nous sommes invités à participer à la création d’un monde nouveau !... En Abraham, nous sommes invités à nous rencontrer, à nous aimer… N’est-ce pas ce que le Concile nous invitait à comprendre et à vivre ?... C’est tout le sens de notre Église au Maroc - j’ajoute : c’est tout le sens de l’Église où qu’elle soit -, une Église qui se veut une Église de la Rencontre et de la Gratuité… Nous redécouvrons l’amour gratuit de Dieu pour tous les hommes quelque soit leur culture ou leur religion… Nous n’avons pas à remplir des registres de catholicité mais à contempler le Royaume de Dieu qui grandit chaque fois que sont posés

des gestes de pardon, de solidarité et de paix… Vivre la gratuité n’est pas facile, mais elle permet des amitiés inébranlables… Le plus grand Amour, l’Amour de Dieu pour tous les hommes, n’est-il pas gratuit ? »